‹ L'église abbatiale de Saint-Denis et ses tombeaux;Chapitre 7 sur 43 · Exactement i 256 108 francs · texte numérisé non relu

Exactement i 256 108 francs

les chapelles des dynasties seront installées dans l'église souterraine, le maître-autel surélevé, le sol exhaussé, une chapelle paroissiale construite au côté droit de la nef. De nouveaux crédits permirent, en 1812, de remettre des ouvriers à l'œuvre ; ce furent des travaux déplorables. L'exhaussement du sol surtout amena une conséquence désastreuse. Pour placer des incrustations de pierre au niveau neuf, on déchausse les piliers, on sape les bases, on les entaille, réduisant leur épaisseur et leur résistance ; ce stupide travail fut également accompli aux contreforts du collatéral méridional réduits au noyau de blocage, les parements de pierre arrachés ; tout le système d'équilibre étant faussé, on aboutissait ainsi à la dislocation des voûtes. Malheureusement, le mensonge de la restauration masqua pendant trop longtemps les graves désordres de l'ossature de pierre, car les joints étaient bouchés et mastiqués, tout l'intérieur badigeonné. La pauvreté et la mesquinerie de la décoration nouvelle se marquaient par les revêtements mensongers de stuc au sanctuaire, l'achat d'objets religieux au rabais, grilles de tôle vernie et candélabres de carton-pâte. On constatait déjà l'altération des peintures de la crypte, les fissures reparaissant sous le mastic émietté. Cellérier, qui indisposait le Directeur des travaux de Paris par sa lenteur, son silence et sa médiocre gestion, fut remplacé en 181 3, mais il obtint de l'avancement, devint membre du Conseil des bâtiments civils et inspecteur général.

a° La direction de François Debret (1813-18U6) 1 . — L'ar-

1 . Les documents relatifs à la restauration se trouvent aux Archives nationales jusqu'en i83o. (Cf. ci-dessus) ; postérieurement à cette date, aux Archives des Monuments historiques, au Sous-secrétariat d'État des Beaux-Arts. — Articles de polémique contre les travaux de Debret, par Didron et Guilhermy, dans les Annales Archéologiques aux t. I", i844; t. IV, 1846 ; t. V, i846.

chitecte qui «accédait à Cellérier au mois de juin i8i3 et qui devait diriger la restauration générale de l'église, présider à la réinstallation des tombeaux, dessiner les détails de l'ornementation, celui qui devait porter la lourde responsabilité de l'effondrement de la flèche et de l'altération générale de l'édifice , fut François Debret.

Jeune encore, il n'avait à cette date que 36 ans, instruit, ayant des prétentions à l'érudition, habile à flatter l'Institut — il sera de l'Académie des Beaux-Arts dès 182 5 — très soutenu dès lors par ses confrères, d'ailleurs bon administrateur, correspondant régulier des bureaux des Ministères, protégé de ses Directeurs, Debret sera maître absolu de l'église de Saint-Denis pendant plus de trente années, démolissant, restaurant, reconstruisant, embellissant, bref aboutissant à livrer aux yeux ébahis des badauds une église blanche et neuve, mais privée de sa flèche et croulante.

de n'est pas au lendemain du retour des Bourbons, que l'argent permit à l'architecte de se livrer à ses fantaisies artistiques et archéologiques. Il fallait enfin assurer la célébration du culte, organiser les offices expiatoires à la mémoire des souverains victimes des profanations de 93 ; rétablir le caveau des Bourbons pour abriter les cendres des rois recueillies au cimetière des Valois ; surveiller la réinstallation des tombes royales que l'on ramenait peu à peu du Musée des Petits-Augustins conformément à l'ordonnance rendue par Louis XVIII le 24 avril 1816.

Les effets désastreux de la construction de la chapelle paroissiale élevée au flanc méridional se révèlent bientôt, ainsi que l'altération rapide des restaurations mensongères et hâtives : par la ruine des contreforts minés, des voûtes de la nef se disloquent, le mur latéral du midi s'effondre, partout

les arcs- boutants sont en danger, les roses penchent. F. Debret, après un examen attentif du monument, dressait en 1828 le devis de la restauration générale qu'il estimait devoir s'élever à plus de deux millions, et au moment 'où Louis- 1 Philippe remplace sur le trône le dernier des Bourbons, les travaux de Saint-Denis avaient déjà absorbé inutilement près de quatre millions 1 .

C'est après i83o, surtout à partir de i833, que les crédits budgétaires permirent à l'architecte d'entamer la restauration intégrale qu'il souhaitait ; de i833 à i844, va s'accomplir la grande réfection de Saint-Denis, l'œuvre originale de François Debret. Rien n'échappera au marteau du maçon; murailles, pignons, arcs-boutants, roses, piliers, voûtes, tout sera gratté à vif, entaillé, remis à neuf. Les crédits épuisés dès i836, les travaux étaient arrêtés, quand un événement fortuit vint malencontreusement favoriser les projets de l'architecte. Le 9 juin 1837, la haute flèche de la tour septentrionale de la façade occidentale fut frappée par la foudre ; les désordres occasionnés par le feu pouvaient se réparer, mais Debret profita aisément de l'accident pour obtenir de nouveaux crédits (loi du 18 juillet i838),qui lui permirent de refaire entièrement la flèche et d'orner de sculptures neuves toute la façade.

A l'apparition de ces inventions ridicules, l'indignation des archéologues, jusque-là contenue, éclata. Déjà, en 1833, L. Vitet, inspecteur général des monuments historiques, avait discrètement conseillé d'abandonner la décoration picturale entamée aux chapelles ; en 1841, c'est la Commission des monuments historiques qui proteste et accuse. Le conflit

1. Exactement de l'origine (an XIII) à la fin de 1828 ; 3g4a 336 francs.

qui naît alors n'est qu'un épisode de la lutte si ardente engagée depuis i83o, entre les admirateurs de l'architecture gothique et ses détracteurs. En ce combat, les « gothiques » furent vaincus. Des membres de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et de l'Académie des Beaux-Arts, ayant été réunis en une commission académique pour examiner les restaurations discutées, donnèrent raison à leur confrère. Le rapport demeura secret, mais les conclusions furent aisément connues et la lecture que fit Debret, comme délégué de l'Académie des Beaux-Arts, à la séance publique annuelle de l'Institut du a mai i84a sur : « les diverses cons. tructions et restaurations de l'église de Saint-Denis » , proclama à tous les yeux sa victoire.

Ainsi soutenu officiellement, l'architecte continua avec zèle les embellissements de l'église abbatiale, mais ses adversaires ne demeuraient point inactifs, et lorsque les Annales archéologiques furent fondées en i844> l'attaque contre les mutilations de Saint-Denis recommença plus ardente, plus démonstrative et plus convaincante à mesure que les travaux s'achevaient et que les nouveautés se révélaient aux regards.

Bien que les passions apportées dans cette lutte soient depuis longtemps éteintes, il n'est pas sans intérêt de suivre attentitivement l'enquête poursuivie par Didron et le baron de Guilhermy, car nous avons encore sous les yeux, en bien des parties, les résultats de l'œuvre néfaste de Debret. Nous constatons le ravalement des murailles qui, compromit la solidité de l'édifice et lui donna un aspect grêle et mesquin par l'amincissement des contreforts et des arcs-boutants réduits à leur squelette ; nous saisissons encore le grattage de tous les ornements, crochets, pinacles, balustrades, roses; le refouillement de toutes les moulures; le remplacement des.

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