‹ L'Église byzantine de 527 à 847Chapitre 244 sur 270 · NicÉPH. Pair., col. 548S · texte numérisé non relu

NicÉPH. Pair., col. 548S

ristes élèvent des protestations. « Si l'un des conjoints a déjà passé par deux veuvages, demandenl-ils, où lui posera-t-on la couronne? Sera-ce sur la main ou sur le genou? » Et ils écartent pour toujours de Fautel le prêtre qui accorde le couronnement aux bigames et se fait leur convive. Lorsque l'empereur prend femme, c'est le patriarche qui préside seul en droit la cérémonie nuptiale ^ .

§ 36. — L'eucharistie

Dans l'eucharistie, là où leurs yeux ne voient que du pain dit prosphora ou de simples miettes appelées margariteSf la foi des Byzantins adore l'Homme-Dieu vivant. Nul d'entre eux, pas plus chez les iconoclastes que chez les iconophiles, ne doute de la présence réelle opérée par l'action de l'Esprit saint^ et quelquesuns des pires persécuteurs s'approchent de la table sainte aussi souvent que beaucoup de leurs victimes.

Aucune règle ne préside à la fréquentation du sacrement, ou plutôt la règle unique est de mesurer le nombre de ses communions à la pureté de son âme, car « ce n'est pas de communier rarement ou de communier fréquemment qui importe, mais bien de communier avec une conscience bien préparée ». Ainsi parle un prêtre de l'époque. Ce prêtre, pour sa part, monte à l'autel chaque jour; durant un exil, plutôt que de renoncer à la messe, il consacre le précieux sang dans un simple verre. La nécessité autorise pareillement le laïque à se communier soi-même : en l'absence de tout prêtre ou de tout diacre orthodoxe, le moine, la religieuse, le séculier, tout le monde a le pouvoir de por-

i. Thkod. Stud.. col. 973°^, ;n7« , ^092^ i09S, 10%«, 45810", IGIG". 2. Abouraha, dans P. G., t. XCVII, col. l-'iûS".

3iO DE L'APPARITION DE L'ICONOCLASME

ter la main sur T eucharistie, mais en se conformant autant que possible au petit cérémonial prévu pour la circonstance. Le pieux orthodoxe, y est-il prescrit, saisit d'abord l'hostie entre ses doigts pour la poser sur un livre recouvert d'un linge ou d'un voile sacré, puis il la prend à même la bouche en ayant soin de se purifier avec une ablution de vin. Tel est ce que l'on pourrait appeler le cérémonial de la communion privée sous une seule espèce. Son existence nous prouve que l'eucharistie se conserve et se transporte aisément d'un lieu à l'autre. De cette manière, les ministres du sanctuaire ont beau prévariquer en masse, le peuple fidèle n'en reste pas moins à même de satisfaire sa dévotion, et sa dévotion est, sans parler du viatique, de communier à toutes les fêtes de quelque importance ^ .

La communion, en règle ordinaire, se distribue à la messe et la messe, en temps normal, se célèbre à l'église. Celle-ci n'est-elle pas ordonnée à l'eucharistie? Elle repose sur des reliques, sa table d'autel renferme des reliques, et la tradition exige des reliques pour le sacrifice. Mais l'iconoclasme interdit la plupart des édifices du culte aux orthodoxes : quelques églises, bâties par les partisans du Copronyme, ont reçu dans leurs fondements le corps et le sang du Christ au lieu et place des ossements saints; quelques autres, élevées par des iconophiles, attendent un consécrateur catholique durant un quart de siècle; d'autres enfin, et c'est la majorité, sont profanées par la présence de ministres dévoués à l'hérésie ou en rapport avec elle. Comment les prêtres bien pensants vont-ils sortir d'embarras? En recourant à l'autel portatif. Dans l'épaisseur de cette planche déjà ornée d'une

i. Vit. Theodori Edess.y n. 76; Nicéph. Patr., col. 336; Pitra, t. i, p. 439; Théod. Stud., col. 1116"»', 1128°, 1216", 1661", 1668<= ; cf. Anast. SiNAÏT., col. 753».

image pieuse, dans les plis de cette pièce de lin ou de soie historiée enfermez quelques menues parcelles de reliques : vous avez là tout ce qu'il faut pour remplacer la table du sacrifice et constituer ce que l'on appellera bientôt un antimension, tout ce qu'il faut pour vous permettre de célébrer n'importe où. Kn fait, au grand déplaisir de Michel II, les antimensia sont d'un fréquent usage durant toute la seconde période iconoclaste ^

La même époque distingue encore l'une de l'autre, même dans la pratique, les deux grandes parties delà liturgie : du moins, vers 823, un illustre directeur d'âmes impose à une famille pénitente de n'assister durant un carême qu'à la messe des catéchumènes. Le saint sacrifice en plusieurs circonstances s'offre le soir et tel est le cas, en particulier, pour la messe des présanctifiés 2.

§ 37. — La messe des présanctiûés

La messe des présanctifiés, dont on ignore l'origine, se trouve mentionnée dès 615 ^, très longtemps par conséquent avant l'iconoclasme, mais c'est au début du ixe siècle seulement qu'un manuscrit liturgique et un commentaire permettent de la saisir dans son ensemble et ses détails ^*.

Cette messe se joint aux vêpres qui ne font qu'un avec elle et comprend trois parties principales : celle de la préparation, celle des catéchumènes et celle des fidèles.

1. NiCKPii. Patr., col. 344, 478; Vit. II Joanmcii,n. 49; Mansi, t. XIV, col. 4S0; TiiÉOD. Stud., col. iOSG".

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