‹ L'Église byzantine de 527 à 847Chapitre 15 sur 270 · De.nys de Tkll-Mahké, p · texte numérisé non relu

De.nys de Tkll-Mahké, p

les persécutions d'Héracliiis. Traqués dans les provinces, desservis auprès des princes étrangers, ils firent cause commune avec l'armée persane, venue victorieuse jusqu'à Jérusalem en 614, organisèrent une infernale chasse aux moines palestiniens et rachetèrent pour les immoler un nombre incalculable de captifs chrétiens. Le roi des rois lui-même fut obligé de punir ces excès en tenant leurs auteurs éloignés de Jérusalem. A plus forte raison, quand il rapporta la vraie croix sur le Calvaire en 628, le basileus interdit-il aux Juifs le séjour de la Ville sainte et de ses approches dans un rayon de trois milles '.

Les conversions de Juifs au christianisme ne firent cependant pas complètement défaut : celle des habitants de Borium, aux frontières de la Cyrénaïque, sous Justinien, etcelle de Benjamin deTibéfiade en 629 sont à noter '^.

§ 4. — Missions byzantines hors de l'empire.

Moins de violences et plus de résultats heureux accompagnèrent Tapostolat des basileis parmi les infidèles fixés hors de l'empire. Caries basileis furent des apôtres. Héritiers de ce Constantin qui avait reçu et leur avait passé le titre glorieux d'isapostole, ils satisfaisaient les aspirations de leur piété non moins que les intérêts de leur politique en propageant autour de leurs frontières ce qui était pour eux une religion de cœur tout ensemble et d'Etat. Les conversions ainsi dues à leur influence directe ou indirecte sont nombreuses.

1. Chron. pasch., col. 080; J. de NiKior, p. ri3.>, :i40; Sr.nCos, p. 63, G8, 60,71; Vit. Georg. Khozib., n. 34; Chronograph., a. GlOl, G106, «120; Fi-TYCiiicw, col. iùfH'K

i. Procope, yEdif., VI, 2; Chronograph., a. 6120.

Le 6 janvier 528, Justinien sert de parrain à Grétès, roi des Hérule^ établis sur le Danube, et contracte avec lui une alliance qui entraîne presque toute la nation au baptême. Il agit de même avec Grod, roi des Huns campés dans la Chersonèse Taurique, mais celui-ci, dès son retour, est mis à mort par ses sujets idolâtres'. Encore au début de son règne, les Tzannes riverains du Phasis sont gagnés à la foi par le général Sittas. Peu après, c'est le tour du chef Zamanarzos, dans le voisinage de Tlbérie, et, sur la rive orientale du Pont Euxin, celai des Abasges. Ces derniers reçoivent bientôt de Justinien un évêque, comme aussi, vers 547, les Goths catholiques du Palus Méotide. Vers 530, Tempereur envoie des ouvriers de l'évangile jusque dans l'oasis d'Audjelah, et la conquête de l'Afrique sur les Vandales amène à partir de 534 l'accession au christianisme de diverses peuplades maures de Tripolitaine ^. Devenu en 531 une sorte de royauté vassale, le phylarchat arabo-romain des Ghassanides, déjà baptisés, mais point toujours catholiques, facilite le passage au christianisme, sinon à l'orthodoxie, des tribus nomades qui flottent sur les frontières de l'empire : la tribu du chef Nahaman est de celles-là vers l'an 592 '. En 568, du fond de leurs sables, les Garamantes demandent des missionnaires à Justin II ''. En 618 ou 619, Héraclius honore de son parrainage le chef hunno-bulgare Kuvrat, baptisé à Constantinople avec les principaux de sa tribu. Quelques années plus tard, appelés sur les terres byzantines, les Croates et les Serbes paraissent devoir écouter docilement les prêtres latins à

1. Procope, Golh., II, 14 ; Jean d'Asie, dans ROC, t. Il, p. 47:;; Malvlas, col. W9«, C37.

2. Procope, Fers., I, 15; Goth., IV, 3, 4; ^td//"., VI, i, 3, ■i ; Malalas, col. 633».

3. NoNNOs, dans Piîotil-s, Myriobibl., cod. 3; Kvagiie, VI, ->>.

4. Joh. Bicl. Chron.^ dans MGH,Auct. aiitifjuiss., t. M, p. -212.

18 DE L'AVÈiNEiMENT DE JUSTINlEiN I"

qui Tempereur a confié le soin de les évangéliser ^ A cette date, les diverses peuplades riveraines du moyen Nil obéissent déjà au Christ depuis longtemps : les Nobades se sont convertis vers 548, les Blemmyes probablement vers 577, les Alodes vers 579. Mais c'est le monophysisme qui profite seul de leur conversion.

De même, malgré des ambassades réitérées sur les deux rives de la mer Rouge, l'Eglise et l'Etat byzantins ne retirent aucun avantage durable de leurs fréquentes immixtions dans les affaires politico-religieuses, alors si mouvementées, d'Axoum et d'Himyar. Et il n'y a pas à parler ici du royaume arabo-persan de Hîra ni des autres régions orientales, car les missions y sont l'œuvre à peu près exclusive des nestoriens et des monophysites de Perse ^.

§ 5. — Guerres saintes.

Contre le paganisme étranger, les basileis disposèrent aussi de la force des armes. Il est peu de leurs guerres qui ne revêtent le caractère d'une croisade. En luttant contre les Barbares du Nord, ils défendent lÉglise autant que l'Etat. Dans leurs hostilités séculaires avec la Perse, sur la rivalité de deux mondes s'est greffée la rivalité de deux religions.

La première campagne d'Orient organisée sous Justinien a pour but de soutenir Tzathios et ses Lazes contre les attaques du roi Kabadh qui leur reproche d'être allés recevoir le baptême à Constantinople ^. Les Perses ontles Samaritains pour alliés en 529, comme ils auront tous les Juifs de Palestine pour éclaireurs et

1. Brcviar., p. 42; J. de Nikiou, p. 580; De adm. imp., 31, col. 284".

2. L. DtciiF-sNE, Églises séparées, Paris, 1896, p. 281-a';3.

3. .Malalas, col. (>0y«, 612% 029'; Chron. pasch., col. 860-804, 668'>.

A L'ÉCRASEMENT DE LA PERSE. lî)

complices en 614 ^ Au traité de 532, Chosroès P"" exi<:^e de Justinien que les sept philosophes païens réfugiés en Perse jouissent à leur retour dans l'empire d'une liberté de conscience absolue ^. Au traité de 562, Chosroès 1" est obligé par Justinien de reconnaître cette môme liberté à ses propres sujets chrétiens, avec la promesse pour ceux-ci de n'être jamais forcés à s'incliner devant le dieu du roi ni à suivre le culte des mages, avec la faculté aussi pour eux d'élever des églises, de célébrer les offices et d'enterrer les morts selon leur usage ^. En 540, Chosroès l^" laisse la ville de Charres indemne de toute vexation parce que, déclare-t-il, cette ville a eu le mérite de rester presque entièrement païenne ^. En 616, Chosroès II n'a qu'un mot pour les ambassadeurs d'Héraclius : « J'épargnerai les Romains, leur dit-iF, quand ils auront abjuré leur crucifié pour adorer le soleil ».

Mille autres faits, d'ailleurs, démontrent que les Byzantins regardent leurs expéditions comme autant de guerres saintes. Avant de marcher contre l'ennemi, en 528, le comte d'Orient Kérykos revêt comme cuirasse le cilice qu'il tient de saint Théodose le Cénobiarque, et, en 603, le stratélate Domitius court solliciter les prières de saint Théodore le Sykéote®. Avant d'attaquer le cardarigan d'IIormisdas en 586, le général Philippique promène parmi ses troupes une image miraculeuse du Sauveur ^ ; avant de livrer bataille au perse Vahram en 591, le général Narscs donne à ses soldats pour mot de guet le nom de Marie ^. La croix

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