MERDE
sur les infidèles, chrétiens ou juifs, auxquels, il est vrai, on garantissait leurs propriétés, leurs églises et l’exer-
cice de leur culte. C’est l’infidèle qui avait intérêt à
cesser de l'être et à se faire agréger à la société isla-
mique. De là, nous n’en pouvons douter, beaucoup de conversions parmi les gens de foi légère.
Michel le Syrien!, après avoir parlé des rigueurs qu’eurent à subir ceux des Jacobites qui n’acceptèrent
tuation qui suivit: « C’est pourquoi le Dien des ven- &eances... voyant la méchanceté des Romains qui, partout où ils dominaient, pillaient cruellement nos
églises et nos monastères et nous condamnaient sans
pitié, amena du sud les fils d’Ismaël pour nous déli-
vrer par eux... Ce ne fut pas un léger avantage pour nous d’être délivrés de la cruauté des Romains, de leur méchanceté, de leur colère, de leur cruelle jalousie
et de nous trouver en repos ».
L'année 639 s’achevait, quand un des plus entre-
prenants parmi les chefs musulmans, Amr ben al As,
plus ou moins autorisé par le khalife Omar, se présenta à El Arisch, sur la frontière de l'Egypte, à la tête
d’une faible troupe. De là, il marcha, en côtoyant le
désert arabique, vers la vieille forteresse romaine de
Babylone ‘, Un peu en amont du Delta. Il n’avait que
l'XI, 4.
? Elle subsiste encore en partie au vieux Caire, avec ses
murs, ses tours, sa porte principale. Comme au VIIe siècle, elle est habitée par les Coptes et par les Orthodoxes.
2 de
pas l’union d’Héraclius, apprécie en ces termes la si-
peu de monde avec lui ; mais l’empire n’en avait pas da-
vantage à lui opposer. Après quelques razzias poussées Pa jusqu’au Fayounm, il livra bataille, sur l'emplacement du
Caire actuel (bataille d'Héliopolis), aux forces byzan-
tines que l’on parvint à réunir contre lui. Elles furent
| battues. Le vainqueur se mit alors à faire le siège de Babylone, qui se rendit le lundi de Pâques (9 avril) 641.
Les Coptes, dans les premiers moments, s'étaient À tenus sur la réserve. Maintenant, ils se déclaraient. Leurs sentiments, plutôt hostiles à l’empire persécuteur que favorables aux envahisseurs infidèles, s'étaient révélés déjà dans Babylone assiégée, et cela leur avait coûte cher. Avant d’évacuer la place, les soldats grecs coup rent les mains à nombre d’entre les habitants qu'ils soupçonnaient de les avoir trahis. Après leur départ, un pacte intervint entre Amr et les chefs des dissidents. Puis la petite armée arabe se mit en marche vers le nord, et, après quelques combats heureux, atteignit les environs d'Alexandrie.
Cyrus n'y était plus. Aux premiers revers, sans doute après la bataille d'Héliopolis, Héraclius l'avait fait mander. Il était tombé én disgrâce : on rejetait sur lui la détresse de l'Egypte; il fut jeté en prison et maltraité. = L'empereur était malade. Pendant plusieurs mois, il se disputa péniblement à la mort, qui l’emporta enfin, le 11 février 641. Son fils Constantin (Constantin III), malade lui aussi, ne dura que trois mois (f 25 mai 641). L'impératrice Martine, seconde femme d’Hérachus, fit alors proclamer son fils Héracléonas. Martine était la
cousine germaine de son mari, ce qui faisait considérer |
son mariage comme nul et son fils: comme illégitime. Six mois après son avènement, Héracléonas et sa mère
étaient emportés par un soulèvement populaire, et le
jeune Constant IT, fils de Constantin, installé sur le
trône.
Dès l’avènement d’Héracléonas, Cyrus était rentré en faveur. Le patriarche avait réussi à f comprendre à Sa souveraine que l'Egypte était irrémédiablement perdue et qu'il valait mieux traiter, pour que l’inévitable évacuation se fit en des conditions supportables. On l’écouta. À la mi-septembre il débarquait à Alexandrie. Amr s'était transporté à Babylone. C’est là, que, le 8 novembre 641, fut signé le traité. Onze mois d’armistice étaient accordés pour l'évacuation ; la population qui restait en Egypte était assujettie au tribut; les musulmans s’engageaient à respecter les églises des chrétiens, sans s’immiscer dans leurs affaires religieuses ; les juifs devaient être tolérés à Alexandrie. Ces stipulations, ratifiées à Médine et à Constantinople, furent exécutées. À la fin de 642 Je régime byzantin avait complètement cessé en Egypte.
Le patriarche Cyrus mourut le 21 mars de cette année. Tout en terminant leurs préparatifs de départ,
les fonctionnaires byzantins trouvèrent le temps de lui donner un successeur, appelé Pierre, qui partit sans doute avec eux !. Avec ce fantôme de patriarche, s’in-
l Jean de Nikiou, c. CXX.
ns See
ER
terrompt pour longtemps la succession des papes mel-
kites, successeurs orthodoxes de saint Marc et de saint Athanase.
Quant aux Coptes, leur patriarche Benjamin quitta
bientôt son exil, muni d’un sauf-conduit d’Amr et vint
HÉRAOLIUS ET MAHOMET ne 495
se réinstaller à Alexandrie. Les joies du retour et du
succès furent troublées pour lui par le spectacle des
à nombreuses tasies qui se produisaient parmi les
siens. Des gens qui auraient souffert mort et misère
pour le plaisir d’injurier à leur aise le pape Léon et
le concile de Chalcédoine reniaient maintenant le chris-
tianisme afin d’être exemptés de Pimpôt”. ;
. C’est ainsi que l’empire romain perdit en quelques années ses provinces orientales, en même temps que l'empire. perse était conquis tout.entier. Qui aurait pu
prévoir que ces grands états auraient succombé de cette façon lamentable, sans résistance sérieuse, devant quelques bandes de bédouins? À vrai dire, ni l’un ni l’autre n'avait réussi à former des divers pays qu'il embrassait un ensemble bien compact. Ni les Araméens de la Chaldée ne s'étaient fondus avec les Iraniens du Fars, ni les Egyptiens avec les Grecs. Un poète a pu
dire de Rome:
Fecisti patriam diversis gentibus unam.
Cela n’est vrai qu’à moitié. Sans doute, on était par-
venu à absorber dans une même administration les di-
1 Jean de Nikiou, c. XXI; Sévère d'Ashmounéin, Vie de
Benjamin.
| vers états politiques dont on avait hérité au moment
Par + SABRE de la conquête; sans doute, on était arrivé jadis à fé-
dérer en quelque sorte les cultes de tant de peuples
. divers, et, dans plus d’une contrée, à remplacer les an-
ciennes langues par le latin ou le grec. Mais, sur sex dernier point, le succès n’avait pas été le même partout, et c’est précisément dans les régions orientales que les
langues indigènes, copte, syriaque, ermggien, avaient
le mieux résisté à l’assimilation. Le syncrétisme, ad-
ministratif ou philosophique, celui des empereurs et
celui des néoplatoniciens, s'était effondré devant le
succès du christianisme, On avait alors essayé de re-
faire l’unité religieuse avec les institutions chrétiennes :
mais, dans le sein même du christianisme, d’irrémé-
diables dissidences étaient venues dissiper les rêves
d’unité et reconstituer les sectes. Quant au grand corps
politique dirigé autrefois par Auguste, Trajan et Cons-
CR Stantin, il n’en restait plus que des débris que l'on
disputait à grand’peine aux Lombards, aux Slaves et aux «barbares » d’Orient.
On a dit souvent que les dissidences religieuses, dans les provinces orientales, n'étaient que le masque, que l'étiquette, de dissidences politiques : que les nationalités vaincues, mais non assimilées, reprenaient constance et force sur le terrain du dogme, le seul où il leur était possible de lutter contre l'Etat byzantin. Je ne suis pas convaincu de cela. D'abord toutes ces dissidences sont d’origine grecque. Ce pourquoi les Nestoriens et les Jacobites disputaient en syriaque, les