Louis de Sancerre, connétable de France
(f i4oa). — Les honneurs de la sépulture à Saint-Denis avaient été également accordés à Jean Bureau de la Rivière, conseiller de Charles V (f i4oo); mais la tombe de celui-ci, qui se trouvait au pied de celle du roi, tout à côté de l'autel Saint- Jean-Baptiste, était en cuivre et fut fondue en 1792.
Louis de Sancerre, « vaillant homme et hardi chevalier, durement » (Froissart), compagnon d'armes de Du Guesclin et d'Olivier de Clisson, qui avait décidé par sa valeur du succès de la bataille de Rosebeke, reçut aussi après sa mort, en i4oa, les mêmes honneurs et fut enterré au côté gauche de la chapelle Saint- Jean-Baptiste « sous la grande montée qui va au chœur » .
Le tombeau était de marbre noir et l'effigie de marbre blanc. On en ignore les auteurs.
La statue, qui subsiste seule, a été remise à sa place
i38 L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE SAINT-DENIS.
exacte ; c'est, malgré quelques restaurations (l'extrémité du nez, les mains, la dague et les armoiries), un document iconographique important. On remarquera en particulier la laideur voulue et le strabisme très caractérisé des yeux qui correspond au signalement du connétable relevé par la Chronique du religieux de Saint-Denys : « facie dispicabili et oculis aliquantulum obliquis ».
56. — Léon de Lusignan, roi d'Arménie ( J- i3g3). — Le tombeau de ce prince, détrôné sous Charles V et mort à Paris sous Charles VI, s'élevait avant la Révolution dans l'église des Célestins de Paris.
L'effigie de marbre de taille médiocre, mais d'un style serré et vigoureux, avec une figure qui est un portrait incontestable, a été déposée dans la chapelle de la Trinité, la dernière du côté gauche de l'église. Il y faut noter comme détail réaliste, assez rare au moins dans la statuaire tombale, les gants que le personnage porte dans sa main gauche.
57 et 58. — Charles VI (f 1422) et Isabeau de Bavière (f i435). — Le tombeau de Charles VI et d'Isabeau de Bavière reproduisait à peu près dans ses dispositions générales et son ornementation celui de Charles V : il était placé tout auprès dans le fond de la chapelle Saint- Jean-Baptiste.
Il n'avait été commencé, le roi n'ayant pris lui-même aucune disposition pour sa sépulture, qu'en i424- Le
LES TOMBEAUX. i3 9
tombier choisi fut Pierre de Thury, dont on ignore l'origine et dont on ne connaît aucune autre œuvre. On sait qu'il fut payé à l'aide de l'argent tiré de la vente de la bibliothèque de Charles V au duc de Bedford; son travail était terminé en 1^29.
Les deux statues qui subsistent seules et sont réunies sur la même dalle unie et nue, sont de valeur inégale. L'effigie du roi, conçue suivant le même type que le Charles V, est lourde et un peu gauche. Celle de la reine au contraire est d'une finesse et d'une élégance parfaites. Le buste, avec les arrangements très particuliers et très précis de la coiffure, du voile et de la guimpe, est un chef-d'œuvre d'impression altière légèrement moqueuse et dure. Aussi bien que la figure molle et incertaine du pauvre roi fou, cette impérieuse physionomie est une évocation saisissante d'un caractère historique bien connu.
59. — Guillaume Du Chastel (f i44i). — Charles YII accorda à Du Chastel « pour sa grande vaillance et les services qu'il lui avait faits en maintes manières », les mêmes honneurs que Charles V avait accordés à Du Guésclin et Charles VI à Louis de Sancerre. D fut enterré à Saint-Denis dans la chapelle Notre-Dame-la-Blanche.
L'effigie qui se voit aujourd'hui vers l'emplacement de cette ancienne chapelle est d'un réalisme précis et vigoureux, mais un peu moins brutal que les précédents ; elle est en pierre de liais, le visage seul est rapporté en
ifto L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX.DE SAINT-DENIS
marbre blanc. Les mains et les divers accessoires sont modernes, mais la partie de la dalle qui contenait l'épitaphe funéraire a été conservée.
60. — Béatrix de Bourbon, femme de Jean de Luxembourg, roi de Bohême (f i383). — Le monument de cette princesse, dont le mari était mort à Crécy en i346, s'élevait aux Jacobins de Paris. Il se compose d'une statue debout sur une colonne, les mains jointes, mais dans une attitude assez vivante qui rappelle plutôt celle des figures de donateurs, comme le Charles V et la Jeanne de Bourbon des Cèles tins, que la raideur conventionnelle des gisants. Le visage d'albâtre est enchâssé dans la statue de pierre de liais qui était autrefois richement polychromée, la jupe en particulier était blasonnée de Bourbon et de Luxembourg. Cette statue a de grands rapports de style avec les belles figures qui décorent la cheminée de la grande salle du Palais de justice de Poitiers. On a des raisons de penser que bien qu'elle appartienne à un type différent des statues connues de cet artiste, c'est encore une œuvre de Jean de Liège.
61. — Marie de Bourbon, belle-sœur du roi Charles V (f i4oa). — Marie de Bourbon, fille de Pierre I er , duc de Bourbon, était prieure du monastère de Saint-Louis de Poissy, où elle avait pris le voile dès son enfance. Elle fut enterrée dans l'église convenu tuelle et sa sépulture fut surmontée d'un monument d* type analogue à celui de Béatrix de Bourbon, se compo-
LES TOMBEAUX. i*i
sant d'une statue debout sur une colonne adossée à un pilier. Par une autre singularité, la statue fut exécutée en marbre blanc et noir dont la polychromie reproduit celle du costume religieux porté par la princesse.
C'est une effigie robuste d'un caractère réaliste très typique de l'art du moment et qui paraît être un portrait véridique.
TOMBEAUX DU XVI e SIECLE