I TSS
Tout le monde pourtant ne fut pas aussi Mmiséricordieux. Nombre de moines orientaux blâmaient Jacques de sa facilité et faisaient grise mine à Paul. Les Egyptiens ne le goûtaient pas davantage. C’est sans doute pour cela qu’en 576 il se trouvait aux environs d’Alexandrie, cherchant apparemment quelque occasion de restaurer son crédit.
A ce moment-là se produisit un événement très
grave, tant pour les monophysites d'Egypte que pour l’ensemble du parti: l’église dissidente d'Alexandrie
réussit à se donner un chef. Depuis la mort de Théo-
dose, c’est à dire depuis dix ans, le siège patriarcal
était vacant. L'arrivée au pouvoir du césar Tibère, per-
sonnage assez pacifique, suggéra l’idée de faire quelque
chose pour sortir d’une situation aussi anormale. La po-
pulation égyptienne était demeurée, dans son immense
majorité, fidèle au monophysisme et acharnée contre le
concile de Chalcédoine. Nulle part, dans l’empire, les
dissidents ne formaient un groupe aussi compact. Ce-
pendant, toute la hiérarchie épiscopale était chalcédo-
nienne, au moins aux yeux de l'administration, c’està-dire à des yeux habitués, en un tel monde, à se fermer sur beaucoup de choses. Il n’y avait, ni à Alexandrie ni ailleurs, aucun autre patriarche ! que le chalcédonien
! Les Gaianites, qui formaient toujours un groupe distinct des «Théodosiens » essayèrent, sans doute après la mort de Gaiïanus, de se donner un autre évêque. Théophane, à la dernière année de Justinien (a. m. 6057) parle de diverses tentatives en ce sens. Elles paraissent avoir toutés échoué.
A RSA ù er COPTES ET JACOBITES
Jean, successeur d’Apollinaire !, A l’autre bout de
l'Egypte, Théodore de Philé, l’une des colonnes du parti dissident, n'avait pas de compétiteur diphysite : c'est lui qui était l’évêque officiel. On le tolérait appa-
remment par nécessité locale, sans doute à cause de
son influence sur les Nobades, comme jadis on avait toléré, à cause des Blemmyes, le culte d’Isis. |
Tout cela était fort étrange. En Syrie, où la situation des diphysites était autrement forte, on avait réussi à constituer une hiérarchie dissidente, grâce, il est vrai, aux bons offices des émirs ghâssanides: en Egypte, dans la patrie même du monophysismé, dans le pays de Cyrille et de Dioscore, il fallait se résigner à passer officiellement pour des chalcédoniens. Une telle dissimulation ne pouvait se prolonger. et
Les chefs monophysites d'Alexandrie, l’archiprêtre et l’archidiacre, firent appel au dévouement de l’évêque missionnaire Longin et de Théodore de Philé. Ils les invitèrent à descendre le Nil et à venir dans la banlieue d'Alexandrie — car la ville était trop surveillée — pour s'entendre avec le clergé de l’église patriarcale,
choisir et consacrer un nouveau pape et continuer ainsi
la succession de Théodose. Théodore de Philé, accablé
À Cependant les Théodosiens y possédaient deux églises, où leur culte était toléré: l’une, l’Angelion, se trouvait au Sérapeum, l’autre, dédiée aux saints Côme et Damien, s’éle-
vait à l’est de l’ampithéâtre, un peu à l’ouest de la colonnade. Elle avait été achevée en 561; l’Angelion était de quel-
ques années plus ancienne (Sévère d’Aschmounéin, P. or., t. I, p. 467). a sh:
énergie peu commune, ne recula pas devant ce long
voyage. Îl s’arracha aux instances de ses chers Nobades, … s’embarqua sur le Nil et parvint au bourg de Mariout, à
proximité d'Alexandrie. À ce moment précis, arrivaient
__ de Syrie deux évêques jacobites, Jean, du couvent de Mar Bassus, et Georges, du pays des Ourthéens !
Justement ils avaient des lettres pour Longin lui-même
ra et pour l’évêque de Philé. L'objet de ces lettres, c'était #2 de procurer une entente avec les Egyptiens, peu sa- = A tisfaits de la réintégration du patriarche Paul. Requis
d'assister Longin dans l’ordination d’un patriarche pour
Alexandrie, les Syriens qui n'étaient pas commissionnés
4 pour cela, se firent autoriser par Paul, lequel se trou-
vait caché aux environs. Entre temps, Longin et les
chefs du clergé alexandrin s'étaient assurés d’un can-
didat, un moine en grand renom d’austérité, qui vi-
4 vait dans un couvent du désert libyque, à Rhamnis,
au-delà de Saint-Ménas. Il s ‘appelait Théodore. On eut
quelque peine à vaincre sa résistance: à la fin, il se
laissa faire. Des représentants du clergé et du peuple
d'Alexandrie dressèrent un décret d'élection, suivant
RAT: les formes. d'usage ; puis Longin, assisté des deux évéques syriens, consacra le nouveau patriarche (576). : -
208 * Jean d'Asie, IV, 10; pour la traduction des noms géo- Ce graphiques, v. Michel le ns X, 12. Le pays des Ourthéens se trouvait dans l’Anzitène, au ae d’Amid et de Maïpherkat.
On y parlait une autre ldate que le syriaque et même que . l’arménien.
par l’âge, déclina l'invitation; Longin, homme d’une :
ss mitantthen fs
tant Eont <n nt to de à.
sente à
uit
mat motte né né. |") dd, SE
dt | coPrEs ET JACOBITES
an s'agissait maintenant de le faire accepter de CR
OO DHion On n’y parvint pas. Une opposition s’or
ganisa, avec la violence coutumière aux Alexandrins
Les meneurs déclarèrent qu’
on ne voulait pas de cette élection occulte, faite par quelques personnes seulement avec la participation d’évêques étrangers, et notamment de Paul le Noir, personnage mal réputé, compromis par de récentes apostasies. On alla plus loin: à la barbe des autorités, on élut, on fit consacrer un vieux diacre qui avait été, dans l'exil, au service du patriarche Théodose. Il s’appelait Pierre. On parvint à trouver u É | évêque égyptien et deux syriens pour célébrer la consécration. Le schisme était dans l’église patriarcale, Pierre aussitôt installé, s’empressa de constituer un épiscopat non-conformiste. Du même coup, il consacra soixante-dix évêques. Cette promotion formidable éton- “nait Jean d’Asie ‘ 2
« On voudrait, dit-il, recruter un aussi grand nombre d'ouvriers pour un travail agricole que l’on aurait sans doute quelque peine à le réunir. Mais soixante-dix
évêques! » ?..
1 Jean d’Asie, IV, 12.
2 Ce chiffre se rapproche de celui des sièges épiscopaux | d'Egypte. Pierre aura voulu reconstituer l’épiscopat égyptien TE : däns son ensemble, Ce fait, rapproché des difficultés que l'on eut à trouver des consécrateurs égyptiens pour les nouveaux patriarches, donne lieu de croire que tous les sièges avaient été jusqu'alors oceupés par des chalcédoniens. Il pouvait y avoir 5 quelques exceptions, comme celle de Théodore de Philé dont le siège se trouvait à la frontière, plus près sans doute des Nobades que des autorités byzantines, En somme, la police de
Man pese
Ma à
Jean d’Asie avait pris vivement parti pour le patriarche Paul, son ancien compagnon d’épreuve ; il se rangea aussi du côté de Théodore et considéra Pierre comme un antipape et un intrus. Mais le groupe mo-
nophysite de Constantinople diminuait d'importance:
la persécution l'avait fort ravagé. Les Egyptiens s’en souciaient peu.
Jacques Baradaï, avec ses protecteurs arabes et ses
nombreux évêques de langue syriaque, était une quantité moins négligeable. De ce côté, les choses commen-
cèrent par se gâter. Pierre d'Alexandrie déposa Paul
d’Antioche. Jacques Baradaï écrivit partout que Pierre était un autre Gaianus, un adultère. Mais le vieux Jacques, impulsif et d’ailleurs affaibli par l’âge, n’était
lus guère qu’un instrument dont ses conseillers jouq J
‘aient à leur gré. Les Egyptiens s’entendirent avec eux ;
ils étaient, en général, peu sympathiques, et depuis
longtemps, à leur patriarche Paul. On décida J acques
Baradaï à faire le voyage d'Alexandrie pour rétablir, disait-on, la paix ecclésiastique. Arrivé en Egypte, le vieil évêque fut si bien circonvenu qu'il reconnut Pierre !
comme patriarche légitime et se joignit à lui pour pro-
noncer la déposition de Paul, qu’il avait autrefois sacré
de ses propres mains, et réhabilité après ses aventures
Justinien avait eu le dessus: de 539 à 575, pendant trente-cinq ans, l’épiscopat égyptien, j'entends l’épiscopat réel, celui qui fonctionnait dans le pays, fut un épiscopat conformiste, chalcédonien.
! Expressément et par écrit: la pièce est mentionnée par Jean d'Asie, IV, 18.
À de Constantinople. La sentence fut promulguée dans Se, tout l'Orient, qui se trouva dès lors divisé en deux F partis, celui de Paul et celui de Jacques. 7 te
- Cependant l’émir Mundar s’efforçait de calmer ces “à
fanatiques ; Jean d’Asie leur envoyait de Constantinople “x les meilleurs conseils et se maintenait en neutralité ; ne. Longin, fanqué de son patriarche Théodore, que les Bi Alexandrins lui avaient laissé sur les bras, se transpor- k Le tait en Syrie et cherchait à réduire le diftérend. Rien “ea n’y fit. Longin, joué et maltraité par les Syriens, rentra a à Alexandrie, d'où, laissant le pauvre Théodore se ee
débrouiller comme il pourrait !, il regagna ses missions du haut Nil. Le patriarche Pierre ne tarda pas à mourir (578, 19 janvier). C’eût été le moment de rappeler Théodore. Personne n’y songea. A la “place
de Pierre on installa un certain Damien *, d’origine
syrienne.
En Orient, Paul n'avait pas été remplacé. Le parti,
grâce à ses divisions et aux intrigues qui se nouaiïent
et se dénouaient sans cesse autour de Jacques Baradaï,
était tombé dans une extrême confusion. Les moines se
querellaient, se livraient de vraies batailles; la police intervenait et les « serviteurs de Dieu » comparaissaient devant les tribunaux, non comme dissidents mais comme
1 Jean d'Asie, IV, 48, 55, 56.
2? On a sa synodique aux Orientaux, dans Michel le Syrien, X, 14, qui l’aura tirée de Jean d'Asie, passage perdu. Jacques y répondit (document perdu, mentionné par Jean [Michel, t. IT, p. 362 syr.]).
les plus exaltés allaient jusqu’à demander que ses ordinations fussent déclarées nulles. Jacques, éperdu au milieu de cette perpétuelle bagarre, se décida tout à
coup; sans révéler ses intentions à personne, il reprit
let 578 *. Il y avait trente-trois ans qu’il avait fondé en Orient la hiérarchie dissidente à laquelle son nom demeure attaché, trente-trois ans qu’il servait sa secte avec un dévouement à toute épreuve, et que, par là- | même, il déchirait l'unité de l’église orthodoxe.
Sa mort ne fit pas cesser les discordes. Paulites, Jacobites, Egyptiens, continuèrent à se faire la guerre. En vain l’émir Mundar, qui vint à Constantinople au sd commencement de l’année 580, essaya-t-1l d’apaiser ces querelles. Les chefs des partis, réunis sous sa présidence, le 2 mars, signèrent un acte d’union, dont nous ne connaissons pas les termes; il semble qu’on se soit promis de ne point donner de successeur à Paul, tant
qu'il vivrait et n’aurait point été régulièrement déposé
AVE Mi ne l'était que par contumace), et que, d’autre part,
On reconnaîtrait. Damien comme légitime patriarche d’Alexandrie; mais les populations, fanatisées par les "TES - : ‘
54 moines, ne voulurent rien entendre et le désordre continua ?.
! Jean d'Asie, IV, 33, 34.
? Jbid., 39, 40.
séditieux et meurtriers. Les uns tenaient pour : FA
d’autres réclamaient qu’on lui donnât un successeur;
le chemin d'Alexandrie. Qu’allait-il y faire? On ne le
Saura jamais, car il mourut près de Péluse, le 30 juil-.
ms né sé. ist. nt de sd
Pr
frotte hs malt — ie SE ES CS À dns > mt