‹ L'église abbatiale de Saint-Denis et ses tombeaux;Chapitre 34 sur 43 · Monument du Cardinal Louis de Bourbon · texte numérisé non relu

Monument du Cardinal Louis de Bourbon

(f i557). — Évêque de Laon, archevêque de Paris et abbé de Saint-Denis, Louis de Bourbon Vendôme, qu'il ne faut pas confondre comme l'avait fait Lenoir avec le cardinal Charles de Bourbon proclamé roi par les Ligueurs en 1589, fut enterré à Laon, mais son cœur fut porté à Saint-Denis, où lui fut élevé un monument d'un type très curieux et rare. Il était composé d'une colonne de marbre campan-isabelle à chapiteau de marbre blanc très luxueusement décoré d'arabesques, sur lequel était placée la statue agenouillée du prélat représenté en habits de cardinal; ce marbre était peint de couleurs naturelles. Cette curieuse effigie a malheureusement été brisée à la Révolution, la colonne et son chapiteau subsistent seuls.

69. — Monument de Henri II (f i55g) et Catherine de Médicis (f i58()). — Au milieu de la Chapelle des Valois dont nous avons retracé l'histoire 1 , s'élevait, isolé de toutes parts, le tombeau de Henri II et Catherine de Médicis. Transporté après la démolition de la chapelle en 171g, à la place où nous le voyons de nouveau au-

i, Voir plus haut, p. 18-31.

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jourd'hui, le monument resserré entre la muraille et les piliers, mal éclairé, a perdu singulièrement de son harmonie et de sa beauté.

Gomme les tombeaux de Louis XII et de François I er , c'est un édifice à deux étages. Au-dessus d'un stylobate très élevé, quatre piliers flanqués de huit colonnes de marbre supportent l'entablement surmonté de la plateforme, où sont agenouillées les statues de bronze du Roi et de la Reine; quatre autres colonnes isolées sur les grands côtés laissent voir le lit de marbre sur lequel sont étendues les statues gisantes; à la tête et aux pieds de ces statues, une ouverture en forme de fenêtre surmontée d'une tablette et d'un fronton demi-circulaire ferme en quelque sorte le tombeau; aux angles se dressent les quatre statues de bronze des Vertus cardinales, enfin quatre bas-reliefs de marbre blanc et plusieurs masques de marbre rouge décorent les faces du stylobate.

Si la disposition générale du tombeau rappelle celui de Louis XII, on remarquera, outre le changement profond du style devenu entièrement classique, une recherche nouvelle de coloration par l'emploi de matières différentes : marbre blanc, grisâtre et rouge, alliance des statues de bronze et de marbre.

L'histoire de ce tombeau et la recherche de l'attribution des œuvres qui le composent sont compliquées par l'abondance et les contradictions des documents d'archives; sans entrer dans une discussion détaillée qui ne peut trouver place ici, indiquons seulement les

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résultats les plus sûrs tirés de l'étude critique des textes.

La conduite de l'ouvrage fut donnée au Primatice comme surintendant des bâtiments, il dessina la forme architecturale du monument assez lourde d'ailleurs et choisit les artistes qui devaient l'orner. Des marbres sont acquis dès i56o; en i562-i563 des maquettes sont exécutées sous la direction du Primatice, par Ponce Jacquio et Frémin Roussel pour fournir des projets, l'atelier des artistes est établi à l'Hôtel de Nesle à Paris, ainsi que celui des artisans qui, sous la conduite de Louis Lerambert Vaine, vont tailler les pierres et les marbres. À la date de i565, toutes les sculptures qui devront composer le tombeau, sont commandées à divers artistes, excepté la statue priante de la Reine. Dominique Florentin doit faire le modèle du bronze du priant du Roi, Jérôme Délia Robbia la statue gisante de la Reine, Germain Pilon le gisant du Roi ; les statues de Vertus sont partagées entre Germain Pilon et Ponce Jacquio; à Laurent Regnauldin, Frémin Roussel et Germain Pilon sont distribués les bas-reliefs et masques du soubassement.

Par suite de modifications apportées à l'ordonnance du tombeau et plus encore par la disparition des artistes appelés à concourir à son édification (Jérôme Délia Robbia meurt en i566, Dominique Florentin et Laurent Regnauldin après cette même année i566, Ponce Jacquio le dernier en 1670), les œuvres primitivement commandées, ou furent laissées de côté ou n'étaient pas exécutées, quand Germain Pilon se trouva seul à l'atelier de

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Nesle. Il recueille la succession de ses camarades et remplace les sculptures inachevées ou absentes. Après un dernier paiement à Ponce Jacquio en i568, Pilon figure seul, en effet, pour des sommes importantes aux comptes de i568 à 1570. Les sculptures furent terminées en 1670, le monument transporté et édifié à Saint-Denis entre 1570 et 1673.

Aux représentations gisantes du Roi et de la Reine, Germain Pilon a transformé par son art le thème traditionnel. Le Roi est bien figuré à l'état de cadavre, la tête, morceau admirable, renversée sur le coussin, mais l'artiste a dissimulé la laideur des atteintes de la mort, le corps a conservé encore toute sa forme ; quant à la Reine, elle est simplement étendue endormie, jeune et belle, telle qu'elle était au moment de la mort de son époux, et Pilon, en cette statue d'une curieuse hardiesse de réalisme, a modelé avec une exquise délicatesse la nudité de ce corps charmant.

Les priants de bronze sont revêtus des costumes royaux du sacre, la Reine a sa robe couverte de pierreries, le Roi porte le grand manteau fleurdelisé doublé d'hermine. La statue du Roi, par l'élégance de la pose, la tête, vivant portrait, le jet de la draperie ample et grandiose, est le digne pendant de la statue du Chancelier de Birague (au Musée du Louvre) et compte parmi les chefs-d'œuvre de la sculpture française de la Renaissance. Malheureusement, les hauts prie-Dieu de bronze de forme variée qui s'élevaient devant les souverains et expliquaient les gestes de leurs mains ont disparu à la Révolution.

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Aux quatre angles du tombeau, quatre statues de femmes, coiffées avec coquetterie, à demi couvertes de draperies plissées et collantes aux cassures multipliées, symbolisent les quatre Vertus cardinales; leur disposition a été légèrement modifiée, les socles n'étaient point à l'origine de biais mais continuaient carrément les lignes du monument. Plusieurs des attributs qui caractérisent les Vertus et commandent leurs gestes ont malheureusement été brisés : la Tempérance mêlait l'eau au vin, en un geste harmonieux de danseuse, la Prudence au manteau lourd tenait un miroir, la Force s'appuie encore sur une colonne, la Justice, à demi nue, porte les attributs de la royauté, le sceptre et l'épée dont la poignée seule subsiste, sa tête semble un portrait par le caractère contemporain des traits du visage, les cheveux élégamment nattés et mêlés de bijoux. Ces quatre statues d'une inspiration païenne et sensuelle révèlent une imitation de l'antiquité et l'influence du style italianisant du Primatice. On pourrait se demander si Pilon n'a pas utilisé en les retouchant deux des Vertus primitivement faites par Ponce Jacquio, mais il faudrait admettre une harmonie et une concordance bien rares dans la manière de ces deux artistes, tant est grande l'unité de style et de facture des quatre statues. Tous ces bronzes furent fondus par Benoît Le Boucher, par le procédé de la cire perdue, les statues traduisent ainsi sans altération la terre modelée par l'artiste, elles sont revêtues de belles patines grasses et luisantes.

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Les bas-reliefs de marbre encastrés au stylobate, de facture un peu mièvre mais très gracieuse, symbolisent par des groupes allégoriques : la Foi, élevant un calice Tayonnant, l'Espérance montrant une église, la Charité se dépouillant de ses vêtements et allaitant un enfant, la Pitié donnant à boire aux souffrants. Douze mascarons, taillés dans une sorte de marbre rouge, représentant des têtes supportant des corbeilles de fruits, encadrent les bas-reliefs et complètent la décoration de ce grand monument.

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