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CHAPITRE XII. | Effets de la Réforme en Angleterre

Y A Réforme au XVIième siècle eut pour & principaux résultats de démontrer claïirement que:

Premièrement, le pape ne peut avoir de juridiction en Angeterre à titre de Primat, puisque cette suprématie lui fut refusée d’une façon péremptoire par l'Eglise anglicane se fondant sur ce que l’évêque de Rome à failli dans la justification de ses droits, et qu’il n’a pas fait, suivant les paroles du savant docteur Littledale, 1 une seule des démarches que. le droit canon rend nécessaires pour prouver son titre d’héritage, Dieu ayant limité la juridiction de l’apôtre Pierre aux fidèles circoncis, ? en d’autres termes à l’Eglise des Juifs. De dun) .

Deuxièmement, que le pape ne peut avoir de juridiction en Angleterre à titre de patriarche d'Occident, puisque nous savoñis que les limites du patriarchat romain ne s'étendaient que sur dix provinces en Italie:5 Elles n’allaient pas même jusqu’à Milan, encore moins donc jusqu’à la Gaule ou la Grande Bretagne. “Le fait de cette délimi-

(1) Simples Raisons, p. 232, (2) Gai, Ii, 7.8. (3) Rufin, Æ5s£. Æccles., I, 6. ;

tation étroite qui a été si souvent discutée,” dit un historien catholique romain, “est établi par de nombreuses preuves. Ce ne fut même qu’en 571 que les papes purent pénétrer à Milan. En 583 Grégoire le Grand, profitant d’une dispute locale, parvint enfin à imposer son autorité à cette ville et à y envoyer un légat.” 1 Le huitième canon du concile général d'Ephèse défend d’ailleurs au pape d'étendre les limites de sa juridiction.

Troisièmement, que le pape ne peut avoir de juridiction en Angleterre à titre de “convertisseur, —nous eranployons ce mot en bonne part—puisque, comme nous l’avons vu, la mission d’Augustin ne contribua guère à la conversion de l'Angleterre. ? Cette mission ne s’étendit jamais en dehors de la province de Kent. La plus grande partie de l’Angleterre saxone fut chritianisée par les missionnaires non-romains de l’Ecosse et de l'Irlande.

“A l'argument” dit Littledale, 8 “que pa* certains actes l'Eglise anglicane accepta de fait l’autorité du Pape, nous répondrons d’abord qu’on avait consenti à cette soumis-

(1) Fleury, Æist, Eccles., XXXN 32.

(2) Bright, Early Church history.

(3) Singles Raisons, p. 236.

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sion parce que l’on croyait à l’authenticité des Fausses Décrétales et, par conséquent, au cachet obligatoire que portait le droit canon basé sur ces décrétales; celles-ci, provenant d’une fraude, rendaient par là même la soumission nulle. Ensuite, lors même qu'il n’en eut pas été ainsi, il aurait fallu un acte formel, approuvé unanimement par un synode national, pour donner aux évêques anglais le pouvoir de remettre à une autorité extérieure les libertés de leur église; or il n'existe pas d’acte d’un tel synode. Enfin, en supposant qu’une sembable détermination eût été prise, le pape n’en restait pas moins incapable d’en accepter les considérants à raison même du serment qu’il avait prêté lors de son couronnement, d'observer à la lettre les décrets d’Ephèse.”’

La Réforme eut aussi pour résultat de supprimer des monastères qui fournissaient d'immenses revenus à la cour de Rome.

Sur l’ordre d'Henri VIII, en 1535, on fit une inspection générale des couvents du royaume, surtout de ceux établis en Angleterre depuis la conquête des Normands. Ces monastères avaient obtenu des privilèges de l’évêque de Rome, dépendaient immédiatement de la cour de Rome, formaient sa milice la plus puissante et la plus dévouée, et

prétendaient ne devoir aucune soumission à l'Eglise d'Angleterre. Sur le rapport que firent les commissaires enquêteurs des irrégularités et des désordres qu'ils avaient dé- Couverts, le Parlement supprima près de quatre cents monastères de second ordre et confisqua leurs biens au profit de la couronne.

Un autre effet de la Réforme fut la publication en anglais d’un livre de prières publiques. En 1542, par ordre de la convocation, on nomma une commission chargée de réviser le code ecclésiastique et de traduire en anglais les services de l'Eglise, Les commissaires rédigèrent un nouveau catéchisme et dressèrent, en 1552, une confession de foi en trente-neuf articles qu'ils présentèrent à la signature de tous les membres du clergé.

Mais le plus grand résultat de la Réforme fut sans contredit le don inestimable de la Bible traduite en langue vulgaire. En 1589, les évêques anglicans firent paraître “La Grande Bible.” Si fortes étaient les dépenses d'impression, et si ardent le désir du peuple de lire les Ecritures Saintes, qu’on dut attacher par une chaîne la “Grande Bible” au mur des églises où chacun pouvait

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encore à chaque prêtre de se procurer une Grande Bible, la plus grande qui fut imprimée, de la placer dans l’endroit le plus accessible de l’église, et de donner ainsi à tous les paroissiens facilité de la lire ou de l'entendre lire, et d’être à même d’en méditer les enseignements à leur retour au foyer. En 1543, le clergé reçut de la convocation l'ordre de lire à chaque service le dimanche et les jours de fête une leçon tirée de l’Ancien Testament et une leçon tirée du Nouveau. Aussi longtemps que la langue anglaise sera parlée dans ce pays, les chrétiens, de quelque dénomination que ce soit, seront redevables à l’Eglise anglicane de ces dons si précieux, CONCLUSION.

L'Eglise anglicane est donc bien l’Eglise qui remonte véritablement au temps des Apôtres, et dont les premiers missionnaires sont venus des pays de nos ancêtres, la Gaule. Cette Eglise a donné au monde une litur gie incomparable, et elle embrasse dans toute sa plénitude la foi de la chrétisnté une.

L'Eglise anglicane maintient la foi et son

ancienne empreinte, sans rien y ajouter de nouveau comme, par exemple, la croyance à lImmaculée Conception ou à .linfaifhibitité

dû pape: L'Eglise angliéane encourage les

fidèles à se servir de leur Imtelligence aussi bien que de leur foi; elle ne mutile pas le sacrement de l'amour du Sauveur, et elle ne nie pas dans la pratique l'efficacité de la médiation de Jésus-Christ et l'abondance de sa sympathie. L'Eglise anglicane ne fait pas commerce de reliques. En somme, l’Eglise anglicane adore Dieu en Christ seul; elle ne décerne à aucune créature l'honneur exclusivement dû à ce grand Maître, et elle déclare dans le Vlième article de Religion “Que l'Ecriture Sainte contient tout ce qui est nécessaire pour le salut, de sorte qu’on ne doit pas exiger d’un homme qu’il croie comme article de foi, ou qu’il considère comme essentiel ou nécessaire au salut, la moindre chose de ce qui ne s’y lit pas, ou qui ne peut pas se prouver par elle.”

Sans vouloir entrer dans de trop minutieux détails, nous allons poser en peu de mots ce en quoi les Catholiques anglicans, en matière de foi, diffèrent essentiellement des Catholiques romains. Ces derniers soutiennent :

I. Que le pape a reçu de Dieu l’autorité de gouverner toute l’église; qu’il est le Juge suprême de tous les fidèles, évêque par dessus tous les évêques, et infaillible en matière

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de foi et de morale;

IT. Que la Bienheureuse Vierge Marie et les autres saints doivent être invoqués;

III. Que les images doivent être honorées en mémoire des personnes qu'elles représentent ;

IV. Que la sainte Vierge est le fruit d’une conception immaculée :

V. Que la communion ne doit pas être administrée sous les deux espèces aux laïques.

On admettra facilement qu’une Eglise qui rejette toutes ces pratiques ne saurait être en communion avec l'Eglise de Rome.

“La prétention,” disait, il y a près de trente ans, un grand auteur anglais, ! “que l'Eglise romaine ? est la mère et la maîtresse de toutes les Eglises, emporte avec elle sa propre réfutation, car la mère ne peut être la même que les filles. S'il y a d’autres Eglises auxquelles Rome a donné naissance, Rome ne peut être la seu'e Eglise:

et comme elle n’a pas le privilège d’être la plus ancienne, sa prétention d’être la mère de toutes les Eglises est fausse. Le Nouveau Testament nous dit clairement 5 que l'Eglise

RETIRE ER SE (4) Wordsworth. (2) Symbole de Pis IV.

(3) Actes, I, 4;II, 41-47.

de Jérusalem fut la première établie et ot:ganisée; que la seconde fut celle de Samarie ! et que la première Eglise des Gentils fut celle d’Antioche. 2 C'est de là que l'Evangile fut apporté pour la première fois à Rome bien des années plus tard: et comme les Eglises de Jérusaclm et d’Antioche exis- | tent encore, il est clair que si Rome ne peut - | être identique à ses propres filles, elle ne peut encore moins être sa propre mère. ... | D’après la tradition romaine, St. Pierre vint | d’Antioche à Rome, et Antioche, à n’en pas | douter, reçut directement l'Evangile de Jé- | rusalem.”

Et comme c’est l'Eglise anglicane qui, à travers les étapes du Christianisme, est restée ferme et inébranlable dans la foi primitive, et a fourni les plus puissants adversaires contre les erreurs et les prétentions de l'Eglise de Rome, c’est donc à juste titre que nous l’appelons le pilier de la foi et

l'Eglise vraiment Catholique. |

(1) Actes VIII, 14. (2) Actes XI, 20.

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