‹ L'Église catholique au Canada [microforme]Chapitre 4 sur 38 · I. — Régime français · texte numérisé non relu

I. — Régime français

Quoique, depuis longtemps déjà, des prêtres eus- «ent accompagné les navigateurs sur nos côtes ces à IWe 1615 que l'on fixe la date officieUe de la fondation de l'Église de la Nouvelle-France. A^ors seukment. en effet, les Récollets, munis de pouvoirs réguliers de Rome et de Paris, s'établirent en permanence à Québec. Peu de temps après eux, 1625 arrivèrent les Jésuites. Lorsque, par le tr«2ti de St-Germain. 1632. la colonie, occupée depuis trois ans par les Anglais, nous fut rendue, les Jés^! tes seuls y rentrèrent.

Ce n'est point ici le Ueu de raconter les actions de ces hommes apostoliques et le martyre de plu-

émules en Acadie et à Montréal ; il suffit de cons-

Ïtr/"p. r ""^^-'^^ ^^ P^'^^' "^ évêque à la «eltir n«««ante ne tarda pas à se faire

La Providence, qui destinait ce pays à de grande choses, lui donna pour premier chef un homme

In^ il K •' ^"'"'°" ^" Montmorency-Laval, doni nous célébrions naguère avec tant d'éclat le deuxième centenaire.

Nommé Vicaire Apostolique de la Nouvelle- France le 3 juin 1658. il ne tarda pas à devenir 16 octobre 1674. évêque titulaire de Québec

Son diocèse comprenait tous les pays sur lesquels la France avait alors des droits ou des prétentions : le Canada, le bassin du Mississipi jusqu'en Louisiane, et les régions de l'Ouest jusqu'à l'Océan Pacifique et au Mexique. La révolution américaine le réduisit plus tard au territoire canadien. Mais ces immenses régions n'étaient peuplées que de quelques tribus sauvages.

Les Européens étaient encore peu nombreux sur les bords du Saint-Laurent. Les recensements nous apprennent qu'on n'y comptait, en 1663, <»> que 2,500 âmes. Lorsque, en 1688, le vieil évèque accablé de fatigues prit sa retraite, la population s'élevait à 11,562 habitants. A la mort de Mgr de St-Vallier, son successeur, 1727, le diocèse de Québec comprenait tout au plus 36,000 fidèles, dont 5 ou 6,000 en Acadie. Enfin, le recensement de 1766, opéré cinq ans après la conquête, n'indique pour l'actuelle Province de Québec que 69,810 âmes, auxquelles il convient d'ajouter près de dix mille Acadiens ; soit un total approximatif de 80,000 colons français.

A partir de cette époque, l'émigration de France au Canada, qui n'avait jamais été active, cessa complètement. Si notre race a survécu à ses malheurs et a merveilleusement grandi, c'est uniquement à la fécondité de nos familles chrétiennes et à la protection divine qu'elle le doit.

Observons que dans les chiffres que nous venons de donner ne sont probablement pas compris quel-

(l) Recensement du Canada 1870-71, Presque toua les chiffres donnas dans le premier chapitre de ce Précis historique sont tirés de ce document.

ques milHers de sauvages Hurons, Iroquois, Abénaquis. Micmacs. aUiés des Français et chréUens, que nous retrouvons encore aujourd'hui parmi nous dans leurs réserves, sans que leur nombre ait notablement changé.

n. — Domination britannique

Personne n'ignore par quelles anxiétés passèrent nos pères aux jours sombres de la défaite, et par quel désespoir, lorsque le traité de Paris. 1763, consacrant définitivement la conquête, brisa les derniers hens qui les unissaient à la France. Ils avaient tout sujet de craindre pour leur religion et leur nationa- Uté. Le vénérable Mgr de Pontbriand était mort de chagnn. 1760. Son successeur. Mgr Briand. sollicitait vainement de la cour de Londres la permission de se faire sacrer ; ce ne fut qu'en 1766 qu'il I obtint. Le clergé diminuait chaque année et ne se recrutait qu'avec peine.

Pour éviter le renouvellement d'une semblable crise. Mgr Briand, de concert avec Rome, prit le parti de se choisir et de sacrer lui-même un coadjuteur avec future succession ; sage mesure que ses successeurs continuèrent de prendre après lui. aussi longtemps que la liberté religieuse ne fut point assurée.

Mais Dieu, qui tire le bien du mal. voulut que le changement de régime, d'abord si gros de menaces pour notre Église, tournât finalement à son salut. Lorsque l'insurrection des colonies américaines éclata, 1775, le cabinet anglais comprit que lumque moyen de maintenir sa domination sur les nves du Saint-Laurent était de nous enlever

tout sujet de plainte, en nous garantissant la conservation de notre religion, de notre langue et de nos lois.

Puis, que serions-nous devenus quelques années plus tard, lors de la Révolution de 93. si le Canada eût encore appartenu à la France ? La religion y eût été anéantie, sans doute, ou cruellement persécutée Le changement d'allégeance nous préserva d'un tel malheur. Il fit même tourner à notre profit .es maux de la mère-patrie. Au moment où nous manquions de prêtres, l'évêque de Québec eut la joie d offrir un asile à quarante-cinq ecclésiastiques émigrés, hommes de mérite et de vertu, dont la mémoire est demei... en bénédiction parmi nous. Si le sort nous fu.. après tout, clément et même favorable, il serait d'un mauvais cœur de ne mentionner point les malheurs et l'héroïsme de nos frères d Acadie.

Lorsque, par le traité d'Ltrecht, 1713, la France céda a la Grande-Bretagne l'Acadie, nos compatriotes qui 1 habitaient n'étaient qu'une poignée de gens, deux mille, à peine. Mais ils durent à leurs vertus de mériter la bénédiction des patriarches.

}If} f ***'*''' '^P' ™'"«' «" 1749 seize mille, en 1755 plus de dix-huit mille, et leurs colonies, s étendant de proche en proche, au delà des frontieres de la Nouvelle- Ecosse, envahissaient le Nonveau-Brunswick. l'île du Cap Breton, celle du Prince- Ji-douard. Une aussi merveilleuse prospérité parut

insupportable aux Anglais et aux coloniaux Boston-

nais, ennemis fanatiques de la France et de l'Église •

et la ruine des Acadiens fut décidée.

En 1755, l'odieux gouverneur Lawrence, mettant

le comble aux maux qu'on avait déjà fait subir aux

pauvres Acadiens. et comptant sur l'approbation au mo.ns tacte de l'Angleterre, fit saisir en pleine paix et arracher de leurs foyers six mille paysans qu'on jeta sur toutes les côtes américaines, "^ù la plupart pénrent de misère. Trois ans après, les Franctb furent déportés du Cap Breton. En 1763. ce fu" aux habitants de lîle du Prince-Êdouard de subi

tons ,..^ ^' Z ^**''^"' ^"* défrichaient les can- Chasses, et n eurent d'autre ressource que de s'enfuir dans les forêts de la Madawaska. On comprend

flécha; *r/V""P^' '"^ P«P"'««- franc,ife ait fléchi, du chiffre de 18.500 âmes qu'elle comptait en

iébris d'un • .'''"'' '" ''''' '' ^"« '- malheureux débris d une colonie prospère, errant dans les forêts et sur ,e, eôtes. soient tombes à l'état d'ilotes, mé- Wres^"" '-'^^-*- <>"^ «'-P-^-t de

Ca^adr'*"''''"'"' d'émigration anglo-saxonne au Canada commença par les Provinces Maritimes in l ' '*^ Cornwallis. gouverneur de la Nou-

coitL:^;t''^" '^"'"^^•"^ ^^^^'^^«^ -— * 'a

fidèlP /''*'* ^T^ \^ "^"^ *** Loyalistes aux colons fidèles qui. pendant la guerre d'indépendance, avaien pns part, pour l'Angleterre contre les America"

Trahis par la fortune et persécutés par les Républicains victorieux, beaucoup d'entre eux se retirèrent au Canada, où ils furent accueillis avec les égards que méritaient leurs malheurs. Le Gouvernement favorisa de toutes les manières leur établissement. L'argent, les vivres, les instruments aratoires et les terres leur furent libéralement distribués, ainsi qu'à tous les membres de leurs familles. Après le traité de Paris, où la paix fut signée, 1783, les Loyalistes affluèrent en plus grand nombre ; si bien qu'on en compta bientôt vingt mille dans les Provinces Maritimes, dix mille dans les Cantons de l'Est de la Province de Québec,' et dix mille dans l'Ontario, sur les bords du St-Laurent et des grands Lacs.

De cette époque date la colonisation de la belle province d'Ontario qui devait, en moins de cinquante ans, dépasser par le nombre de ses habitants la vieille province française de Québec.

Tous ces émigrants des îles britanniques, cependant, n'étaient pas protestants. A partir de 1784, des Ecossais catholiques s'établirent dans l'île du Prince-Edouard et la Nouvelle-Ecosse, et aussi dans les comtés de Storraont et de Glengarry, en Ontario.

Les Irlandais arrivèrent en masse à partir de

Le Canada comptait, en 1806-1807, 430,000 habitants, distribués comme suit :

Popul. totale

Québec 250,000

Ontario 70.000

Prov. Maritimes 110,000

Catholiques

Observons que les chiffres ci-dessus n'ont qu'une valeur approximative, du moins, ceux relatifs aux catholiques, que nous avons établis nous-mêmes avec beaucoup de soin.

Quoiqu'il en soit, l'on en peut inférer que, vu les progrès rapides de la colonisation, il était grand temps de songer à diviser le diocèse de Québec, dont la superficie égalait celle de l'Europe entière.

Mais comment procéder à une division si nécessaire sans le consentement d'un gouvernement ombrageux et hostile ?

Dès l'année 1789, Mgr Hubert avait entretenu le Saint-Siège de cette difficile affaire ; et l'on avait conclu que l'unique moyen de pourvoir aux besoins actuels, sans provoquer d'opposition, serait la nomination de quatre auxiliaires, revêtus du caractère épiscopal, qui administreraient, sous la juridiction de l'évêque de Québec, les districts éloignés que ce dernier ne pouvait facilement visiter en personne Il était réservé à Mgr Plessis de mener à bonne fan 1 exécution de l'entreprise. Ce prélat s'était concilié par ses qualités éminentes l'estime de la cour de Londres. Il évita, pour ne point éveiller de soupçons, de porter le titre d'archevêque qui lui avait été conféré, et réussit ainsi, par son tact et sa prudence, à obtenir de lord Bathurst l'approbation, sinon expresse du moins tacite, de ses plans En conséquence, dès 1818. Mgr Burke fut nommé Vicaire Apostolique de la Nouvelle- Ecosse. D'autres nominations d'évêques auxiliaires suivirent de près : Mgr McEachern à Charlottetown, Mgr McDonell à Kingston. 1819, Mgr Lartigue à Montréal, 1820, et Mgr Provencher dans les missions du Nord-Ouest, 1822.

Tel fut l'acte d'immense portée pour le présent et pour l'avenir qui consacra définitivement la liberté de l'Église canadienne, liberté que le gouvernement britannique a toujours noblement respectée. Désormais les cadres hiérarchiques allaient avoir la puissance et l'élasticité nécessaires à toutes les éventualités et à tous les progrès.

C'est qu'en effet, à partir de 1830, le nombre des émigrants anglo-saxons alla toujours croissant. Les Canadiens-Français, de leur côté, qui, jusqu'à cette époque, s'étaient retranchés et fortifiés dans leur Province, sur les bords de leur grand fleuve, commencèrent dans l'Ontario ce travail d'invasion ou plutôt de lente infiltration qui s'est poursuivi sans relâche jusqu'à nos jours.

Les recensements que nous possédons sur cette période de notre histoire sont peu satisfaisants. Chaque colonie les opérait sans régies fixes, et les Provinces Maritimes, effrayées, peut-être, de la résurrection des Acadiens, ne faisaient mention ni des religions ni des races.

Nous les donnons tels quels :

Années Provinces Pop. totale Catholiques Fnnfiuse

1844 Québec 697.084 572.439 524.244

ltW8-40-41 Prov. Mantimes.... 265,779

1843 Nord-Ouest 5,144

Totel 1.455,059

lî lecteur remarquera, sans doute, qu'il est fait dans ces statistiques mention, pour la première fois, du Nord-Ouest. Hâtons-nous de l'avertir que les sauvages qui peuplaient ces territoires, au nombre de 70,000 environ, ne furent point recensés.

La colonisation de l'OnUrio rendit bientôt néces- .aire la création de deux nouveaux siège» épiscopaux : celui de Toronto. 1841. et celui de Bytown, actuellement Ottawa. 1847. Les temps marchaient. I Eglise «organisait; de tous côtés les paroisses se formaient, les écoles cathoUques. les collèges sortaient du sol. les communautés religieuses commençaient à se multiplier. Parmi ces dernières il convient de mentionner les Oblats. qui. appelés au Canada par 1 évêque de Montréal. Mgr Bourget.

O^elt*"'*" ^ ^^ '°"*^*' '*' *«•"*' **" Nord-

Me ^tionnons ici quelques dates importantes dans notre histoire religieuse :

Le 13 juillet 1844. le Saint-Siège érigea Québec en métropole de la première Province ecclésiastique du Canada, laquelle comprenait tout le pays, sauf les Provinces Maritimes. Le 6 janvier 1851. fut convoqué le premier concile de la dite Province ; et 1 année suivante. 1852. l'Université Laval, la première Université catholique de l'Amérique du Nord, fut fondée.

Le recensement de 1861 nous renseigne sur les accroissements de l'ËgUse canadienne.

Pop. totale Catholiques Française

NouveUe-Êcosse 330,357 86.281

Nouveau-Brunswick 252.047 85.238

Ile du Pnnce-Édouard 80,857 35.852

Comme on le voit, il n'est point fait, ici, mention du Nord-Oueat.

Une seconde remarque s'impose : c'est l'augmentation de la population catholique de langue anglaise dont le nombre, dans nos deux principales provinces de Québec et d'Ontario, s'est élevé de 100,000 qu'il était en 1844, i 320,000 en 1861. Les Irlandais, chassés de leur pays par la famine, avaient trouvé sur nos rivages le plus fraternel accueil.

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