‹ L'eglise au VI siecleChapitre 68 sur 105 · APE · texte numérisé non relu

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Les païens l’écoutèrent; ils se soumirent, avec plus où

1 Sur l’origine et les premiers temps de l’islamisme, je renvoie au grand ouvrage de Leone Caetani, Annali dell’Islâm, Milan, 1905-1911.

moins de bonne volonté, à son gouvernement et à ses ré-

vélations. Quant aux Juifs, avec lesquels il usa d’abord

de beaucoup de ménagements, leur empruntant divers

ai

usages religieux ‘, il résistèrent, ce qui le conduisit à se débarrasser d’eux, par des moyens arabes, c’est à dire tantôt par ruse, tantôt par violence.

A Médine, l’ «islâm » (ainsi désignait-on la nouvelle

religion) fut conduit par les circonstances à modifier son

système de propagande. Au commencement, on avait procédé par simple persuasion: les premiers moslims où musulmans de la Mecque étaient les gens les plus

pacifiques de la terre. Un tout autre esprit se développa chez eux quand une fois ils furent devenus les

maîtres de Médine et que, se recrutant dans ce milieu nouveau, ils en subirent les nécessités ou les appétits.

On commença par détrousser les caravanes de la Mec-

que, tant pour vivre que pour se venger. Des expéditions militaires d’un autre genre propagèrent dans le

Hedjaz et vers le centre de l’Arabie (Nedjd) le mo-

nothéisme de Mahomet et son influence politique. La Mecque elle-même, si rebelle d’abord, finit par accepter la réforme et le réformateur. En 629, il y reparut en

J pêlerin, très accompagné: l’année suivante (680), il y

entra en maître. Cependant les Qourays ne se convertirent pas sans marchander : le Prophète dut s'engager à maintenir la Kaaba et son culte, y compris certains rites assez peu recommandables, dont il n’eût pas sem-

! Notamment celui de se tourner vers Jérusalem pour faire la prière.

blé que l’islam püût s’arrangèr !. On sait que ce culte

étrange fonctionne encore, à l’heurs qu’il est, comme il fonctionnait au temps de Mahomet et bien avant lui.

De Médine et de la Mecque, l'islam rayonna sur

toute l'Arabie, mais progressivement et avec des succès

divers. Quand le Prophète mourut, il n'avait encore jeté que d’assez faibles racines dans l'Arabie centrale, en dehors du Hedÿjaz, et c’est à peine si les tribus plus ou moins christianisées qui erraient dans les déserts du nord, et les populations plus sédentaires que l’on rencontrait aux abords du Golfe Persique et de la

Ù | | HÉRACLIUS ET MAHOMET au

mer des Indes, avaient entendu parler de la religion D,

nouvelle. Déjà monothéistes, elles offraient aux prédi-

cateurs de l'islam une résistance plus grande que les idolâtres du centre et de l’ouest. Il est douteux que Mahomet ait jamais songé à étendre son autorité sur

toute la péninsule arabique, plus douteux encore qu’il

‘ait cru légiférer religieusement pour d’autres que pour ses Arabes. Lui vivant, on ne signale qu’un contact

entre le nouvel état de Médine et la Syrie byzantine.

En septembre 629, au moment où Héraclius faisait son

entrée à Jérusalem avec la Vraie Croix recouvrée, un

1 Sur la Kaaba et son culte, v. Wellhausen, Reste arabischen Heidentums, Berlin, 1897, 2e édit.; Caetani, Annali, t. I, p. 90 et suiv. C’était, autant qu’on peut voir, un temple du dieu arabe Hubal, consistant en quatre murs, sans toit; les quatre pierres angulaires étaient l’objet d’une vénération spéciale ; la fameuse pierre noire est l’une d’elles. Mahomet, pour accommoder ce culte avec le monothéisme islamique imagina que le temple avait été fondé par Abraham et son fils Ismaël.

Ducmsxe, L'Église au VI siècles 27

combat eut lieu entre des Arabes chrétiens de la fron-- x

| tière romaine et un parti d'Arabes musulmans. Le lieu de l’engagement, un endroit appelé Moutah, se trouve dans le désert au sud-est de la Mer Morte. Cette fois les Musulmans furent repoussés. Trois ans après, une nou- | velle expédition se préparait à Médine pour venger la défaite de Moutah, quand Mahomet mourut (8 juin 632).

Elle eut lieu tout de même par ordre du vieux chef,

- Abou-Bekr, qui avait succédé au Prophète avec le

titre de Khalife (lieutenant), et, cette fois, elle réussit.

On n’en était encore qu'aux razzias, sans occupation a __ ni conquête. Mais le système allait bientôt changer. Mahomet mort, nombre de tribus, surtout dans les pays

un peu éloignés de Médine, se crurent dégagées de toute obligation envers ses successeurs, répudièrent 2 l'islam, et surtout refusèrent le tribut: c’est ce qu’on appelle la riddah ou apostasie. Le khalife réprima énergiquement ce mouvement séparatiste. Une expédition conduite par Khalid-el-Walid, guerrier solide et sans scrupules, fit rentrer les insoumis dans. le devoir et poussa ses conquêtes jusque dans le Yemamah, où s'était élevé un prophète concurrent à celui de Médine, Mousaylimah. Cet autre « envoyé de Dieu» paraît s'être inspiré plus que Mahomet des doctrines et des observances chrétiennes. Il fut vaincu et tué dans un combat: sanglant. Au-delà, c’est à dire dans le pays de Bahréin, dans l’Oman et dans le Yémen, contrées qui relevaient Le plus où moins nominalement de l'empire perse, il n’y

= eut pas besoin d'envoyer des armées ; la prédication.

pays, qui lui appartenaient de nom, étaient de fait sans

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suffit. Forte du prestige que la sagesse d’'Abou-Bekr et les succès militaires de Khalid assuraient à l’état de Médine, elle s’imposa sans difficulté sérieuse. Politiquement, vu la décomposition de l’état persan, ces

aucune des confessions n’y avait une prépondérance

bien marquée: chrétiens, juifs, mazdéens, sabéens, y

maîtres; religieusement, la confusion y était extrême:

vivaient en concurrence et en conflits. Quelle résistance

auralent-ils pu opposer au mouvement qui entraînait

l'Arabie tout entière ? 1

Ces grands succès déchaînèrent un enthousiasme

immense, dont l’élan devint bientôt menaçant pour les deux états du nord, l'empire byzantin et celui des Sassanides. Les conversions en Arabie multipliaient le

nombre des «vrais croyants» et aussi les appétits à

satisfaire. Depuis dix ans on se faisait la main sur les

tribus de l'Arabie intérieure; maintenant la Syrie, tentation perpétuelle des enfants du désert, les attirait invinciblement. Dès les premiers jours de l’année 634, la Palestine était envahie par le sud, avec la complicité des Arabes chrétiens établis sur la frontière. Battus à plusieurs reprises ‘, les généraux grecs durent se re-

plier sur les forteresses et laisser les campagnes ou-

vertes au pouvoir des envahisseurs. En 634, quand vint

la fête de Noël, le patriarche Sophrone, installé depuis quelques mois, se vit dans l'impossibilité de conduire

1 Notamment (30 juillet) à Agnadayn, localité située entre

Jérusalem et Ascalon (Caetani, Annali, t. IIT, p. 54 et suiv.). ” |

ses fidèles à Bethléem: les chemins n'étaient pas sûrs,

même si près de la Ville Sainte ’.

Héraclius se trouvait dans la Syrie du nord. Mais que pouvait-il faire ? Comme aux premiers jours de son règne, il se voyait sans hommes ni argent. La dernière guerre avait saigné à blanc les deux états rivaux. A l’un comme à l’autre, il aurait fallu, pour se relever, une longue suite d’années paisibles. Pour soutenir la guerre de Perse, Héraclius avait été obligé d'emprunter le trésor des églises; maintenant il prétendait le restituer sans retard; de là des levées d'impôts qui exaspéraient des populations appauvries et renforçaient partout la désaffection. Au bout de deux ans, pourtant, au prix d'efforts désespérés, on parvint à mettre sur pied une dernière armée. À son approche, les Arabes, qui s'étaient déjà avancés au nord jusqu’à Damas et Emèse, se replièrent vers le sud. Mais, arrivés aux bords du Yarmouk, ils attendirent. Encore une fois, les impériaux eurent le dessous (20 août 636). Ce fut la fin. Héraclius, découragé, tombé au-dessous de lui-même, abandonna la Syrie à ses nouveaux maîtres. Il y avait près de mille ans qu'Alexandre y avait implanté l’hellénisme; sept siècles que Pompée en avait fait une terre romaine.

. Les choses marchèrent à peu près de même du côté de l’Euphrate. Pendant quelques années (634-636), l'ancien royaume de Hira fut le théâtre de combats entre les forces sassanides et les tribus pillardes des environs,

1 Discours prononcé par lui le jour de Noël à Jérusalem, P. G., t. LXXXVII, p. 3201.

soutenues de temps à autre par le khalife de Médine. Les Perses l’emportèrent quelquefois. Après le désastre des Grecs sur le Yarmouk, le gouvernement du jeune roi sassanide Gazdgerd III se décida à marcher résolâment contre les envahisseurs. Mais ceux-ci, sous les

ordres de Saad, envoyé du khalife Omar, mirent en

complète déroute l’armée du roi des rois. Quelques

jours après, les vainqueurs étaient à Ctésiphon. Ainsi finit, en ces pays, la domination iranienne ; elle y durait depuis Cyrus.

En Palestine les forteresses tinrent quelque temps

encore, mais elles tombèrent l’une après l’autre. Damas

s'était rendue dès avant la bataille du Yarmouk; puis l’armée byzantine y était rentrée : les Arabes vainqueurs ne tardèrent pas à la reprendre. Jérusalem résista | jusqu'au commencement de 638. Elle se rendit alors

et saint Sophrone eut le triste devoir d'y accueillir

Omar, le second khalife, qui vint en personne prendre

possession de la Cité Sainte. Peu après, le patriarche mourait, accablé par l’âge et par la douleur. Césarée, Ascalon, Gaza, villes maritimes, faciles à ravitailler, résistèrent jusqu’en 640. Quant à la Syrie du nord et à la Mésopotamie, leur conquête n’avait été qu’une promenade militaire.

Dans leurs capitulations les Arabes s’abstenaient de toute propagande religieuse. Ils n’avaient guère intérêt

ai

à multiplier outre mesure le nombre des musulmans.

Ceux-ci, sauf le faible impôt de la zakat-sedaqah, con-

tribution religieuse, n’avaient rien à payer. Tout pesait + Le

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