Monument de Renée d'Orléans-Longueville
(f i5i5). — Fille de François II, duc de Longueville et de Françoise d'Alençon, cette princesse mourut à l'âge de sept ans et fut enterrée aux Célestins de Paris, dans la chapelle d'Orléans, où sa mère lui fit élever un tombeau somptueux. Celui-ci fut conçu suivant un type assez nouveau et où la mode italienne n'est pas étrangère ; il n'est pas probable, cependant, qu'il soit l'œuvre d'un atelier italien.
Il se compose d'une niche en plein cintre dont toute la partie haute est, du reste, refaite aujourd'hui en plâtre, et sous laquelle s'abrite la petite figure gisante richement habillée. Au fond de la niche et sur le soubassement paraissent, entre des pilastres ornés d'arabesques à l'italienne, des figures de saintes en demi-relief.
65. — Marie de Bourbon (f i538). — Cette petite statue en albâtre qui représente une sœur d'Antoine de Bourbon, père de Henri IV, faisait partie d'un monument funéraire élevé dans l'abbaye de Notre-Dame de Soissons à la mémoire de l'abbesse Catherine de Bourbon, autre sœur du même personnage, morte en îbgti. Les deux sœurs, Marie et Catherine de Bourbon, étaient représentées agenouillées l'une derrière l'autre. L'effigie de Catherine, mutilée à la Révolution, se voit encore au
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Musée de Soissons. Celle de Marie fut achetée par Lenoir à Soissons et transportée ensuite à Saint-Denis avec la double épitaphe; elle est placée à l'endroit où s'élevait au xvu 9 siècle le monument de Turenne.
C'est une gracieuse figure de jeune fille, un peu conventionnelle puisqu'elle dut être exécutée assez longtemps après la mort de la personne, par les soins de sa sœur l'abbesse.
66. — Monument de François I er (f i547), de Claude de France (f i5a4) et de leurs enfants. —
De tous les tombeaux édifiés au xvi e siècle, celui élevé à François I er , à sa première femme la reine Claude de France et à leurs enfants, est le plus considérable, par ses proportions et l'importance de l'architecture.
Engagé entre deux piliers, avançant sur le transept, il occupe toute la largeur d'une chapelle. C'est un véritable monument, construit entièrement de marbre blanc, avec quelques parties de marbre noir et gris. Sur un plan cruciforme, son dessin général est inspiré de l'arc de triomphe antique ; une grande arcade centrale qui forme une voûte est flanquée de deux arcades basses en retrait et servant de passages; sur chaque face, audessus d'un soubassement élevé et d'un stylobate où court une suite* de bas-reliefs, huit colonnes cannelées, aux chapiteaux ioniques, supportent un entablement et une corniche décorés d'ornements à l'antique.
Les deux gisants du Roi et de la Reine reposent sur
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des sarcophages (refaits à la restauration de Viollet-le- Duc), sous la grande voûte centrale; sur la plate-forme du tombeau sont placées cinq statues de priants en marbre : en avant, François I er et Claude de France à genoux devant des prie-Dieu, un peu en arrière, les trois enfants morts avant leur père, le Dauphin François, duc de Bretagne, mort en i536 à dix-huit ans, la jeune princesse Charlotte de France, morte en i5a4 âgée de huit ans, et — du côté de la Reine — Charles, (Juc d'Orléans, mort en i545 à vingt-trois ans. Toutes ces figures sont revêtues des habits royaux fleurdelysés, doublés d'hermine, le collet d'hermine du roi est moucheté de taches de marbre noir, les deux femmes ont leurs corsages ornés de pierreries et de joyaux.
La conception générale du tombeau, qui marque par son style l'avènement de la Renaissance classique, ainsi que le dessin de sa décoration sont l'œuvre du grand architecte Philibert Delorme, nommé par Henri II, en i548, surintendant des bâtiments de la couronne et qui devait garder cette direction pendant tout le règne du roi. Sur l'ordre de Henri II, Philibert Delorme s'occupa probablement du tombeau destiné au roi défunt dès son entrée en charge et distribua les commandes* aux artistes, car nous voyons que des sculpteurs travaillaient aux statues des gisants en Tannée i54o. Le monument, dont les éléments étaient taillés à Paris, à l'hôtel d'Étampes, fut édifié dans l'église abbatiale entre les années i556 et 1 558, mais certains détails n'étaient pas réglés définiti-
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vement lorsque Delorme, au lendemain de la mort du roi, fut brusquement remplacé dans sa charge par le Primatice (i55<)), qui surveilla l'achèvement du tombeau.
Malgré les « Comptes des bâtiments du Roi » conservés pour cette époque, nous ne connaissons pas avec la certitude désirable tous les auteuTs de ce riche monument; au moins pouvons-nous nommer les principaux.
Toute la partie ornementale fut exécutée, sous la surveillance de l'architecte ordonnateur, par un atelier que dirigèrent Ambroise Perret et Jacques Chanter el. À ces sculpteurs, fut commandée la décoration des plafonds des passages latéraux ainsi que celle de la grande voûte en berceau couvrant les gisants. Cette voûte divisée en compartiments par des moulures est enrichie de i3 basreliefs : aux angles sont représentés les quatre évangélistes, ils sont séparés par huit figures de petits génies funèbres tenant des torches renversées; enfin, au centre apparaît la résurrection du Christ. Toute cette décoration — fort difficile à voir — est d'une facture un peu mièvre mais élégante et facile. Ambroise Perret paraît avoir sculpté seul les jolies figures d'angelots tenant des torches allumées qui ornent les écoinçons de l'arc central.
Le sculpteur Pierre Bontemps est l'auteur de la partie la plus originale de toute la décoration : la série des panneaux en bas-relief, au nombre de 54, de dimension inégale, qui ornent chaque face du tombeau. Ces bas-reliefs ont pour sujets des scènes guerrières empruntées aux campagnes de François I er en Italie. Sur
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la face tournée vers le chœur, ce sont des épisodes de la célèbre campagne de Marignan (i5i5) qui ouvrit glorieusement le règne : prise de ville, défilé des troupes de diverses armes, passage des convois d'artillerie à travers les Alpes, pillage d'une cité d'où fuient les habitants, puis la bataille même; François I er à la tète des cavaliers charge les rangs pressés des Suisses leurs longues piques en arrêt; après, c'est la prise du camp de l'armée vaincue, des combats, l'entrée à Milan. Sur l'autre face les sujets sont empruntés à la campagne de Cérisoles (i544)> on voit la marche de l'armée, la bataille fragmentée en divers combats d'infanterie, de cavalerie, d'artillerie, enfin le triomphe du vainqueur de la journée, le comte d'Enghien, entrant dans la ville de Carignan. Tous ces sujets ont été représentés par l'artiste avec une scrupuleuse exactitude quant aux costumes et aux armes, point de travestissement à l'antique comme aux basreliefs du tombeau de Louis XII, ce sont là des illustrations documentaires d'un réalisme parfait; la valeur artistique n'est pas moindre : dans ces œuvres de dimension restreinte, mais de proportions si justes, Bontemps fait preuve d'un ciseau remarquable d'habileté et de souplesse. Le même artiste qui eut la part prépondérante dans la sculpture du tombeau tailla, en collaboration avec son contemporain François Marchand, les deux statues des gisants représentés à l'état de mort, selon la tradition de ceux de Louis XII et d'Anne de Bretagne, sans que l'on puisse distinguer aisément la part de l'un et de l'autre
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dans ces œuvres réalistes, puissantes et grandioses.
Quant aux statues placées sur la plate-forme de manière légèrement maladroite, les textes nous apprennent que deux ont été certainement exécutées par Pierre Bontemps : les priants représentant les deux jeunes princes, le Dauphin François et le duc d'Orléans. Bontemps fut-il également Fauteur des trois autres? Il se peut, mais il convient d'observer que les deux statues authentiquement de sa main sont assez lourdes, les visages sans expression, inférieures à celle du Roi et surtout à celles de la Reine et de la jeune princesse, toutes deux d'une facture plus délicate et plus fine.
Une statue de la Régente Louise de Savoie, mère du Roi, avait été commandée également à P. Bontemps, elle ne fut jamais placée au monument; de même, Philibert Delorme avait projeté d'entourer les priants par 16 statuettes de génies funéraires qui furent demandées par part égale à Germain Pilon, tout jeune alors, et au sculpteur italien Ponce Jacquio; elles furent exécutées, mais non posées et servirent plus tard à d'autres usages.
67. — Monument du cœur de François I er .(f 15^7). — François I er mourut au château de Rambouillet le 3i mars i547- Selon la coutume, ses entrailles et son cœur furent séparés du corps, ils furent déposés dans l'église des religieuses de Notre-Dame à l'abbaye de Haute-Bruyère, voisine de Rambouillet.
Pierre Bontemps, chargé par Henri II de modeler le
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monument commémoratif qui devait être érigé dans l'église, créa une sculpture d'une conception très originale, dont il fit un chef-d'œuvre par la grâce de l'invention et la perfection de l'exécution. Il acheva ce « sépulcre » vers i555, car le paiement figure aux « comptes des bâtiments du Roi » en l'année i556.
Le monument tout en marbre blanc se compose d'un vase qui renfermait le cœur, supporté par un haut piédestal carré. Les quatre faces du piédestal sont ornées chacune d'un cartouche qui encadre un bas-relief; des groupes de jeunes femmes et de jeunes garçons chantant, jouant des instruments divers, déclamant au son de la lyre, symbolisent la musique, le chant, la poésie lyrique; le quatrième bas-relief représentant des personnages étudiant une sphère semble avoir pour sujet l'astronomie. Des tètes de morts et des ossements sont sculptés sur la plinthe tandis que des inscriptions latines sont gravées en haut du piédestal.
Le vase de forme arrondie, supporté par quatre griffes, est décoré des écussons de France surmontés de la salamandre, devise de François I er ; de gracieux cartouches accompagnés de têtes de femmes, de têtes d'angelots ailés entourent quatre bas-reliefs. Les sculptures ciselées en ces minces reliefs représentent les arts : des sculpteurs copiant une statue antique, un artiste dessinant, un architecte dirigeant une construction, un géographe montrant un globe terrestre. Le couvercle à godrons est orné de têtes de femmes et de deux petits génies funéraires, la
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pomijae de pin qui le surmonte est une restauration moderne et a remplacé un cœur.
Toute cette œuvre élégante, par laquelle on a voulu ingénieusement glorifier le roi protecteur des lettres, des sciences et des arts, a été taillée avec une extrême délicatesse, la conservation en est parfaite.