CHAPITRE XI
Martyrs.
L'histoire des premiers siècles du Christianisme comme celle de la réforme du XVIième siècle, montre que le sang des martyrs a toujours été la semence de l'Eglise.
C’est ce que nous voyons d’une manière toute particulière en Angleterre, “Il est peu de pays, a dit un auteur françaïs ! où la Réforme ait rencontré autant d'obstacles, où elle ait remporté d’aussi beaux triomphes”, et nous ajouterons qu’il n’y a pas de pays au
monde qui ait donné une preuve plus glo-
rieuse que Jésus peut soutenir les siens, méme au milieu des plus affreuses souffrances.
Nous avons vu que Wiclef avait traduit la Bible en langue vulgaire; mais comme l'imprimerie n’était pas encore découverte, on fut obligé d’en faire un nombre bien limité de copies que les riches seuls pouvaient se procurer. Il en fut tout autrement lors-
(1). Descombaz.
que la Bible eut été imprimée en anglais, et répandue de tous côtés. La première édition parût en 1526 à Anvers. L'éditeur se
nommait Tyndale, A un évêque romain qui.
lui disait un jour “Il vaudrait mieux être
privé de la loi de Dieu que des décrets des . papes”. “Si Dieu répondit-il, ne me donne que quelques années à vivre je verrai à ce qu'un enfant tiré de la charrue connaisse mieux les Saintes Ecritures que moi, quoique j'aie fait quelques études et que je sois prêtre”.
La version de Tyndale ne put pénétrer que clandestinement en Angleterre et y fut proscrite dès son introduction. On condamna ceux qui l'importèrent, aussi bien que ceux qui l’achetèrent, à être conduits par la ville de Londres, à Cheval, le dos tourné contre la tête de leur monture, et avec leurs livres liés autour du corps. Trois mille exemplaires du Nouveau Testament furent saisis et brûlés publiquement à Cheapside. Tyndale venait de terminer l'impression de l’Ancien Testament quand il fut arrêté par trahison, conduit à Vilvorde, près de Bruxelles, étranglé et brûlé le vendredi 6 octobre 1536. Ses dernières paroles furent : “Seigneur, ouvre les yeux du roi d'Angleterre !”’ Deux de
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ses Collaborateurs subirent peu après le méme sort, l’un en Angleterre l’autre en Portugal.
Un jour, à Gravesend, un dit nommé John Brown, assis dans une barque à côté d'un prêtre, ayant ouvertement déclaré qu’il lisait le Nouveau Testament, fut un peu
Plus tard, arraché à sa famille et jeté en
prison. Sur l’ordre des prélats Warham et Fisher, on lui maintint les pieds nus sur des charbons ardents, dans l’espoir qu’il renierait sa foi. Mais soutenu par une puissance d'en haut, il endura cet affreux supplice avec une admirable constance, tandis qu’un des prêtres brûlait la Bible devant lui. Il fut ensuite porté sur un bûcher pour y être brûlé vif. Ses dernières paroles furent: “O Dieu, je remets mon esprit entre tes mains.
C’est toi qui m’as racheté, toi Ô Dieu fidà!e dans tes promesses.”
En 1519 on brûla à Coventry six hommes et une femme. On les avait arrêtés sous prétexte qu'ils avaiert appris à leurg enfants l’Oraison dominicale et le décalogue en anglais,
Il y avait à Londres un maître d’école du nom de Jean Lambert. Cité devant l'évê- | que pour avoir: écrit contre quelques erreurs (G)
ane me ti pag en 24
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de l'Eglise romaine, Lambert en appela au roi Henri VIII qui décida de discuter lui-méme en public la question avec ke pédagogue.
Le roi assembla donc toute sa cour et invita le pauvre maître d'école à soutenir sa thèse devant un pareil auditoire. Puis le roi lui demanda ce qu'il préférait de vivre ou de mourir. Lambert lui déclara qu'il lui était impossible de venier la vérité. C'’en fut assez pour le condamner au bûcher. ‘“ Je ne veux que Christ ! Je ne veux que Christ” dit-il, et il expira.
Sous le règne de Marie Tudor, vers 1553, plus de trois cents chrétiens qui conf2ssèrent leur foi, montèrent sur le bucher. 1 Thomas Tomkins fut un des premiers à remporter la palme du martyr sous le règne de cette princesse. C'était un homme de la plus profonde piété et d’une conduite irréprochable. Il n’en fut pas moins jeté en prison sur l'ordre de l’évêque Bonner qui, pendant six mois, lui fit endurer toutes sortes de mauvais traitements. Comme Tomkins restait inébranlable, Bonner résolut de lui faire éprouver les avant-goûts de la mort. Dans un ministres, huit gentilhommes, quatre-vingt quatre ar.
tisans, cent agriculteurs, ouvriers ei serviteurs, quarante neuf femmes et quatre enfants :
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ce but il fit comparaître Tomkins devant une assemblée d’ecclésiastiques, et, ayant pris la main du pieux prisonnier, la tint longtemps au-dessus de la flamme d’un grand cierge allumé sur une table. Mais le fidèle confesseur de la vérité eut une nouveile preuve de la force puissante que le Seigneur communique à ses enfants. Il demeura ferme et ne manifesta pas le plus léger signe de douleur, il put rester presque sans bouger jusqu’à ce que les nerfs de ses doigts se contractèrent, le sang jaillit alors contre le visage d’un des prêtres, qui persuada l’évêque de relâcher le patient. Tomkins fut brûlé vif sur la place de Smithfield, à Londres, le 16 mars 1555. Il conserva la même paix et la fermeté la plus admirable jusqu’à son dernier soupir.
Un des premiers actes du gouvernement de Marie fut d'arrêter les principaux réformateurs anglais, Hughes Latimer, évêque de Worcester, Nicholas Ridley, évêque de Rochester et Thomas Cranmer, Archevêque de Cantorbéry furent ceux dont l’ordre d’arrestation fut tout d’abord signé. Latimer avait été informé du sort qui le menaçait, six heures avant l’arrivée du messager, et il aurait facilement pu s'enfuir mais il n'en voulut
rien faire.” “Je me rends aujourd’hui à Londres, dit-il, à l’appel de mon prince, pour porter témoignage de ma doctrine, aussi volontiers que j'aie jamais été dans aucun autre lieu du monde.” Ce fut dans cet esprit qu’il se rendit joyeusement à Londres, où on l’enferma dans la Tour avec Cranmer, Ridley et Bradford, réunis dans la même chambre faute de place. Ils employèrent leur temps à l'étude du Nouveau Testament. De la tour les trois évêques furent transférés à Oxford, en 1554, où Latimer et Ridley furent brûlés vifs l’année suivante. La place destinée à l'exécution dit l'historien Foxe, ! était située au bord d'Oxford, dans un fossé, vis-à-vis du Collège Balliol. On y conduisit ces prisonniers tous ensemble, Ridley qui marchait le premier, tourna la tête vers Latimer aui le suivait, et dit: “Eh bien ! venez-vous ? Oui, répondit Latimer, je vous suis aussi vite que je peux.” Ils arrivèrent au bûcher l’un après l’autre. Ridley, le premier au lieu du supplie, levant avec ardeur ses mains, tourna ses yeux vers le ciel: ensuite il courut à Latimer, l’embrassa et lui dit: “Frères ayons bon courage, car, ou Dieu apaisera la fureur des flammes, ou il
(1) Livre des Martyrs, p. 203.
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nous donnera la force de les endurer”. Puis s’approchant du poteau, il s'agenouilla, le baisa et pria; et Latimer, à genoux derrière lui, éleva son coeur à Dieu dans une fervente prière.
Un prêtre apostat, du nom de Smith, se mit alors à prêcher un sermon qu’on les obligea d'entendre, mais aux faux arguments duquel on ne leur permit pas de répondre.
Le sermon achevé, on leur ordonna de se préparer immédiatement; ils obéirent avec la plus grande douceur. Un forgeron prit une chaîne et s’en servit pour lier au poteau Latimer et Ridley par le milieu du corps :
comme il ne serrait pas assez, Latimer l’en avertit: “Mon ami, dit-il, serrez plus fort, de peur que notre corps ne cherche à s’échapper”. On empila des fascines autour d’eux, et ainsi se terminèrent les hornibles préparâtifs du supplice.
Les dernières dispositions prises, on apporta un fagot allumé, qu’on posa aux pieds de Ridley, à qui Latimer dit: “Aie bon courage, frère Ridley, et montre-toi un homme:
nous allumons aujourd'hui en Angleterre un feu qui, par la grâce de Dieu, ne pourra plus s’éteindre”. Quand Ridiey vit ia fiamme monter “Seigneur, s’écria-t-il, je remets
mon esprit entre tes mains.” Latimer, placé de l’autre côté du poteau, répéta avec la même force: ‘“‘Père du ciel, reçois mon âme”, et reçut la flamme, comme s’il lui eût tendu les bras. Il trempa, pour ainsi dire, ses mains dans le feu, s’en couvrit le visage, et expira bientôt, sans avoir paru beaucoup souffrir.
Ridley endura près d’une heure les plus affreuses tortures puis expira en tombant aux pieds de Latimer, eten murmurant:
“Seigneur, aie pitié de moi.”
Nous ne saurions terminer ce chapitre des martyrs de la Réforme sans raconter la mort de l’archevêque Cranmer. Dans un moment de faiblesse Cranmer avait abjuré les principes de la Réforme, mais ce ne fut que pour peu de temps. Au grand désappointement des catholiques romains, assemblés en foule dans l’église de Ste-Marie, à Oxfcrd, pour l’entendre renier le protestantisme, Cranmer déclara que c'était par crainte de la mort et dans l’espérance de sauver sa vie qu’il avait abjuré ce que dans son coeur il croyait être la vérité, puis il ajouta: “Tous ces papiers que j’ai écrits et signés de ma main depuis ma dégradation, je les répudie comme étant faux. Et cette main qui
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a écrit ce qui était contraire à mon coeur, c’est elle qui sera consumée la première quand je serai brûlé. Quand au pape et toutes ses fausses doctrines, je les rejette, car il est l’ennemi de Christ et l’antéchrist. Je rejette aussi la doctrine romaine de la présence réelle dans le sacrement de la cène du Seigneur.”
A ces mots les docteurs romains qui s’attendaient à triompher pour toujours par la rétractation d’un si grand homme, se levèrent en fureur et commandèrent que l’Archevêque fût conduit au bûcher. Une fois le brasier allumé et quand la flamme commençait à lécher ses membres, Cranmer étendit la main droite au-dessus du feu, et l’y tint ainsi devant tout le peuple, jusqu’à ce qu’elle eût été entièrement consumée.
Au milieu de ses tortures ses yeux étaient levés au ciel et on l’entendait répéter ‘“Cette indigne main droite.” Ses dernières paroles furent: “Seigneur Jésus, reçois mon esprit.” (C’est ainsi que mourut le plus éminent des martyrs de la Réforme en Angleterre.
Il serait facile de multiplier les exemples. Ceux que nous venons de donner établissent clairement que la vérité évangéli-
que et la liberté de conscience, n’ont jamais eu d’ennemis plus acharnés que le romanisme et ses adhérents. Nous voyons comment se conduit l'Eglise de Rome quand elle domine et comment elle en agit avec ceux qui veulent la diffusion de la Bible. La vie et la mort des martyrs de la Réforme doivent :
nous mettre en garde contre tout pas rétrogradé vers le romanisme.
Semper eadem est la devise de l'Eglise de Rome, et voudrait-elle même la changer sa doctrine de l’infaillibilité de l'Eglise et du pape l'en empêcherait, car une organisation infaillible ne peut admettre de réforme. Ce que l'Eglise de Rome a fait dans le passé, elle est prête à le faire de nos jours. Disons donc avec le savant évêque de Liverpool :
“Dieu préserve l'Angleterre de se jeter de nouveau dans les bras de Rome.” Dieu nous préserve de tout rapprochement vers le romanisme. :
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