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A L'APPARITION DE L'ICONOCLASME. 149
du judaïsme, les innombrables hérétiques dePlirygie et des provinces voisines reprochaient âprement à Constantinople les procédés parfois brutaux de son prosélytisme et la sévérité souvent excessive de sa législation religieuse. Malgré tout pourtant, le terrain ne se prêta pas à l'installation des envahisseurs. C'est que, par suite d'un manque absolu d'homogénéité, les populations d'Asie Mineuren'avaient point réussi, comme celles de Syrie et d'Egypte, à se constituer sous le couvert d'une Eglise monophysite un commencement de patrie distincte et rivale du monde gréco-romain.
§ 5. — L'Église jacobite.
Au jour de l'invasion musulmane, la Syrie était dépourvue de patriarche chalcédonien : la situation troublée d'Antioche et l'occupation de lOrient par les Perses avaient empêché, depuis 609, de donner un successeur à saint Anastase II. On y trouvait au contraire un pasteur antichalcédonien, Athanase, et celui-ci, pour avoir conversé avec Héraclius à Hiérapolis en 629 et s'être montré d'un esprit assez conciliant \ passait un peu partout pour le titulaire presque ofliciel et reconnu du patriarcat. On devine si les jacobites mirent à profit cette situation privilégiée et la firent valoir aux yeux, d'ailleurs bien disposés, des Arabes.
Bien disposés, comment les Arabes ne Tauraient-ils pas été à l'endroit de ces chrétiens qui formaient la majorité de la population, portaient une haine ardente à l'empire byzantin et se montraient empressés à rendre service? Les jacobites saluaient l'Islam comme un vengeur. Même en caressant leur patriarche Atha-
i. Vit. Maximi, n. 8; Cfironograph., a. Clil ; Chronic. ecc!.,\. l, p. "3.
nase, le basileus de Constantinople venait d'ajouter à leurs griefs. Son voyage de 628-629 et sa campagne de 634 lui avaient donné lieu de tenter les suprêmes efforts pour ramener les dissidents à l'unité de son Église et ces efforts s'étaient parfois traduits, sous l'action de subalternes maladroits ou de moines fanatiques, par de rudes vexations et des effusions de sang^- La domination de Tlslam mettrait fin à tout cela; on fit donc bonne figure à l'Islam. Cette attitude fut d'autant plus naturelle que beaucoup, parmi les ennemis du quatrième concile, reconnaissaient dans les envahisseurs des frères de sang et de langue. De fait, les chrétientés flottantes à la lisière sud-est du patriarcat syrien professaient presque toutes le monophysisme et rien ne les séparait, ou presque rien, des peuplades embrigadées sous le drapeau du Prophète. De ces tribus baptisées d'un baptême tout de surface, plusieurs, comme celles du Sinaï^, se rallièrent à l'Islam sans combattre, rejetant du même coup le christianisme et l'empire. D'autres, si elles montrèrent plus de loyalisme, ne surent pas persévérer : le phylarque Djaballah ibn Aïham, par exemple, n'échappa au désastre du larmouk que pour se déclarer mahométan, et il le fût resté avec toute sa famille toujours sans les affronts subis à la Mecque. Cette sympathie des antichalcédoniens pour les Musulmans, cette facilité chez les Arabes monophysites à prendre la religion du conquérant ne pouvaient que faire pencher les faveurs du nouveau régime du côté jacobite.
Il en fut ainsi en effet. Sous les premiers caliies, l'Eglise jacobite n'eut à supporter aucune persécution particulière. Ses fidèles évidemment n'évitèrent pas les communes souffrances, les communes humi-