Martyr. XX Sab.; Chronograph., a. tsiOj
Église elle-même continuait à subir la menace d'autres ennemis.
Les Bulgares, après de longues années de paix avec l'empire, reprirent la guerre contre lui en 755 et la poursuivirent presque sans discontinuer pendant dix ans. Au cours de ces hostilités, marquées par de fréquentes révolutions politiques en Bulgarie et par la victoire byzantine d'Anchialos (17 juin 762), les sclavénies de Thrace et de Macédoine furent successivement exposées aux coups des deux belligérants. Aussi 208.000 Slaves de ces parages demandèrent-ils à passer en Asie, trop heureux d'y former de tranquilles colonies militaires sous l'autorité des empereurs. D'autres, plus épris de liberté, mirent l'occasion à profit pour élargir le champ de leurs brigandages, de concert avec les rebuts de Byzance, avec les apostats du christianisme et les renégats de la civilisation qui s'empressaient de leur prêter main-forte. Il fallut toute une campagne, vers 764, pour contenir ces bandits et réprimer leurs exploits.
Deux nouvelles expéditions, celle de 775 contre les Bulgares et celle de 783 à travers les sclavénies, finirent par assurer quelques années de répit à Constantinople. Mais la guerre se rouvrit en 791, fertile en désastres pour les Byzantins. Qu'il suffise de signaler la défaite de 792 où périt le fameux Michel Lakhanodracon, la défaite du 26 juillet 811 où tomba l'empereur Nicéphore, la défaite de juin 813 où Michel I" ne trouva le salut que dans la fuite. Vainqueur de Nicéphore, le roi Kroum avait ravagé la Macédoine et la Thrace ; vainqueur de Michel I", il prit Andrinople et campa sous les murs de la capitale. Byzance allait-elle succomber? On pouvait le craindre. Mais soudain la mort de Kroum lui rendit l'espérance (815) et la victoire de Mésembria lui donna la paix (817).
Si les Bulgares avaient triomphé, TEglise byzantine était perdue, faute d'avoir apporté assez de zèle à convertir ces terribles voisins. Tzérig, un de leurs rois, avait reçu le baptême en 777; mais c'était un roi sans couronne, un hôte malheureux de la cour impériale ^ Plusieurs personnages de leur sang pratiquaient le christianisme, par exemple le patrice Théodore qui florissait sous Michel 11 ; mais c'étaient là des individus passés au service de Byzance^. Plusieurs groupes de leur race étaient chrétiens, par exemple la famille de boïars où naquit saint Joannice; mais c'étaient là des colonies fixées dans l'empire 3. Leur exemple n'avait provoqué aucun mouvement dans le gros de la nation. Les Bulgares, chez eux, restaient un peuple de païens, un peuple de païens farouches, qui savaient faire des martyrs à l'occasion et à qui la piété d'un saint Théodore Studite trouvait sacrilègement criminel de livrer des otages ^.
L'Église de Constantinople ne s'était pas intéressée davantage durant le viii® siècle à la conquête religieuse des sclavénies. Comment y aurait-elle songé? Aux heures d'iconoclasme, ses patriarches avaient tourné toutes leurs forces contre les images, contre les reliques, contre les moines; aux heures d'orthodoxie, ses pontifes s'étaient trouvés entourés de ruines à relever tout proche. Ni les uns ni les autres n'avaient pu s'occuper efficacement des Slaves. S'il y eut néanmoins plus d'une conversion parmi ces derniers, c'est à raison de leur passage dans les corps auxiliaires de rarmée byzantine et aussi à raison de leur incessant contact avec les anciennes populations qu'ils refoulaient vers