‹ L'église anglicane avant la réforme, abrégé d'histoire ecclésiastique [microforme]Chapitre 12 sur 20 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

La Grande Charte de Liberté.

En 1213, Innocent III, le plus grand des papes, obligea Jean-Sans-Terre, roi d’Angleterre, à reconnaître comme archevêque de Cantorbéry Etienne Langton, et à rétablir tous les prélats romains qu’il avait chassés du royaume. En outre Jean-Sans-Terre s’engageait à conférer au pape le patronage de tous les évêchés, à ne reprendre les insignes de la royauté qu'avec l’assentiment du saint Père, en un mot faire du royaume d'Angleterre un fief de la cour de Rome.

Ainsi la couronne d'Angleterre passait sous le joug de la papauté. Toutefois l'Eglise resta libre, comme le montre le fait que Langton persuzda les barons de résister à Jean-Sans- Terre. En 1215, ils lui firent signer un pacte devenu célèbre sous le nom de la “Grande Charte de Liberté” Le premier article de cet acte déclarait solonnellement “la liberté de l'Eglise angiicane et le maintien de tous ses droits et privilèges.”

A la nouvelle de cet échec, Innocent III frappa d’anathème les barons et Langton.

Il somma Jean-Sans-Terre d'annuler la Grande Charte, mais celui-ci, trop profondément humilié, répondit que ‘“‘denuis sa réconciliation avec le pape tous les malheurs lui étaient arrivés.”

Innocent III mourut en 1216 sans avoir reçu la vassalité de l’Angleterre. Etienne Langton continua pendant douze ans encore à revendiquer les libertés de l'Eglise et de la couronne d'Angleterre.

Convocation du Premier Parlement.

En 1265, Simon de Montford, comte de

Leicester, convoqua le premier parlement national. A dater de ce jour on passa plusieurs actes pour protester contre les prétentions de l’évêque de Rome. Sous le règne d'Henri III, le Parlement fit une loi o1donnant de saisir et d’emprisonner toute personne portant un mandat venant du pape. Une lettre fut envoyée au concile de Lyon, (1250) dans laquelle on s'élevait contre les ordonnances de la papauté, et l’on annonçait la détermination de ne plus les souffrir. Plus tard, l’évêque Grossetête, de Lincoln, fit de l'opposition au pape Innocent IV, et lui écrivit qu’“‘il résisterait à toutes

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les instructions venant du pape.” Quand l’évêque Grossetête mourut en 1254, le pape ordonna aux fidèles de ‘‘se réjouir de la mort de son ennemi.”

Boniface VIII, (Benédictus Cajetanas), en 1294, avait persuadé au pape Célestin V d’abdiquer en sa faveur. Philippe le Bel, roi de France, ayant résisté aux prétentions du pape, convoqua une assemblée de ses nobles. Boniface VIII fut accusé. d’avarice, d’hérésie, de simonie et de vingt-neuf autres crimes. Le pape se croyant en danger dans la ville de Rome se retira à Aucyre d’où il excommunia Philippe le Bel. Boniface mourut de rage et de désappointement le 11 octobre 1308. 1

En 1297 le roi Edouard I résista ouvertement au pape Boniface VIII, et le força d'annuler le décret de l’année précédente qui enjoignait à tous les peuples chrétiens de ne prélever aucune contribution sans la permission de l’évêque de Rome. Le Parlement de Lincoln (1301), composé non-seulement des barons et des représentants du peuple, mais aussi de deux archevêques et de dix-huit évêques, adopta à l’unanimité la (1) McClintock & Strong Encyc., vol. I, p. 849. Voir encore Leonard, Æis£. ofthe Christian Ch., pp. 137,138.

Proposition suivante :—

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En 1341, Edouard II protesta énergiquement contre les empiètements de la Ppapauté.

Edouard III, sommé par le pape Urbain V de rendre hommage au siège de St, Pierre, refusa de le faire, et fut appuyé par le Parlement anglais qui décida en 1344 qu’aucun ecclésiastique ne serait installé dans une cure par un décret du pape.

En 1350, le Parlement fit Passer un acte dont le préambule déclarait que “la sainte église d'Angleterre fut établie dans notre royaume pour donner au peuple la connaissance des lois de Dieu.” Les empiètements de la papauté, que cet acte voulait restreindre, sont dénoncés comme “tendant à annuler la sainte église d'Angleterre.”

En 1365 le pape Urbain V s’avisa de réclamer les arrérages du tribut qui, depuis trente-trois ans n'avait pas été payé à la

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cour de Rome. Pour repousser ces prétentions, Edouard III s’adressa à Jean de Wiclef qui justifia la confiance de son souverain dans un mémoire plein de vigueur, dans lequel il rejetait toute idée de vasselage de l’Angleterre envers la papauté. En 1366, le roi incita la haute chambre du Parlement à déclarer que les prétentions du pape “n’étaient ni justes ni honorables.”

Au milieu du XIVième siècle, il n'y avait encore en anglo-saxon que quelques extraits de l’ancien Testament. Les livres étaient si rares à cette époque qu’en 1294, toute la bibliothèque de l’évêque de Winchester, Jean de Pontissara, se composait de dix-sept volumes. Lorsqu'on apportait un livre quelque part, c'était un événement si important que, d'ordinaire, les notables se réunissaient, et en attestaient la réception suivant toutes les règles. Une Bible avec commentaires se vendait 165 dollars et un Psautier coûtait. à peu près 40 dollars, somme énorme au XIIIe siècle, quand le salaire d’un journalier était de quatre Kreutzer et demi; de manière que pour pouvoir acheter une Bible il fallait qu’un homme travaillât pendant quinze ans. ? Et ce n'était pas às-

(1) Descombaz, His{. de l'Eglise chrétienne, p. 144.

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sez qu’on eût de la difficulté à se procurer le livre de Dieu, il fallait encore que les Conciles et les princes y ajoutassent en en défendent la lecture. Le Concile de Toulouse, en 1229, rendit le décrêt suivant : “Nous défendons aux laïques de posséder les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament. Seulement si quelqu'un voulait, par dévotion, avoir un Psautier ou un Eréviaire pour les offices divins, ou les. Heures de la sainte Vierge Marie, cela lui serait permis. ‘T'outefois, nous défendons aux laïques, de la manière la plus rigoureuse, de posséder ces livres en langue vulgaire.” 1

En 1234 le concile de Taragone décréta que “toute personne laïque dissertant en public ou en particulier sur la foi catholique serait traitée comme suspecte d’hérésie. ...

Toute personne possédant les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament devait, dans la huitaine suivant la promulgation du décret, les livrer à l’évêque diocésain pour être brûlés. 1 Wiclef résolut donc de donner à la nation une instruction biblique: traduisit lui-même en 1378 le Nouveau Testament, et fit traduire l'Ancien par Nicolas Herford.

(1) Mausi Sacrorum Conciliorum Colleétio, Tome XXITI, 197 et 329.

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Ii fit copier en outre des portions séparées à l'usage des prédicateurs ambulants qu'il envoyait dans différentes directions, partout où ils trouvaient des auditeurs de bonne volonté, afin de leur annoncer la pärole de Dieu. Wiclef mourut en paix à Lutter“wortt en 1384, après avoir établi sa protesation sur la base solide des principes. Wic'e! appeé souvent “l'étoile du matin de la Ri’orine” était né en 1324. Il étudia à l’un des cinq collèges qui seuls existaient alors à Oxford. En 1361, il devint directeur de celui de Balliol et fut nommé agrégé du collège de Merton. Appelé par la couronne, en 1372, à faire partie d’une commission chargée de traiter à Bruges avec les délégués pontificaux des griefs mutuels des deux pouvoirs, Wiclef dut bientôt—1382—comparaître, sur l’ordre du nouvel archevêque de Cantorbéry, Guillaume de Courtenay, devant. un concile dont la majeure partie se composait de moines mendiants. Des vingt-quatre propositions extraites de ses écrits on en condamna dix comme hérétiques, et on déclara le reste :

erroné et pernicieux. Toutefois dans sa chaïire et dans ses écrits, Wiclef continua jusqu’à sa mort à combattre les abus et les erreurs de l'Eglise romaine. :

Ving-huit ans après s4 mort, Wiclef fut

condamné comme hérétique au concile de

Constance, et le pape, en 1414 fit exhumer et

brûler ses dépouilles mortelles. Mais ses

doctrines, qui étaient celles de l'Evangile,

vivaient dañs le coeur de ses disciples, et

les plus dures persécutions ne purent les en

extirper.

Wiclef avait enseigné, entre autres cho-

ses,

1° que l’Eglise de Rome n'avait pas le droit de se prétendre la tête de l'Eglise universelle :

2° que saint Pierre n’avait pas plus d’autorité que les autres apôtres;

8° que tout prêtre avait autant que le pape le pouvoir des clefs:

4° enfin que l'Evangile suffisait pour instruire le chrétien dans sa conduite sur la terre, et que ni le pape ni aucun prélat ne devait avoir de prison pour punir ceux qui péchaient contre la disciplire de l'Eglise. 1 En 1398 les lois “praemunire” furent

renouvelées afin de créer en faveur du roi

un nouveau rempart contre les prétentions

de l’Eglise romaine. Par ces lois il était

défendu à tout sujet anglais d’en appeler à

en nan (1) Blackburn, Hist, of the Christian C, hurch, p. 339.

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nee :, p. 339.

la cour de Rome, ou de se soumettre aux ; excommunications du pape. Il était même défendu à tout représentant du pape de dé:barquer en Angleterre sous peine de châtiment rigoureux, et de confiscation de ses biens au profit de l'Etat. En 1399, quand Richard II fut déposé, la plus forte accusation contre lui fut qu’il avait sollicité du pape la ratification de ses actes. Le Parlement, dans cette circonstance, déclara “Que les droits du royaume et de la couronne d'Angleterre avaient toujours été libres, que ni le papé, ni aucun autre étranger, n’avaient droit d’intervention.”” De 1417 à 1426 le pape Martin V demanda à plusieurs reprises qu’on annula les lois ‘“praemunire,” et chaque fois le Parlement résista aux prétentions du pontife.

Quand, exaspéré par tant de résistance, Martin V eut frappé d’anathème l'archevêque Chicheles et tous les évêques anglais en 1426, le Régent Humphrey, duc de Gloucester, brûla publiquement les bulles papales. Ces faits démontrent clairement que l’Eglise romaine n’a jamais été la maîtresse de l’Angleterre. Ce fut l'Eglise anglicane, “ecclesia anglicana,” que la grande Charte de Jean-Sans-Terre déclarait libre, et dont les libertés devaient être inviolables. Le pape, il est vrai, fit quelquefois sentir son influen-

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