‹ L'église abbatiale de Saint-Denis et ses tombeaux;Chapitre 6 sur 43 · Génie du Christianisme, 4* partie, livre II, chap. ix · texte numérisé non relu

Génie du Christianisme, 4* partie, livre II, chap. ix

2. Documents aux Archives nationales (de l'an IX à i83o), les pièces essentielles aux cartons : F*3 1393, 1295, 1296; F* 3 1367.

NOTICE HISTORIQUE. 3i

l'Intérieur, M. de Champagny /écrivait à Legrand « architecte des monuments conservés sous le rapport de l'art », qui avait Saint-Denis dans le ressort de son inspection, d'entamer les travaux sur-le-champ. Couvrir et clore, telles étaient les deux opérations essentielles pour assurer la conservation de l'édifice ; les voûtes découvertes gardant l'eau des pluies en leurs creux étaient dégradées, bien que résistantes encore, les grandes baies ouvertes laissaient pénétrer les averses. On se mit aussitôt à la toiture qui était terminée en l'an xiv, mais la parcimonie de la restauration se marquait déjà dans le rétablissement du comble qui ne fut porté qu'à moitié de la hauteur ancienne, ce qui faisait gagner l'édifice en beauté, assurait Legrand. Le dallage du sol fut commencé — l'église était complètement décarrelée — la crypte et les caveaux déblayés, le fossé extérieur nettoyé, le cimetière des Valois, qui avait été aliéné en l'an vm, racheté pour dégager les abords de l'église.

Pensant que l'église provisoirement réparée pouvait désormais servir, l'Empereur, par son décret du ao février 1806, rétablit le culte à Saint-Denis en instituant un Chapitre composé de dix chanoines. Mais le dessein de Napoléon n'était pas seulement de restaurer la religion catholique dans un de ses plus vénérés sanctuaires ; il voulait assurer sa sépulture et celle de ses descendants, reprenant ainsi la tradition de la Monarchie ; l'article premier de son décret déclare, en effet, que Saint-Denis sera désormais consacré « à la sépulture des Empereurs ». On avait songé, dit Champagny, dans le pompeux et emphatique rapport qui précède le décret, à rétablir les tombes des rois, mais leurs cendres mêmes ont péri : on se contentera d'ériger trois chapelles à leur mémoire.

Ce décret donna une impulsion nouvelle à la restauration, les travaux d'appropriation se poursuivirent : pavement, mar-

3a L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE SAINT-DENIS.

brerie, stalles, construction d'une sacristie, l'église est éclairée de verrières aux verres blancs recouverts de vernis d'argent, de verres jaunes et violets, qui donnent à la nef, disent les éloges des journalistes contemporains, « une physionomie des plus augustes ». La partie proprement artistique de la décoration comportait le placement derrière le maitre-autel d'une sculpture de dimension colossale, la France relevant la Religion, — mais ce projet fut rapidement abandonné, — et le groupement autour de la statue de Charlemagnc d'une suite de cinq statues d'empereurs carolingiens 1 .

Le 20 octobre 1807,1e Ministre de l'Intérieur donne l'ordre d'arrêter les travaux, les crédits sont dépassés ; sur ces entrefaites Legrand meurt ; sous la direction de ce premier architecte, de ventôse an xm au mois de décembre 1807, on avait déjà dépensé pour l'église de Saint-Denis plus d'un million 2 .

Jacques Gelléricr fut nommé à la place de Legrand (26 novembre 1807). A cet architecte doit remonter la responsabilité des premiers travaux importants de maçonnerie qui compromirent la solidité de l'édifice. La malheureuse église abbatiale qui avait bravé les intempéries, va succomber peu a peu sous les attaques des architectes et des maçons. Les travaux traînaient en longueur. L'Empereur, qui les vint visiter le 5 août 181 1, parut mécontent de cette lenteur, il soumit les plans de Gellérier au contrôle de l'architecte Fontaine et donna quelques ordres qui devaient avoir de fâcheuses conséquences :

1 . Les artistes désignés pour exécuter ces statues de facture pitoyable, qui subsistent encore, entassées dans la crypte de l'église, furent : Gois (Charlemagne, la seule statue de marbre, les autres sont de pierre), Deseine {Louis le Bègue), Bridan (Louis le Débonnaire), Foucou (Charles le Chauve), Gaulle (Charles le Gros), Dumont (Louis IV d'outre-mer)', quant au, groupe de la France relevant la Religion, il avait été commandé à Boichot.

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