CHAPITRE VI
Invasions des Danois et des Normands.
L'invasion danoise arrêta non -seulement les progrès du Christianisme, mais même dans certains endroits, en effaça entièrement les traces. En 835 ces hommes du Nord débarç|uèreut sur ies côtes de Cornouaille, dévastant le pays pendant 15 ans, pillant et brûlant les églises et les monastères. Les prêtres et les évêques furent tués en grand nombre. De tous les royaumes de l'heptarchie il n'y eut que celui de Kent qui ne tomba pas sous la domination des Danois. Alfred le Grand, étant devenu roi, réussit par une série de victoires à obtenir un traité de paix. Après la bataille d'Kthandum, en 878, les Danois acceptèrent le Christianisme, et s'établirent en Angleterre. Dunstan, évêque de Worcester, rétablit la discipline dans tous les monastères qui n'avaient ^^^^^^^' pas été détruits et encouragea beaucoup l'éducation.
Une nouvelle invasion danoise allait encore retarder la prospérité de l'Angleterre, quand
le puissant chef danois, Canut, I fut converti au
Christianisme. Bientôt la paix revint et Canut
Canut I. ^^^ Y^^^ jQj^ ^^^ gç^^l maître de toute l'Angleterre.
Il fit rebâtir les églises qu'il avait brûlées, et dota magnifiquement les abbaN'es et les monastères qu'il avait spoliés.
En l'an 1042 Edouard le Confesseur fut con-
Edouard sacré roi dans la grande cathédrale de Wi-nchester.
^^ Ce prince contribua beaucoup au relèvement du
seur. peuple, mais tavorisa 1 introduction des étrangers
dans les fonctions ecclésiastiques. Impossible de
dire jusqu'où il serait allé si ne l'en eût empêché
le fameux gouverneur Godwin,
En 1066 Guillaume, duc de Normandie, appuvé par l'évêque de Rome, résolu de faire Lriii au- 1^ conquête de l'Angleterre. Avec une armée Coyique- de 66,000 hommes il battit les Anglais à Hastings, et s'empara de la royauté. Le pape alors le pressa de rendre hommage à l'église de Rome. La réponse du roi à l'ambassadeur du pape est devenue historique. "Je n'ai pas choisi de te rendre hommage et je ne le ferai pas ; je n'ai fait aucune promesse à cet effet ; de plus, je ne sache pas qu'aucun de mes prédécesseurs ait rendu hommage à l'évêque de Rome."
tant.
L'EGLIvSE ANGLICANE AVANT LA REFORME.
Cette réponse de Guillaume montre que jusqu'à <jette époque, au onzième siècle, le pape n'avait de juridiction ni sur l'église, ni sur la couronne d'x\ngleterre. Ce fait est important puisque nous entendons si souvent dire que l'Eglise, en Angleterre, était sous la domination papale avant la réforme du XVIième siècle.
Jusqu'à la conquête par les Normands, l'Eglise anglicane, tout en étant en communion avec l'Eglise romaine, en était parfaitement indépendante. Par sa constitution ecclésiastique, l'Eglise anglicane reconnaissait deux provinces, Cantorbérv et York. L'Archevêque de Cantorbéry, était comme de nos jours, le primat de toute l'Angleterre et ne reconnaissait aucun vsupérieur ecclésiastique.
E'Eglise de Rome, toutefois, faisait de plus en plus valoir ses prétentions à la suprématie, et ses efforts furent grandement secondés par les ^/{o-yanprélats étrangers qu'Edouard le Confesseur avait disseencouragés et que Guillaume le Conquérant éta- la Suprêblit dans toutes les villes du royaume. Le inatie chemin fut ouvert aux empiétements de la papauté P'^P'^^^sur ce qui avait été, jusqu'à ce jour, les droits indépendants de l'Eglise et de la couronne d'Angleterre.
Les Normands donnèrent une nouvelle impulsion à la vie monastique. Guillaume et ses barons fondèrent un grand nombre de monastères, leur appropriant les biens qui avaient été anciennement donnés aux Eglises par les Saxons. Dans presque tous les cas ces richesses allèrent grossir les revenus des communautés religieuses protégés par les Normands. Le pays se couvrit de vastes monastères et d'imposantes églises. C'est ainsi que l'Angleterre fut abandonnée comme une proie, à la cupidité des étrangers. Guillaume attribua 60,000 fiefs à ses chevaliers aux dépens des Saxons et consigna les noms des nouveaux propriétaires dans le livre noir de la conquête. ( Doomsday Book. ) C'est ainsi que nous y lisons la description des biens appartenant au siège épiscopal de Cantorbéry, ainsi qu'à plusieurs églises d'autres comtés. Par exemple, 243 églises avaient des propriétés dans le diocèse de Norfolk, et 364 autres en possédaient dans celui de Sufïolk. Ces biens a3'ant appartenu à l'Eglise anglicane depuis plus de 800 ans, lui donnèrent des titres de propriété plus anciens que tout autre propriétaire en Angleterre.
Guillaume le Conquérant mourut en l'an 1087. Il eut pour successeur son fils, Guillaume
le Roux. Ce prince bannit de son rovaume les Guillaumessagers que le pape Lrbam lui avait envoves i^ Rqux. au sujet d'Anselme, archevêque de Cantorbéry, qui en avait appelé au pape de la confiscation des revenus de l'Eglise au profit de la couronnt-. En dépit de la condamnation de Rufus par un concile tenu à Rome en 1099, Anselme ne put gagner sa cause.
Sous le règne d'Henri I. Anselme renouvela son appel à Rome. Le pape Pascal II écrivit au Roi d'Angleterre, lui deniandant que l'archevêque tût rétabli dans son diocèse sans autre investiture que celle du pape. Henri I répondit que l'opinion du pape et les décisions du concile romain n'étaient d'aucune A'aleur pour lui. " Je ne veux ni déroger aux coutumes de mes pfédécesseurs, ni tolérer dans mon royaume aucun homme qui ne soit pas mon sujet."
De cette querelle des investitures entre l'archevêque de Cantorbéry et le roi Henri I, il ressort que le pape n'avait aucune juridiction sur la couronne ou le royaume d'Angleterre.
Sous Te règne d'Henri II, en 1163, Thomas à Bequet, archevêque de Cantorbéry, voulut qu'un ecclésiastique, même pour les crimes commis
contre les lois civiles, ne put être poursuivi que devant le tribunal ecclésiastique, ce tribunal ne pouvant infliger d'autre châtiment que la dégradation ou la destitution du coupable. Ce fut la cause d'une longue querelle qui ne se termina que par l'assassinat de Bequet. La consternatiou créée pai ce meutre fut si grande que le roi jugea prudent de céder, et de cette façon l'Eglise obtint tous les privilèges qu'elle réclamait.
'^IAP
L'EGLISE ANGLICANE AVANT LA REl-ORME.