‹ L'Église byzantine de 527 à 847Chapitre 242 sur 270 · TuÉOD. Stud., col. 4100, 1389% 1540»», doSS · texte numérisé non relu

TuÉOD. Stud., col. 4100, 1389% 1540»», doSS

Joannice de TOlympe s'absorbent en Dieu jusqu'à perdre tout contact corporel avec la terre, jusqu'à s'élever au-dessus du sol en des extases et des rapts \ Mais les âmes d'élite qui prient de cette sorte sont l'exception. Pour beaucoup, prier consiste ordinairement à répandre des formules et des gestes devant les saintes images.

Celles-ci occupent en effet une place très grande à Byzance. Elles n'ont pas qu'une valeur d'enseignement et d'édification ; elles ne sont pas seulement des représentations du Christ, de la Vierge et des saints; elles passent aux yeux d'un trop grand nombre pour les enveloppes miraculeuses, presque sacramentelles, où s'incarne, si l'on peut dire, l'archétype céleste. D'où, parfois, des excès. Non content d'allumer des lampes et de brûler de l'encens devant elles, non content de les vénérer et de leur adresser des chants, on les considère comme des êtres animés susceptibles de remplir les fonctions du parrainage : aussi, vêtues d'ornements somptueux, interviennent-elles au baptême, où elles sont censées tenir le néophyte, et à la vêture monastique, où on leur fait recevoir les cheveux du postulant. En outre, des prêtres estiment qu'une icône sur bois remplace avantageusement la pierre d'autel et permet de célébrer n'importe où. D'autres, raclant la couleur des tableaux et des fresques, mêlent cette poussière au pain et au vin qu'ils distribuent après la messe comme une communion nouvelle 2.

De si grossiers ^bus, il est vrai, ne se présentent sans doute que rarement et peut-être sont-ils dus à la réaction provoquée par Ticonoclasme lui-même. Mais il est certain que les images se trouvent partout, chez

i. Vit.Joannis Goth., n. 7; Vit. Eustratii, n. 31; Vit. II Joanmcii, n. 2».

•2. Mansi, t. XIV, col. 420"; Thkod. Stl'd., col. 961.

S:0 DE L'APPARITION DE L'iCONOCLASME

la geôlière du Prétoire en 764 . comme sur la poitrine de Léon V en 814, dans le gynécée de Léon IV, avec Irène, comme dans celui de Théophile, avec Théodora ' . Et il est certain aussi que les pratiques d'ardente iconophilie ne s'exercent point dans les masses peu éclairées sans quelque détriment pour la piété bien entendue.

§ 33. — Lectures de piété.

La piété vraie, là où elle existe, se nourrit de lectures. Les principaux livres du Nouveau Testament sont entre les mains de quiconque sait lire et les illettrés eux-mêmes en connaissent tous la teneur pour peu qu'ils aient fréquenté leur église. Il faut en dire autant de plusieurs parties de la Bible, tout au moins du psautier que les plus incultes parviennent souvent à savoir par cœur.

D'autre part, les divers écrits patristiques en faveur parmi les moines ont aussi des lecteurs assidus dans les hautes classes de la société. Du moins, si les Règles de saint Basile regardent peu les laïqu^es, V Echelle de saint Jean peut leur convenir. En tout cas, les Byzantins instruits entendent prendre leur part d'édification aux recueils de sentences morales et d'exemples instructifs constitués durant les premiers siècles du monachisme sous les titres à' Apophthegmes et de Patériques. Et ils ont, pour lier connaissance avec les vieux martyrs, des collections d'actes en douze volumes, collections presque toujours anonymes, mais à qui l'on accorde une grande valeur et d'où les prédicateurs extraient la matière de leurs panégyriques. Des re-

1. Vit. Stephani Jun., col. lIGi''; Vit. Nicetse Med,, n. 33; Théoph. CoNT., m, 6.

cueils analogues doivent exister pour les autres saints, ou plutôt les confesseurs non sanglants de la foi doivent s'être insensiblement glissés parmi les martyrs. A défaut d'une Vie dans ces recueils, chaque église a soin de réunir le plus de renseignements possibles au sujet de son patron, car enfin que dirait môme un André de Crète sur un saint Patapios si la supérieure du couvent patapien qui l'invite à prêcher ne lui fournissait en même temps quelques vieux encomia*- ?

§ 34. — Office canonique.

La piété vraie trouve aussi un précieux aliment dans le psautier et l'onice canonique. Ce n'est pas que tous les Byzantins récitent les cent cinquante psaumes une, deux et trois fois chaque jour, comme saint Eustrate ; mais il suffit de compulser la volumineuse correspondance de saint Théodore Studite pour constater combien les pieux laïques savent répéter en leur particulier les accents du psalmiste et suivre en public les offices de jour et de nuit. C'est tandis qu'il chante comme un simple psalle dans la chapelle palatine que Léon V tombe assassiné, et c'est pour ne pas se priver des assemblées nocturnes qu'en pays arabe, à Édesse notamment et à Damas, les fidèles couchent dans leurs églises^.

Suivre un office do nuit en son entier est chose méritoire, depuis surlout que cet oflicc a pris de si vastes proportions avec le nouveau genre de poésie ecclésiastique inauguré ou tout au moins mis en

1. TllÉOD. Stid., col. 9lt>»', \\\(\\ II7G% I'2i4'', \^r2Q', loTG'', 1593», 1G4 4», laie*»; Mai, p. 78; P. G., t. XCVH, col. 1237i'.

1. Vit. Eustratiî, n.G;Tjik:()D. Sri;!)., col. l'Hô*", i:i;)3'; Vit. Ttieodori Edess.., n. 3; Vit. Stephani Sab., n, (51 ; Tin;oni. Com., 1, 25.

vogue par saint André de Crète. Pourquoi, s'est-on dit vers 700, ne pas intercaler des tropaires dans les derniers versets des neuf odes bibliques psalmodiées à l'orthros? Sur ce. Ton a composé un groupe de tropaires homogènes pour chacune des odes scripturaires, sauf le plus souvent pour la deuxième trop longue et trop triste, et ces huit ou neuf groupes de strophes ont constitué huit ou neuf odes extrascripturaires dont l'ensemble, lié ou non par un acrostiche, s'est dénommé canon. Froids et compassés, les canons n'atteindront jamais à la perfection des hymnes antérieures. Byzance ne leur en ménage pas moins le meilleur accueil et, pour leur faire place, elle n'hésite pas à sacrifier les chefs-d'œuvre de saint Romain. Cette faveur est si universelle qu'elle amène la refonte complète des livres d'office.

Nouveaux ou seulement renouvelés, finis ou à peine ébauchés, les principaux livres d'office byzantins se trouvent être, à la fin de l'iconoclasme, l'Octoékhos, la Paraklétiké, le Triodion, le Pentékostarion et les Menées.

VOctoékhos, ou livre des huit tons, est consacrée au commun du temps ; elle contient huit offices du dimanche, un pour chaque ton. Depuis le vi« siècle, depuis l'époque où l'hérétique Sévère d'Antioclie composait une œuvre de cette sorte et de ce titre, l'Eglise orthodoxe a évidemment possédé son livre des huit tons. Pourtant, la seule Octoékhos byzantine connue est postérieure à saint André de Crète. Cet ouvrage, déclarera bientôt la tradition, c'est Jean Damascène qui l'a édifié dans sa laure de Saint-Sabas vers 735. Mais défiez-vous de la tradition. Si Jean le moine, si l'humble Jean, comme il se nomme lui-même, jette les bases de rOctoékhos byzantine et prépare la plupart de ses matériaux, il ne la bâtit certainement pas seul, ni tout

d'une pièce. D'autres en effet mettent la main à la construction après lui : les studites, autour de 800, paraissent y ajouter plusieurs pierres, entre autres les anabaihmi ; en tout cas, la seconde moitié du ix* siècle verra Métrophane de Smyrne y travailler encore, et puissamment.

Quand finit l'iconoclasme, la Paraklétiké s'apprête à continuer TOctoékhos en donnant pour chacun des six jours de la semaine les huit offices que celle-ci donne pour le seul dimanche. Aussi, en s'adjoignant les offices dominicaux, la Paraklétiké s'appellera-t-elle un jour la Nouvelle OctoékhoSy la Grande Octoékhos. Pour le moment, elle constitue une œuvre à part, une œuvre qui s'élabore et que Joseph l'Hymnographe va définitivement organiser avec un total de quatre-vingtseize canons, dont quarante-huit de son propre cru, trente-deux signés Théophane et seize divers.

Le Triodlon, affecté au propre du temps, renferme l'office des dix semaines qui précèdent Pâques. Deux frères mélodes, Théodore Studite et Joseph de Thessalonique ^ , travaillent d'un commun accord à le constituer. Comme des poètes antérieurs, Sophrone de Jérusalem peut-être et sûrement Cosmas de Maïouma, ont beaucoup écrit pour le carême, Théodore et Joseph pourraient presque se contenter de réunir les matériaux du passé, sans rédiger eux-mêmes un texte nouveau. En fait, ils n'empruntent que modérément à leurs devanciers, sauf à saint Cosmas, et l'on peut affirmer malgré ces emprunts, comme aussi malgré les additions avenir, que le Triodion est une œuvre essentiellement studite.

11 faut en dire autant du Pentékostarioriy qui donne les offices à réciter depuis Pâques jusqu'au premier

vu. I Theodori Stud., n.5G; Vit. II Theodori Stud., n. 113.

dimanche après la Pentecôte inclusivement. Là aussi, exception faite pour quelques emprunts et quelques additions, le fond du livre semble bien appartenir à l'école de Stoudion, sinon à Théodore et à Joseph en personne, du moins à leui^ disciples.

Pour le propre des saints un livre suffit, mais un livre en douze volumes appelés Menées. Ces volumes, correspondant aux douze mois de l'année, contiennent l'office de toutes les fêtes à date fixe échelonnées du l^'^ septembre au 31 août. I>e par sa nature même, pareil recueil n'est jamais complet dans une Église vivante et sanctifiante. En outre, sa composition varie beaucoup, non seulement de province à province et de diocèse à diocèse, mais encore de paroisse à paroisse et de monastère à monastère, car le mouvement ne s'est pas encore desshié de cette unification liturgique, d'ailleurs modérée, dont le ix® siècle finissant recueillera les premiers fruits. Malgré tout, pourtant, l'Eglise byzantine possède déjà un festival dont le fond se retrouve à peu près le même dans tout le territoire du patriarcat œcuménique, au moins en ce qui regarde les fêtes du Seigneur, de la Vierge et des plus grands saints. Or, durant la période iconoclaste/ ces fêtes reçoivent presque toutes des offices nouveaux, qui seront définitifs pour la plupart d'entre elles, et l'ensemble de ces offices, signés de grands noms, constitue des menées déjà respectables.

En s'établissant avec leurs interminables canons, les menées supplantent peu à peu le tropologe, ce précieux livre rempli des offices dus à saint Romain et à son école. Un exemplaire du tropologe se trouve encore aux mains de saint Théodore Studite en 816, quelques autres exemplaires en seront encore copiés aux siècles suivants, mais l'usage de ce recueil va chaque jour en diminuant, et des belles hymnes qu'il

renferme c'est à peine si le kontakion et le premier oTxoç échappent à l'oubli en pénétrant dans les menées. Pour sauver autre chose que ces débris, il faut quelque circœistance extraordinaire. Et tel est, grâce à Dieu, le sort de l'hymne acathiste : composée pour l'Annonciation, elle est monstrueusement chassée de ce jour, mais en changeant de prélude elle trouve un refuge dans l'office d'ordonnance toute particulière que le patriarche saint Germain institue pour remercier Marie d'avoir protégé Constantinople durant les sièges de 626, 677 et 718 ^

Dans les menées, entre la sixième et la septième ode du canon, s'intercalent des récits historiques et biographiques destinés à illustrer la fête du jour ainsi que les mémoires occurrentes. Ces notices, généralement très courtes, s'appellent synaxaires. Détachées de leurs offices respectifs et réunies ensemble, elles forment une collection qui porte tantôt le nom de syna^ xaire et tantôt celui de ménologe. Le mot ménologe est synonyme aussi de menée. Le mot ménologe s'applique également au vaste recueil hagiographique où les grandes Vies de saints sont disposées d'après l'ordre du calendrier : il faut reconnaître un ménologe de ce genre dans les douze volumes de martyria que saint Théodore Studite mentionne en 70G 2. Et il ne faut pas oublier que synaxaire et ménologe, comme on Fa vu en son temps, désignent en outre la table des péricopes scripturaires à lire durant la messe tout le long de l'année liturgique.

\. TiiÉODORF, STi'D., Mai, p. 78; hyz. Litt., p. GSGsq.; M.Théarvic, P/jOliuset l'Acatlu'ste, dans Échos d'Orient, l. VU, p. 298 sq. 2. TiiÉOD. Sud., col. l.vii".

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§ 35. — Les sacrements.

Les Byzantins animés d'une piété véritable ne se contentent pas d'assister à roffice canonique, ils tiennent en grand honneur les sacrements ou, comme on dit chez eux, les mystères. Ce mot, du reste, leur sert à désigner aussi quelques sacramentaux. La preuve en est dans le passage où Théodore Studite', invoquant l'autorité du pseudo-Denys, se prend à parler de six mystères qui sont, déclare-t-il, le baptême, l'eucharistie, la confirmation, Tordre, la profession et les funérailles. Byzance estime si fort la vertu sanctifiante des rites qui accompagnent le chrétien à sa dernière demeure et celle surtout des rites qui l'attachent à la vie religieuse !

D'ailleurs, il ne faut rien conclure du texte de saint Théodore contre la pénitence, le mariage et Textrêmeonction, car les propres écrits du Studite et les circonstances de sa propre mort attestent avec surabondance que ces derniers sacrements lui sont parfaitement connus. La seule conclusion légitime à tirer de Gon dire, c'est que le vague règne encore dans les classifications comme daiis la terminologie et que les meilleurs esprits du ix° siècle n'osent rien changer aux affirmations de celui qu'une fausse tradition leur donne pour Denys l'Aréopagite.

Le baptême, « sans lequel il n'est point de salut », ne suit pourtant que de très loin la première présentation de l'enfant à l'église, laquelle est fixée au quarantième jour : en 715, à Constantinople, saint Etienne le Jeune a été baptisé à l'âge de six mois, mais il avait reçu son nom une semaine après sa naissance; vers- 780, en Syrie, saint Théodore d'Édesse est baptisé à

l'âge de deux ans et on lui impose son nom à ce moment même. Sur tous les points de l'Orient byzantin, le baptême est conféré à l'église par l'évéque ou le prêtre du lieu; toutefois, si tous les édifices du culte appartiennent à l'hérésie, il faut l'administrer dans une maison particulière, et si aucun membre du clergé n'est orthodoxe, il faut se contenter d'un moine ou d'un laïque. On doit se montrer pareillement difficile pour le choix de l'anadoque, mais sans lui substituer une icône, et bien prendre garde à l'affinité spirituelle que le parrainage entraîne avec lui ^

Le baptême est toujours accompagné de la confirmation. Celle-ci, du moins, ne s'administre séparément, comme par le passé, que lorsque les adeptes de certaines hérésies font retour à l'Eglise orthodoxe ^.

L'extrême-onction est d'un usage régulier. Bien que saint Théodore Studite ne l'insère pas dans sa liste, lui-même la reçoit avant de mourir, le 11 novembre 826, et deux auteurs contemporains notent d'un mot que c'est l'habitude pour tous les mourants d'offrir leurs membres à l'huile sainte ^,

A l'ordre le concile de 787 consacre l'un de ses canons. C'est pour déclarer que la tonsure pratiquée sur les enfants par dévotion n'a rien de commun avec le lectorat et n'autorise d'aucune façon à remplir l'office d'anagnoste. En dehors de l'évéque, ajoutent les pères, nul ne peut conférer le lectorat, sauf le chorévêque par délégation, et l'hégoumène prêtre dans son propre couvent. Rien de spécial ou peu s'en faut n'est à signaler pour les ordres majeurs. Les troubles religieux de l'époque donnent simplement lieu de dire que Tin-

1. Vit. Slephani Jun., col. 1077, i080; Vit. Thcodori Edess., n. 4; THÉOD. StoD., col. 961,11'>2«, 1-230", liOi, IGiÀV; M\NSi, t. XIV, COl. 4•20^

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