CHAPITRE II
3>E l'Écrasement de la perse a l'apparition DE l'igonoclasme (628-725)
§1. — Vains espoirs de 628.
En 628, lorsque l'armée d'Héraclius eut définitivement vaincu les troupes de Ghosroès, TEglise byzantine s'ouvrit sans nul doute à de grands espoirs : la Perse réduite à merci ne serait plus le refuge inaccessible des hérétiques, la base de leurs opérations contre les provinces de la frontière, le point d'appui de leur influence dans tout l'Orient; l'orthodoxie officielle de Constantinople supplanterait partout les nestori€ns et les monophysites, ou plutôt elle s'attacherait ces derniers, car son grand pontife Sergius connaissait enfin un terrain d'entente où chalcédoniens et antichalcédoniens viendraient inXailliblement se donner le baiser de paix.
Ces espoire devaient rester vains.
A briser les Perses, les Byzantins s'étaient épuisés. Entre ces deux rivaux alîaiblis, un peuple nouveau allait s'enfoncer comme un coin de fer, détruire les premiers sur-lo-champ, ronger les seconds sans merci, porter chez tous deux au nom chrétien les plus rudes coups. Et par-dessus tous ces maux, sous prétexte de
jeter un pont entre le monophysisme et l'orthodoxie, Constantinople s'apprêtait à ajouter le mal d'une hérésie nouvelle. Pour mieux dire, souterraine et dissimulée, la nouvelle hérésie existait déjà qui promenait ses ravages aux quatre coins de l'Orient byzantinisé.
§ 2. — Conquêtes musulmanes au sud.
La première apparition des Musulmans sur la frontière byzantine précéda la mort de Mahomet (8 juin 632). Pour enlever à l'empire l'Arabie, la Palestine, la Syrie et l'Egypte, ce leur fut assez des deux califats d'Abou- Bekr (632-634) et d'Omar (634-644).
Il n'y a pas à s'attarder sur les hostilités du début. Mais voici, en 633, toute la lisière du désert arabo-palestinien qui s'enflamme. L'année suivante, en apprenant la chute de Bostra, Héraclius accourt. C'est pour s'enfermer bientôt à Lmèse, où chaque jour lui apporte la nouvelle de quelque armée détruite ou de quelque ville perdue. Parmi ces dernières figure Damas, au mois d'août. Du coup, désespéré, le vieil empereur ne sait que se précipiter à Jérusalem pour en enlever la vraie Croix et s'enfuir avec elle jusqu'au château bithynien de Hiéria. Tandis qu'il cache là six mois de folie, Abou- Obéïda et Khaled conduisent les croyants de triomphe en triomphe : en 636, Vahan, général des forces grecques, et Djaballah ibn Aïham, dernier roi des Ghassanides alliés, sont battus à la décisive bataille du larmouk; en 637, Jérusalem si opiniâtrement défendue par saint Sophrone est obligée d'ouvrir ses portes au calife Omar, venu tout exprès pour recevoir sa capitulation; en 638, Antioche,Tripolis, Tyr, Césarée, quinze autres villes encore tombent à leur tour; en 639, rien plus ne reste de la Palestine ou de la Syrie qui soit byzantin.
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Cette année-là même, en juin ou juillet, Amrou envahit l'Egypte. Il bâties chrétiens à Lycopolis dès son arrivée, les inquiète durant les douze mois de 640, les écrase à Héliopolis en 641. Cette dernière victoire lui ouvre, dès le lendemain, la ville et, le 25 mars suivant, la citadelle de Babylone. Deux mois plus tard, jour pour jour, il entre à Nikiou. Déjà, du reste, toute la haute et moyenne Egypte est dans sa main. Quant au Delta, ses hommes l'entament de toutes parts. Aussi, impuissante à le défendre, la cour impériale envoie-t-elle le patriarche alexandrin Cyrus négocier avec le vainqueur. Arrivé de Constantinople en septembre 642, Cyrus conclut en octobre un traité qui donne onze mois aux Grecs pour se retirer du pays. Et, en effet, l'évacuation d'Alexandrie effectuée le 29 septembre 643 ne laisse plus aux Byzantins un seul pouce de terre dans la vallée du Nil. Même la Cyrénaïque n'est plus à eux quand meurt Omar, le 2 décembre 644. Et dans la Tripolitaine, dans l'Afrique occidentale aussi, la révolte du patrice Grégoire facilite les incursions des musulmans, en attendant leur installation qui aura lieu, presque universelle, aux dernières années du siècle.
§ 3. — Incursions musulmanes au nord.
En attendant, maîtres de tout l'Orient, les guerriers du Prophète se trouvent à même d'attaquer le reste de l'empire de plusieurs côtés à la fois. Avec la marine créée par Moavia, gouverneur de Syrie, ils surprennent Chypre en 648, détruisent Arados en 649, ravagent Cos et Rhodes en 654, remportent une victoire navale sur les côtes lycicnnes en 655. Peu après, il est vrai, l'assassinat du calife Othman (644-656) allume
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la guerre civile entre les prétendants à sa succession et force Moavia, qui est du nombre, à s'assurer la paix avec l'empire en lui payant tribut. Mais cette accalmie ne dure que le temps de laisser Moavia s'affermir sur le trône. Chaque année, à partir de 663, ses escadrons se remettent à sillonner l'Asie Mineure et ils poussent même jusqu'au Bosphore en 668. D'autre part, de 673 à 677, ses navires emplissentla Propontide, passant les mois de la belle saison sous les mars de Constantinople et prenant leurs quartiers d'hiver à Cyzique. Si en 677, au bout de cinq ans, les marins arabes sont obligés de se retirer sans avoir emporté la capitale, du moins ont-ils ravagé Halicarnasse, Ephèse et Smyrne (673), occupé la Crète (674), désolé mille autres points de la côte asiatique et de l'Archipel. Ils multiplient leurs dévastations en s'en retournant. Mais soudain, vis-à-vis de la PamphyUe, une tempête les surprend, qui détruit la plus grande partie de leur flotte et pousse le reste sous les coups des Kibyréotes. Il ne faut rien moins que ce désastre, rien moins que la terreur répandue par les Mardaïtes autour du Liban, pour forcer le calife à déposer les armes et à payer de nouveau tribut.
La lutte ne tarde pas à se rouvrir et, coupée de traités et de trêves, à se poursuivre indéfiniment. Sans parler de l'Arménie, de l'Ibérie et de l'Aghovanie, où Grecs et Arabes ne cessent de se disputer la prépondérance, le principal théâtre des hosiihtés est d'abord la Cilicie : l'empereur Justinien II y perd la bataille de Sébastopolis en 692; le général Héraclius y remporte plusieurs succès en 703. Les années suivantes voient des razzias dans l'Asie Mineure : Tyane tombe en 709, Amasia en 712, Antioche de Pisidie en 713, Pergame en 716, Césarée de Cappadoce en 726. Par contre, Constantinople a résisté aux forces de terre
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et de mer qui l'ont enserrée pendant un an, du l**" septembre 717 au 15 août 718, et le trône impérial, en passant à Léon III, est passé à une dynastie guerrière qui saura contenir l'ennemi et le refouler.
§ 4. — Cause politico-religieuse des succès de rislam.
On le voit, malgré les pointes hardies et les patientes expéditions poussées jusqu'au Bosphore, les conquêtes arabes en Orient n'étaient guère plus avancées après un siècle de lutte qu'après les dix premières années d'hostilités. Mais durant les dix années premières, elles avaient marché au pas de course.
Ces foudroyants succès du début, la situation particulière des princes qui régnaient alors à Constantinople les explique en partie. La vieillesse d'Héraclius (f 11 février 641), la malodiede Constantin III {-j- 25 mai 641), l'intrusion d'IIéracléonas (641), le très jeune âge de Constant II (641-668), quoi de plus propre à faire le jeu d'ennemis électrisés par le fanatisme ? Toutefois la situation générale de l'empire donne encore davantage la clef des triomphes musulmans. Des races aigries contre Constantinople et son autorité politicoreligieuse, des populations qui s'étaient organisé une Eglise hérétique pour avoir une patrie propre et qui espéraient trouver un ami de cette I^'glise comme de cette patrie dans tout ennemi de lorlhodoxie chalcédonienneet de l'empire byzantin, voilà ce que l'on rencontrait partout à l'est et au sud de la Méditerranée. Pareilles à l'esclave qui s'imagine devenir libre en changeant de maître, ces masses d'êtres humains ne virent d'abord dans les Arabes que des libérateurs et, malgré ruines et massacres, les accueillirent avec des cris de joie. Nous en avons l'aveu dans Bar Hébrœus
pour la Syrie : « Le Dieu des vengeances, écrit ce jacobite ' , envoya les Arabes pour nous délivrer des Romains. Nos églises ne nous furent pas rendues, car chacun conserva ce qu'il possédait, mais nous fûmes du moins arrachés à la cruauté des Grecs et à leur haine envers nous ». Pour TEgypte, l'aveu se lit dans Jean de Nikiou. « Voyant, dit ce copte ^, la faiblesse des Romains et l'hostilité des habitants envers l'empereur Héraclius, à cause de la persécution qu'il avait exercée dans toute l'Egypte contre la religion orthodoxe à l'instigation du patriarche chalcédonien Cyrus, les musulmans devinrent plus hardis et plus forts dans la lutte ». Et un peu plus loin : « L'expulsion des Romains et la victoire des musulmans furent amenées par la tyrannie de l'empereur Héraclius et par les vexations qu'il avait fait subir aux orthodoxes^ ». De pareils textes disent assez pourquoi la résistance fut nulle, ou à peu près, que l'Islam rencontra dans les régions du sud.
Dans celles du nord, au contraire, ses assauts restèrent vains. On en cherchera la cause dans l'organisation du régime des thèmes qui fractionna l'empire en grands territoires où toute l'autorité civile et militaire se trouva réunie aux mains d'un commandant en chef appelé stratège. Mais la cause principale de la résistance aux Arabes est plutôt dans la moindre somme de haine que le nord portait à la prépondérance politique de Constantinople et à son orthodoxie officielle. Là, certes, beaucoup d'âmes étaient loin de nourrir des sentiments bien tendres vis-à-vis de la capitale improvisée. D'accord avec les païens et les Juifs, d'accord avec les faux chrétiens venus pour la forme de l'idolâtrie et