‹ L'eglise au VI siecleChapitre 69 sur 105 · MERDE · texte numérisé non relu

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sur les infidèles, chrétiens ou juifs, auxquels, il est vrai, on garantissait leurs propriétés, leurs églises et l’exer-

cice de leur culte. C’est l’infidèle qui avait intérêt à

cesser de l'être et à se faire agréger à la société isla-

mique. De là, nous n’en pouvons douter, beaucoup de conversions parmi les gens de foi légère.

Michel le Syrien!, après avoir parlé des rigueurs qu’eurent à subir ceux des Jacobites qui n’acceptèrent

tuation qui suivit: « C’est pourquoi le Dien des ven- &eances... voyant la méchanceté des Romains qui, partout où ils dominaient, pillaient cruellement nos

églises et nos monastères et nous condamnaient sans

pitié, amena du sud les fils d’Ismaël pour nous déli-

vrer par eux... Ce ne fut pas un léger avantage pour nous d’être délivrés de la cruauté des Romains, de leur méchanceté, de leur colère, de leur cruelle jalousie

et de nous trouver en repos ».

L'année 639 s’achevait, quand un des plus entre-

prenants parmi les chefs musulmans, Amr ben al As,

plus ou moins autorisé par le khalife Omar, se présenta à El Arisch, sur la frontière de l'Egypte, à la tête

d’une faible troupe. De là, il marcha, en côtoyant le

désert arabique, vers la vieille forteresse romaine de

Babylone ‘, Un peu en amont du Delta. Il n’avait que

l'XI, 4.

? Elle subsiste encore en partie au vieux Caire, avec ses

murs, ses tours, sa porte principale. Comme au VIIe siècle, elle est habitée par les Coptes et par les Orthodoxes.

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pas l’union d’Héraclius, apprécie en ces termes la si-

peu de monde avec lui ; mais l’empire n’en avait pas da-

vantage à lui opposer. Après quelques razzias poussées Pa jusqu’au Fayounm, il livra bataille, sur l'emplacement du

Caire actuel (bataille d'Héliopolis), aux forces byzan-

tines que l’on parvint à réunir contre lui. Elles furent

| battues. Le vainqueur se mit alors à faire le siège de Babylone, qui se rendit le lundi de Pâques (9 avril) 641.

Les Coptes, dans les premiers moments, s'étaient À tenus sur la réserve. Maintenant, ils se déclaraient. Leurs sentiments, plutôt hostiles à l’empire persécuteur que favorables aux envahisseurs infidèles, s'étaient révélés déjà dans Babylone assiégée, et cela leur avait coûte cher. Avant d’évacuer la place, les soldats grecs coup rent les mains à nombre d’entre les habitants qu'ils soupçonnaient de les avoir trahis. Après leur départ, un pacte intervint entre Amr et les chefs des dissidents. Puis la petite armée arabe se mit en marche vers le nord, et, après quelques combats heureux, atteignit les environs d'Alexandrie.

Cyrus n'y était plus. Aux premiers revers, sans doute après la bataille d'Héliopolis, Héraclius l'avait fait mander. Il était tombé én disgrâce : on rejetait sur lui la détresse de l'Egypte; il fut jeté en prison et maltraité. = L'empereur était malade. Pendant plusieurs mois, il se disputa péniblement à la mort, qui l’emporta enfin, le 11 février 641. Son fils Constantin (Constantin III), malade lui aussi, ne dura que trois mois (f 25 mai 641). L'impératrice Martine, seconde femme d’Hérachus, fit alors proclamer son fils Héracléonas. Martine était la

cousine germaine de son mari, ce qui faisait considérer |

son mariage comme nul et son fils: comme illégitime. Six mois après son avènement, Héracléonas et sa mère

étaient emportés par un soulèvement populaire, et le

jeune Constant IT, fils de Constantin, installé sur le

trône.

Dès l’avènement d’Héracléonas, Cyrus était rentré en faveur. Le patriarche avait réussi à f comprendre à Sa souveraine que l'Egypte était irrémédiablement perdue et qu'il valait mieux traiter, pour que l’inévitable évacuation se fit en des conditions supportables. On l’écouta. À la mi-septembre il débarquait à Alexandrie. Amr s'était transporté à Babylone. C’est là, que, le 8 novembre 641, fut signé le traité. Onze mois d’armistice étaient accordés pour l'évacuation ; la population qui restait en Egypte était assujettie au tribut; les musulmans s’engageaient à respecter les églises des chrétiens, sans s’immiscer dans leurs affaires religieuses ; les juifs devaient être tolérés à Alexandrie. Ces stipulations, ratifiées à Médine et à Constantinople, furent exécutées. À la fin de 642 Je régime byzantin avait complètement cessé en Egypte.

Le patriarche Cyrus mourut le 21 mars de cette année. Tout en terminant leurs préparatifs de départ,

les fonctionnaires byzantins trouvèrent le temps de lui donner un successeur, appelé Pierre, qui partit sans doute avec eux !. Avec ce fantôme de patriarche, s’in-

l Jean de Nikiou, c. CXX.

ns See

ER

terrompt pour longtemps la succession des papes mel-

kites, successeurs orthodoxes de saint Marc et de saint Athanase.

Quant aux Coptes, leur patriarche Benjamin quitta

bientôt son exil, muni d’un sauf-conduit d’Amr et vint

HÉRAOLIUS ET MAHOMET ne 495

se réinstaller à Alexandrie. Les joies du retour et du

succès furent troublées pour lui par le spectacle des

à nombreuses tasies qui se produisaient parmi les

siens. Des gens qui auraient souffert mort et misère

pour le plaisir d’injurier à leur aise le pape Léon et

le concile de Chalcédoine reniaient maintenant le chris-

tianisme afin d’être exemptés de Pimpôt”. ;

. C’est ainsi que l’empire romain perdit en quelques années ses provinces orientales, en même temps que l'empire. perse était conquis tout.entier. Qui aurait pu

prévoir que ces grands états auraient succombé de cette façon lamentable, sans résistance sérieuse, devant quelques bandes de bédouins? À vrai dire, ni l’un ni l’autre n'avait réussi à former des divers pays qu'il embrassait un ensemble bien compact. Ni les Araméens de la Chaldée ne s'étaient fondus avec les Iraniens du Fars, ni les Egyptiens avec les Grecs. Un poète a pu

dire de Rome:

Fecisti patriam diversis gentibus unam.

Cela n’est vrai qu’à moitié. Sans doute, on était par-

venu à absorber dans une même administration les di-

1 Jean de Nikiou, c. XXI; Sévère d'Ashmounéin, Vie de

Benjamin.

| vers états politiques dont on avait hérité au moment

Par + SABRE de la conquête; sans doute, on était arrivé jadis à fé-

dérer en quelque sorte les cultes de tant de peuples

. divers, et, dans plus d’une contrée, à remplacer les an-

ciennes langues par le latin ou le grec. Mais, sur sex dernier point, le succès n’avait pas été le même partout, et c’est précisément dans les régions orientales que les

langues indigènes, copte, syriaque, ermggien, avaient

le mieux résisté à l’assimilation. Le syncrétisme, ad-

ministratif ou philosophique, celui des empereurs et

celui des néoplatoniciens, s'était effondré devant le

succès du christianisme, On avait alors essayé de re-

faire l’unité religieuse avec les institutions chrétiennes :

mais, dans le sein même du christianisme, d’irrémé-

diables dissidences étaient venues dissiper les rêves

d’unité et reconstituer les sectes. Quant au grand corps

politique dirigé autrefois par Auguste, Trajan et Cons-

CR Stantin, il n’en restait plus que des débris que l'on

disputait à grand’peine aux Lombards, aux Slaves et aux «barbares » d’Orient.

On a dit souvent que les dissidences religieuses, dans les provinces orientales, n'étaient que le masque, que l'étiquette, de dissidences politiques : que les nationalités vaincues, mais non assimilées, reprenaient constance et force sur le terrain du dogme, le seul où il leur était possible de lutter contre l'Etat byzantin. Je ne suis pas convaincu de cela. D'abord toutes ces dissidences sont d’origine grecque. Ce pourquoi les Nestoriens et les Jacobites disputaient en syriaque, les

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