CONVERSION DE NEWMAN
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Le 10 juin 1833, Newman rentre en Angleterre et y retrouve ses deux amis Hurell Froude et Keble, très préoccupés d’événements récents.
L'état venait de supprimer en Irlande plusieurs évêchés anglicans sans ouailles et entrait dans son rôle de protecteur de tous ses sujets catholiques et protestants ; mais pour les anglicans ardents, c'était une trahison.
L’'apostasie nationale ! tel fut le titre d’un sermon retentissant prêché par Keble.Ce sermon fit époque, car il fut le signal du mouvement d'Oxford.
Le 9 septembre 1833, Newman inaugura la campagne de tracts qui devait faire connaître
l'œuvre de la nouvelle École : La Réforme de
l’église anglicane.
Le premier tract était un appel au clergé
pour l’inviter à sortir de sa léthargie : sa mis-
sion lui venait de Dieu et non de l’État, c'était un don de Dieu, transmis aux évêques par les apôtres.
D'autres tracts suivirent rapidement, vifs, courts, entraînants, portés par toute l’Angleterre, par le style merveilleux de Newman et par un accent de conviction qu’on ne connaissait plus. Le retentissement en fut immense:
une pétition adressée aux deux Chambres dans le sens des tracts, réunit 8.000 noms de clergymen et 220.000 noms de pères de famille.
Les évêques anglicans, surpris par une controverse qu'ils n’avaient pas prévue, semblaient décontenancés.
Cependant chaque dimanche, Newman continuait ses sermons devant l’Université. Le génie de l'orateur, qui se révélait à chaque pas par des vues neuves et de grands traits de feu, sa piété sans apprêls, sa conviction, son style incomparable subjuguaient ses auditeurs. Sir Thomas Doyle (Reminicences), un de ses auditeurs, dit qu'il magnétisait son auditoire. Ward ne voulait pas aller à ces conférences : un jour il y alla par curiosité, et s’en revint dompté et rivé au nouveau parti.
Hutton, le critique du Spectator, écrit : Ces sermons m'ont toujours fasciné, et si je devais passer quelque temps en prison et qu’on me permit de choisir mon compagnon, ce sont ces volumes que je choisirais (1).
Résumons à l’aide de l'A pologia de Newman les idées et les sentiments de la jeune école d'Oxford, au moment où elle descend dans
(1) HuTrtow, Cardinal Newman.
l’arène. « Nous avions, dit Newman, la plus entière confiance dans la justice de notre cause. N’étions-nous pas les apôtres de ce christianisme primitif, qu'avaient enseigné puis transmis aux âges futurs les premiers Pères ? Ce christianisme, que nous avaient transmis comme témoins irrécusables les formulaires de l’église anglicane et ses théologiens de marque? Sans doute, sous l'influence des vicissitudes politiques de deux cents ans, cette ancienne religion était presque morte en Angleterre ; mais il fallait la ranimer. Ce serait une seconde réforme, infiniment préférable à celle du xvi° siècle.
« À l’œuvre donc ! il n’y avait pas une heure à perdre, car déjà les whigs supprimaient les évêchés, confisquaient les bénéfices etse proposaient de faire asseoir leurs créatures sur les sièges épiscopaux. Nous étions tous jeunes, il est vrai, mais assez bien préparés pourtant pour cette œuvre, et d’ailleurs nous étions seuls à pouvoir prendre la parole ».
« Notre religion, continue Newman, n’était pas une religion de sentiment; cette religionlà n’a jamais été pour moi qu’un rêve et une mauvaise plaisanterie : c'est lPamour filial, sans père, la prière sans Être suprême.
« J’admettais donc une série de dogmes définis et assis sur le roc de l’église visible, pourvue de sacrements et de rites, qui lui fussent les canaux de la grâce surnaturelle :
j'admettais l’épiscopat comme institution divine et je puis dire qu’alors mon évêque était vraiment le Pape pour moi.
« J’avais grandi dans l’idée que le Pape était l'Antechrist, ou du moins qu’il avait quelquesuns des traits de l’Antechrist. Ce préjugé fortement ébranlé par Hurell Froude, fit place à une impression dont je ne pouvais me défendre et qui résistait à tous mes raisonnements.
J’admirais avec Froude les grands papes du moyen âge : je savais gré à Rome de son immuabilité doctrinale sur beaucoup de points de l’enseignement primitif; mais, c'était pour moi chose évidente, sa manière d’entendre le culte des saints et de la sainte Vierge, et sa doctrine de la suprématie pontificale étaient inadmissibles ; et plus j'avançais moi-même dans la dévotion à Marie et aux saints, plus j'en voulais à Rome de sa manière de la pratiquer, comme si ces créatures célestes eussent dû souffrir de ce que j'appelais les grands abus de Rome.
« J’écrivais en 1834 :
« Considérant les dons éminents et les « titres de l'Église Romaine et ses droits à « notre admiration et à notre reconnaissance, « comment pourrions-nous nous résoudre à « lui résister, à ne pas fondre en larmes de « tendresse à sa vue et à ne pas nous jeter « dans ses bras, si la vérité elle-même ne « nous avertissait de nous raidir contre des
« maîtres même établis par Dieu et si S. Paul « ne nous apprenait à anathématiser des « anges, dès qu'ils nous apportaient une doc- « trine nouvelle ».
« Nous éprouvions alors à l’égard de Rome ce qu'éprouverait un ami, que sa Conscience obligerait à déposer en justice contre son ami ».
Dansson plan de réforme, Newman prenait pour point de départ l'Antiquité. Les documents primitifs à la main, il rétablissait dans toute leur pureté les notions du Verbe incarné, de l'Église, du sacrifice, de l'Eucharistie, du sacerdoce, de la communion, de l’invocation des saints, de la dévotion à la Sainte Vierge — de la prière pour les morts.
Mais, au premier énoncé de ces doctrines, un cri sortait de toutes les bouches : Ceci, ce n'est pas l’église anglicane, mais l’église Romaine ! Vous nous ramenez à Rome !
« Ce n’est pas l’église anglicane, ripostait Newman, si vous la considérez dans son état actuel de déchéance et d'abus : mais c’est bien au contraire l’église anglicane, telle qu’elle devrait être, à prendre à la lettre ses formulaires, ses trente-neuf articles et ses homélies, tous documents officiels rédigés exprès pour fixer sa doctrine et pour en témoigner. C’est l’église anglicane, étudiée dans ses grands théologiens, les Bramhall, les Andrewes, les Hook, les Hammond et les Bull. Ces docu-
ments, ajoutait Newman, étaient des épées à deux tranchants, et si les protestants les invoquaient, n’avais-je pas aussi bien qu'eux le droit de parler haut et ferme? Entre eux et moi ce serait toujours un rendu pour un prêté ».
Abordant alors le second reproche : Vous nous conduisez à Rome ! Newman répondait:
« Je vous ramène à l’église primitive et non à Rome, car, pas plus que l’église anglicane, l’église romaine n’a gardé intact le dépôt primitif ; elle ne l’a pas jeté par-dessus bord, mais elle y a ajouté la suprématie pontificale, la Mariolâtrie, la superstition dans le culte des saints ».
À ce moment de la discussion, un coup de théâtre se produisit : ce fut l'intervention de Wiseman.
Vous êtes de grands savants, leur disait-il, et vous savez les documents primitifs par cœur; mais comment alors, à côté des dogmes que vous avez retrouvés et remis en honneur, n’avez-vous pas vu la suprématie et l’infaillibilité du Pape !
Elles n’y étaient pas, répondait Newman, car elles ont poussé sur le vieux tronc de l'Église comme des plantes parasites.
Elles n’y étaient pas, reprenait Wiseman, dans le grand développement que vous leur voyez aujourd’hui; cela se comprend, les cent premiers papes d’une église toujours en fusion sous les coups des tyrans et des invasions
n'avaient guère le loisir d'exercer leurs prérogatives : mais le germe, la substance de ces mêmes prérogatives sont dans l'Évangile et dans les premières traditions. Les traits de l’homme fait ne sont pas les traits de l’enfant et cependant dans l’homme on reconnaît lenfant.
Newman ne répondit pas, mais la comparaison le frappa : la preuve c’est qu’elle reparut dans son traité du développement de la doctrine, qu’il écrivait alors.
Newman, appuyé sur l'antiquité comme critérium de la vérité, disait aux catholiques : Nous autres anglicans, je l’avoue, nous nous sommes écartés de l'antiquité, mais vous aussi.
L'Église catholique répondait : L'antiquité n'est pas le seul critérium de la vérité :1l faut y ajouter la catholicité ou le sentiment universel des docteurs de l’Église, et ce critérium-là, c'est l'antiquité qui nous le donne. Vous reprochez à l'Église romaine des croyances et des pratiques, que vous ne voyez pas dans l’antiquité : elles y sont, mais en germe, et la catholicité les a approuvées. En face de cette grande voix de l’unité catholique, que vaut celle de l’église anglicane réduite à elle-même ? Au fond, votre système, c'est l’antiquité expliquée par vous ; le nôtre, c’est l’antiquité expliquée par la parole vivante de l'Église universelle.
« Gette idée, reprend Newman, qu’en isolant cet argument tiré de l'antiquité et en en forçant le sens, nous nous faisions juges de la doctrine, me laissa dès lors un doute sur la valeur de ma théorie ».
« Aux grandes vacances de 1839, j'étais resté deux ans sans revenir sur cette controverse : à la mi-juin je me mis à étudier sérieusement Tlhistoire des Eutychiens et ce fut pendant cette étude, du 10 juin au 30 août, qu’un doute me traversa l'esprit sur la solidité de la thèse anglicane. Le 30 juin, je fis part à un ami de l'intérêt que cette étude avait pour moi et le 30 août, j'étais tout bouleversé. Qu'’était-il advenu ?
Je m'étais jusque-là cantonné dans lantiquité comme critérium; or, ici, au v° siècle, J'apercevais comme un reflet du xvi° et du xix° siècles. Je me reconnus dans ce miroir : j'étais un Eutychien du v° siècle : l’église de la via media, telle que je la concevais, c'élait l’église orientale ; Rome était maintenant ce qu’elle était alors et les protestants d'aujourd'hui, c’étaient les Eutychiens. Qui aurait cru cela, que dans toute l’histoire ecclésiastique, j'irais choisir l’histoire d’Eutychès, ce vieux fou, delirus senex, comme l’appelle Petau, et les extravagances de Dioscore, pour me convertir aux idées Romaines !
Le ve siècle projetait son ombre sur le xvi° et sur le xix° siècle et des eaux troublées du
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vieux monde semblait sortir un spectre habillé à la moderne ».
« L'Église romaine était alors comme aujourd’hui sérieuse, catégorique, résolue et intolérante pour toute doctrine autre que la sienne. Quant aux hérétiques, on les voyait changeants, amis des faux-fuyants, trompeurs, grands courtisans du pouvoir civil et n'ayant d'autre unité que celle que leur prétait son appui. Pour le pouvoir civil, il essayait sans cesse de nouveaux compromis, écartait le surnaturel, et au lieu de défendre la foi, ne cherchait que des expédients ».
« À quoi bon, me disais-je, continuer cette polémique et défendre mon parti, si je n’aboutis qu’à forger des armes à l’usage d’Arius et d'Eutychès et à jouer le rôle d’avocat du diable contre le très doux Athanase et contre le majestueux Léon ? Oh ! non, c’est aux saints que j'ai voué mon âme ! Eh ! quoi, vais-je donc m'inscrire en faux contre eux ?
Ah ! que plutôt ma main se paralyse et se dessèche comme il arriva au malheureux qui menaça d’un geste le prophète de Dieu. Ah!
disons plutôt anathème à toute la tribu des Cranmer, des Ridley, des Latimer et des Jewel et que plutôt périssent et disparaissent de la face de la Terre les noms et la mémoire des Bramhall, des Hook et {utti quank, des Taylor, des Colingfleet et des Barrow, tandis que la vénération et lamour me Jetteront
aux pieds de mes saints docteurs, dont le souvenir ne me quitte jamais, et dont les paroles retentissent à mes oreilles comme une harmonie sublime ! »
« J'avais à peine terminé ces leclures émouvantes, que des amis beaucoup plus romains que moi m'envoyèrent un numéro de la Dublin Review du mois d'août, qui contenait un un article du D' Wiseman, intitulé « Les prélentions anglicanes ».
« Le D'y parlait du schisme des Donatistes, qui étaient pour lui les anglicans de ce temps-là.
« Je lus l’article et n’y vis rien de bien nouveau. Les Donatistes créant un schisme dans l’église d'Afrique et les catholiques africains me semblaient être les deux prétendants rivaux d’un même siège et non deux églises distinctes comme celles de Rome et des Eutychiens.
« Mais mon ami me fit alors remarquer ce que dit S. Augustin des Donatistes, qui se disaient catholiques en dépit de l’Église universelle : le jugement du monde entier les condamne sans appel : securus judical orbis lerrarum.
« Ces mots, pour sûr, avaient une portée qui m'avait échappé, ils s’appliquaient aux Eutychiens comme aux Donatistes, et invoquaient pour trancher la question une règle plus simple que celle de l'antiquité. Et d’ail-
leurs qu'était cette antiquité sans Augustin ? Si donc, dans sa personne, l'antiquité décidait contre elle-même et déclarait qu'elle ne suffit pas comme règle de foi, et qu'il fallait y ajouter le consentement de l'Église universelle, quelle lumière cela ne jetait-il pas sur toutes les controverses ecclésiastiques ? Sans doute, des multitudes de fidèles et de prêtres pouvaient errer, comme on le vit pendant cet ouragan qui s’appela l’Arianisme, alors que d'innombrables sièges furent emportés par la fureur du vent, et que les autres ne furent maintenus que par la grande voix de Léon ; mais le jugement longuement mûri qu'adopta enfin l'Église universelle finit par écarter infailliblement l'erreur et condamna les réfractaires en dernier ressort.
« Qui peut analyser ses impressions ! Cette petite phrase de S. Augustin me remuait avec une puissance que je n'avais jamais connue à de simples paroles. C'était comme le colle! lege ! de l’enfant, qui avait converti le grand Docteur. Par ces quatre mots d’un représentant de l’antiquité, ma théorie de la via media se trouvait à jamais pulvérisée.
« Les nouveaux horizons qui s’ouvraient devant moi, me tinrent en éveil: je faisais alors une tournée de visites et je parlai de mon état d’âme à quelques amis. Puis, le calme se fit et l'impression s’atténua. Désormais mon devoir était de me rendre compte de la portée
de cette découverte et des obligations qu’elle m'imposail. Je n’en pouvais douter; j'avais eu comme une révélation : une main m'était apparue écrivant sur le mur des caractères mystérieux ; j'avais appris sur l’Église des choses que j'ignorais.
« Celui qui a eu la visite d’un esprit, ne sera jamais plus le même homme. Le ciel m'avait envoyé un rayon de lumière, la pensée m'a-, vait traversé l'esprit: Rome après tout aura le dernier mol, puis s'étail évanouie, — Quant à mes anciennes convictions elles élaient, du moins je le croyais, restées immuables.
« Comment décrire les pensées, les conclusions, les modifications dans mes croyances et dans ma conduite auxquelles je fus amené par cette visite de l'esprit ! Il me semble que je retrouve en moi à cette époque ainsi que dans ce que j'écrivais en 1833, comme un pressentiment que je marchais vers la lumière, que, si je n'avais pas encore trouvé le repos de l'intelligence, j'étais conduit par la main de Dieu comme un aveugle, sans savoir où il me menait.
« Quoi qu'il en soit el si vifs qu'aient été ces pressentiments, ils n’atténuèrent en rien le découragement et le dégoût qui s’emparèrent de moi à la suite du doute affreux dont j'ai retracé l’histoire.
« Une question dominait tout : qu’allais-je
faire ? Ici personne ne pouvait m'aider et je devais prendre mon parti par moi-même... Je résolus que je le prendrais, guidé par ma raison seule, sans laisser parler l'imagination. Ce fut cette austère résolution qui retarda ma conversion. Ce doute d’ailleurs venait-il bien d’en haut? et pourquoi pas de l'Enfer? Le temps seul pourrait éclaircir ce mystère. En attendant, j’obéirais aux convictions déjà anciennes qui m’avaient guidé jusque-là et je ne permettrais aux nouvelles idées de modifier mon attitude, que si la logique m'y obligeait. Si elles venaient du ciel, elles reviendraient sûrement et cette fois plus nettes, plus positives et appuyées de preuves péremptoires.
Je me rappelai l'exemple de Samuel avant qu'il eût reconnu la voix de Dieu; el je fis comme lui, je m'endormis, ou plutôt je laissai dormir la question.
« Mais déjà, bon gré, mal gré, la force logique des choses se faisait sentir ; c'en était fait de la via media entre protestants et catholiques : elle succombait sous les coups de S. Léon. A moins de devenir Eutychien, je ne pouvais plus soutenir les prétentions de l’église anglicane. Je retombai sur mes trois points de départ: les dogmes fondamentaux, les sacrements et mes griefs contre l’église Romaine. Les deux premiers points étaient infiniment plus à l'abri dans l’église Romaine que dans l’église anglicane: je n'avais donc
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plus, pour excuser mon attitude d’anglican, que mes griefs contre le Pape ».
Mais depuis 1833, sous les arguments irrésistibles d'Hurrell Froude, ces griefs étaient devenus affaire d'imagination et de sentiment plus que de raison. « Et pourtant, ajoute Newman, comment se refaire soi-même! Ma raison- avait beau être convaincue, mes préjugés restaient, se réveillant parfois en accès fiévreux ».
« Dès lors, je ne pus me résoudre à blâmer des doctrines qui, je le sentais, pourraient devenir les miennes. Je soupçonnai que j'avais peut-être cru trop facilement les théologiens anglicans, sans vérifier leurs dires ; je leur en voulais de m'avoir trompé et de m'avoir amené à émettre des propositions inexactes et contredites par des faits certains.
« Cependant, je croyais encore avoir contre Rome des arguments péremptoires. J’escomptais la validité, des ordres et des sacrements de l'église anglicane, ainsi que sa succession apostolique. Son isolement ne me semblait pas une difficulté tout à fait insoluble et je ne voyais pas qu'elle eût admis des hérésies formelles. Je me disais : qui sait! peut-être un jour renaîtra-t-elle régénérée et s’unirat-elle à l'Église romaine, elle aussi débarrassée de ses abus et de ses exagérations doctrinales ! En attendant, je merejetais sur l’action morale et sociale de Rome que j’estimais blâmable :
car pour moi, l’église Romaine c'était O’ Connell uni aux whigs pour détruire l’église anglicane et soutenir le catholicisme par la violence et l'intrigue ».
En octobre 1839, Newman constata que l’article du D' Wiseman dans la Dublin Review faisait encore grand bruit à Oxford : pour en amortir l'effet, il essaya d'y répondre.
Si l’église anglicane n'avait pas la note de catholicité, elle en avait d’autres, elle était apostolique.
La grosse difficulté, c'étaient les 39 articles. Si l’église anglicane était apostolique, comment n’avait-elle plus les doctrines de l’église au premier siècle ? Voyez les 39 articles !
Justement, ripostait Newman, ces 39 articles, on ne les comprend pas. La doctrine apostolique s’y trouve, mais il faut le faire voir et c’est là pour la jeune école d’Oxford une question de vie ou de mort.
Newman le comprend et travaille avec ardeur à rédiger le tract 90, qui doit montrer à tous l’orthodoxie des formulaires anglicans. Mais à l’apparition du tract, l'orage qui s'amassait depuis longtemps sur la tête des nouveaux réformateurs, éclate avec une violence inouïe. L'église anglicane, dans la personne de ses évêques, rejette et maudit ces innovateurs : l’église anglicane est et restera protestante.
La suppression des tracts, et la retraite de
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Newman, qui se rend à Littlemore près d’'Oxford, sont les premières conséquences de cette tempête.
« Pendant l'été de 1841, reprend Newman, je me trouvais à Littlemore dans une grande paix, décidé à couper court à toute controverse et à terminer ma traduction d’Athanase.
« Mais de juillet à novembre, je reçus trois secousses qui me brisèrent.J’avais à peine repris mon travail, que mon inquiétude redoubla ; le spectre m'était apparu de nouveau. L’hérésie arienne m'offrait, mais plus accusé que l'hérésie eutychienne, le même phénomène. Cette pensée ne m'était pas venue à l’esprit en 1832, au début de ce travail; quelle chose étrange qu’elle vint frapper à ma porte, sans que je l’eusse provoquée, en pleine étude de questions métaphysiques !
«Quoi qu’il en soit, je vis clairement que les Ariens représentaient les protestants, les semi-ariens les anglicans et que Rome était alors ce qu’elle est maintenant : or Rome défendait la vérité. La vérité ne se trouvait donc pas dans ce juste milieu, que j'avais appelé la via media, mais dans l’un des partis extrêmes (1).
« Démonté par ce premier coup, j'en reçus un second : les uns après les autres, les évéques fondaient sur moi. «Si vous voulez faire
(1) Apologia, p. 139.
« de nos formulaires des formules catholi- « ques, disait l’un d’eux, soyez maudit ! »
« Bientôt, je reçus un troisième coup: de concert avec la Prusse luthérienne et athée, le Parlement anglais érigeait à Jérusalem un évêché anglican, qui ne pouvait avoir d’autre mission que de patronner toute espèce de cultes protestants et hérétiques, sans même leur demander comme condition préalable de renoncer à leurs erreurs.
« Ce troisième coup acheva de ruiner ma confiance en l’église anglicane. Elle me condamnait parce que j'avais découvert dans ses formulaires des doctrines catholiques, puis tout à coup elle se prostituait et s’abandonnait à des luthériens rationalistes et à des sectes orientales. Évidemment, je m'étais trompé :
l’église anglicane n’était pas une église apostolique : depuis le xvr° siècle, elle avait apostasié ».
«À partir de 1841, reprend Newman, j'étais, comme anglican, sur mon lit de mort. D'ordinaire, on n’écrit pas l’histoire d’une dernière maladie : c’est un déclin banal, mêlé de hauts et de bas, et, comme l'issue est fatale et prévue, en résumé peu intéressant. D'ailleurs, en pareil cas, on ferme les portes, on tire les rideaux et le malade a peu de goût à suivre les phases de sa maladie ».
Pendant que ce drame se déroulait dans
l'âme de Newman, ses principes popularisés par ses écrits et par ses disciples avaient un grand retentissement et lui suscitaient des partisans plus ardents que lui-même, moins attachés à l’anglicanisme, moins liés par leurs ‘antécédents et moins habitués à ne prendre une décision qu'après l’avoir envisagée sous toutes ses faces. Tels étaient Ward, Dalgairns, Oakeley et plusieurs autres.
Ces amis de la dernière heure étaient les plus avancés comme idées et commençaient à s'étonner de ce qui pouvait retenir Newman. Ne les avait-il lancés si avant que pour se dérober ?
Parmi les catholiques, des esprits étroits trouvaient que la jeune école mettait vraiment trop de temps à évoluer et l’accusaient de n'être ni franche ni loyale. Un doyen catholique laissa même un jour échapper le mot de trahison.
Wiseman en fut encore plus blessé que les futurs néophytes : Non, disait-il, vous vous méprenez ; ils valent mieux que cela. Ce sont des hommes d’une sincérité absolue et quant à leurs qualités, ils nous dépassent de cent coudées ; ils ont la science d’Augustin, l’éloquence d’Ambroise et la haute culture d'Athènes, toutes choses que nous, prêtres anglais, écrasés de besogne, nous ne pouvons atteindre. Croyez-moi, le jour où ils nous viendront, sera pour l'Angleterre catholique
un nouveau printemps, une résurrection (1).
Seules, la sœur de Newman et quelques amis intimes assistaient par correspondance au drame qui se poursuivait dans son âme.
— L'orage soulevé contre lui par le tract 90 commençait à lui ouvrir les yeux. Il n'était pas catholique, et l’église anglicane le repoussait. Et puis d’ailleurs, comment serait-elle catholique cette église, dont les formules interprétées par ses évêques, dans un sens contraire au sien, demeuraient une énigme ?
Le 18 septembre 1843, Newman se démit de son titre de vicar de Ste-Marie d'Oxford et le 22, il écrivit à sa sœur : Vous ne pouvez vous imaginer l'effet produit sur l'âme, quand cette conviction éclate et fond sur elle : Rome est la véritable église !
Le 23, Newman donne à Littlemore un sermon qu'il intitule ses adieux à l'église anglicane. Il y rappelle toutes les séparations dépeintes dans l'écriture, les larmes versées par Jésus sur l’ingrate Jérusalem, et termine par une apostrophe émouvante à cette église, que pendant tant d'années il regarda comme sa mère.
Le lendemain, il écrit à sa sœur : « Je me sens entraîné vers Rome: j'ai reçu de grands dons, de puissantes facultés, j'ai besoin d’un guide infaillible ! »
Mais en une affaire si grave, il ne faut pas
(1) Life of Cardinal Wiseman by Wilfrid Wanrp.
qu'on puisse dire ou penser que Newman a suivi l'impulsion du moment, car il mürira sa résolution pendant deux années entières. Seul avec quelques amis, il mène une vie de chartreux, puis étudie et jeûne jusqu'à cinq heures du soir en carême.
Même alors, l'opinion se préoccupe de lui; la presse annonce qu'il a passé à l'ennemi ; l’évêque d'Oxford lui demande s’il est vrai qu'il va fonder à Littlemore un monastère anglican, et des importuns frappent à sa porte et demandent à voir le monastère.
Ces indiscrétions malveillantes exaspèrent le pauvre solitaire et arrachent à son âme endolorie ce cri plaintif: « La bête relancée par le chasseur et blessée, se retire dans un fourré pour y mourir, et on la laisse en paix; eh bien ! alors, vous, laissez-moi ! Que vous ai-je fait pour que vous me traquiez ainsi ? »
« Au commencement de 1845, écrit Newman, j'avais commencé à rédiger mon essai sur le développement de la doctrine,et j'y travaillaï sans relâche, jusqu'au mois d'octobre. À mesure que j'avançais, mes dernières difficultés s'éclaircissaient au point que déjà j'écrivais carrément: les catholiques, au lieu de catholiques Romains, selon mon habitude : avant de mettre la dernière main à mon livre, mon parti était pris, je laissai l'ouvrage inachevé (1).
(1) Apologia, p. 234.
« Un de mes amis de Littlemore avait été reçu dans l’Église le jour de la Saint-Michel, chez les passionistes d’Aston, dont le P. Dominique était supérieur.Je savais que, vers les premiers jours d'octobre, le bon père passerait par Londres, pour aller en Belgique etje le fis prier de mettre Littlemore sur son itinéraire, pour me rendre le même service qu'à mon ami.
Le 8 octobre 1845, j'écrivis à beaucoup d'amis la lettre suivante :
« Littlemore, le 8 octobre 1845.
« Cette nuit, j'attends le père Dominique, « passioniste : ce père a été depuis sa jeu- « nesse préoccupé de la pensée des peuples « du nord, puis de l’Angleterre. Après trente « ans d'attente, il fut, sans démarche de sa « part, envoyé en Angleterre. Mais il a peu « d'occasions de convertir des anglais. Je l’ai « vu quelques minutes l’an dernier ; c’est un « saint homme très simple, et avec cela « doué de grands talents. Il ne sait rien de « mes intentions. Je compte lui demander de « m'admettre dans le bercail du Christ, le « seul vrai bercail » (1).
« J'ai tant à écrire que ceci suffira pour tous. Cette lettre ne partira pas, que tout ne soit fini. Il va sans dire qu’elle ne demande pas de réponse ».
(1) Apologia, p. 235.
200 L'ÉGLISE CATHOLIQUE AU xIX° SIÈCLE
Le 8 octobre au soir, par une pluie battante, ou plutôt par une vraie tempête, le père Dominique arrive. Newman se jette à ses genoux,
lui fait sa confession générale et, le lendemain, à la messe du père, fait son abjuration et reçoit la communion avec deux amis.
Oakeley, l’un des plus chers disciples de Newman, décrit ainsi cet événement historique.
« Ce fut un jour à jamais mémorable que celui du 8 octobre 1845. La pluie tombait à verse pour inaugurer les soirées d'automne et la chute des feuilles. Le vent soufflait par rafales intermittentes, comme un géant hors d’haleine ; les gens superstitieux auraient été tentés de dire que les éléments combattaient pour l’Anglicanisme et gémissaient à leur façon sur la défection de son grand champion. La cloche de Littlemore, agitée par le vent, semblait aussi pleurer. Le monastère était sombre et silencieux ; car, à la porte, une consigne impitoyable arrétait tout visiteur : le D' Newman ne reçoit pas ! Un voisin, hôte habituel de l’office du soir, reçut un billet qui le priait de rester chez lui pendant quelques jours. Plus tard, quelque chose transpira : on se racontait qu'un grand gentleman avait demandé le chemin de la maison : puis on sut que ce gentleman était un prêtre. Bientôt le voisin fut invité à revenir ; il constata de grands changements : on prononçait le latin à
la Romaine et on n’omettait plus les antiennes à la Sainte Vierge. Il n’en revenait pas et eût voulu avoir l'explication de ce mystère ; mais, après l’office du soir, le silence était de rigueur ».
Quelques jours plus tard, Newman alla à Oscott se jeter aux pieds de Mgr Wiseman, qui l'envoya à Rome recevoir les ordres sacrés.
«Depuis le jour où je suis devenu catholique, écrit Newman dans l’Apologia, j'ai toujours été en paix el content, et je n’ai jamais eu le moindre doute : je ne puis dire que j'aie senti s’accomplir en moi quelque grande évolution intellectuelle ; non, je n'ai trouvé en moi ni plus de foi à la révélation chrétienne, ni plus d’empire sur moi-même ni plus de ferveur; ce que j'ai éprouvé différait de tout cela. C'était le sentiment de celui qui arrive au port après une mauvaise mer. De là un bien-être qui ne s’est jamais démenti » (1).
Parlant de la conversion de Newman, Gladstone dit que c'était un événement dont les contemporains ne pouvaient pas mesurer la portée. En 1865, Disraeli déclarait que l’Angleterre élait encore ébranlée par cette rupture de Newman avec son église.
Les faits ont confirmé la prophétie. Depuis cinquante-huit ans, des anglicans par centaines de mille ont fait leur soumission à
(1) Apologia, p. 238.
l'Église Romaine, amenés par le mouvement d'Oxford. Des travaux très étudiés comme ceux du P. Morris dans le Month et du P.
Sidney Smith dans les Études, ont évalué le chiffre de ces conversions de 15 000 à 7 000 par an. En prenant une moyenne de 10 000 par an, nous aurions dans les classes élevées
près de 600 000 retours depuis soixante ans,
et dans ce nombre il faut comprendre 550 clergymen, 250 avocats et médecins, 100 amiraux et généraux.
Quel intérêt pouvaient avoir ces hommes du monde à faire une démarche aussi discutée dans leur entourage, à briser avec des amis intimes, avec leur famille ?
Quel intérêt encore une fois pouvait engager ces 590 ecclésiastiques, la plupart mariés, à quitter une position faite, honorable, aisée, pour s’ensevelir dans la gêne et souvent dans la misère, loin de leurs familles et de leurs amis ?
Ils ont examiné les litres de leur église, et ne les ont pas trouvés en règle. Ils ont longuement, mûrement étudié ceux de l’Église catholique, et l’évidence de ses droits, le cri de leur conscience, l’action de la grâce les ont forcés bon gré mal gré de prendre une décision, qui consternait leurs amis et bouleversait leur existence jusque-là si brillante. Évidemment, naturellement, ces choses-là sont inexplicables.
Qui obligeait ces fils aînés de se déclarer à l'encontre des sentiments paternels et de s’exposer de gaieté de cœur à être déshérités ?
Qui poussait ces jeunes filles du grand monde, ces héritières de grande fortune, à braver la colère de leurs parents, à se faire jeter dans la rue sans ressource et sans lendemain ?
C'était la vérité qui parlait, qui exigeait et la grâce de Dieu qui les consolait de tout. On les a vues, on les voit encore par centaines, tout quitter, tout fouler aux pieds pour rester fidèles au Christ, qui les appelle à son Église. C'est un spectacle unique en ce siècle !
Dans d’autres sphères, par centaines aussi, des mondains, des débauchés, des âmes perdues de vices, sont venues frapper à la porte de l'Église catholique et ont trouvé en elle ce qu’elle seule possède, ce que ni le monde ni l'église anglicane ne pouvaient leur donner, le secret de la régénération et de la transformation morale.
Ceux qui veulent voir des miracles, n’ont qu'à ouvrir les yeux; en voilà par milliers, tous les ans, plus merveilleux que la cure des maladies les plus désespérées.
Ainsi, dans le cours de ce siècle sensuel et sceptique, le Seigneur Jésus attestait-il sa puissance sur les âmes.
Cette puissance, il la fait sentir encore par la manière mystérieuse et suave dont il prépare sans bruit ces prodiges de transformation.
Ces hommes sincères mais abusés qui jouent au prêtre, ces ministres de la haute église, qui popularisent le goût des rites catholiques, alors même qu'ils n’y apercevraient que des formes éphémères ; ces ritualistes plus sérieux, qui rêvent de rétablir l’ordre primitif du christianisme, ces historiens, qui propagent le goût des antiquités primitives et, qui refont sur pièces authentiques l’histoire de la Réforme, pour la livrer à la risée et à l'exécration des savants, que font-ils sinon rendre possible et préparer le retour des âmes à l’unité ?(1)
Eh ! bien, soyons sûrs que ce mouvement si bien inauguré ne s’arrêtera pas 1à. Fruit de la prière, de la grâce et de l'étude, il se propagera, parce que ses causes, la grâce et les idées, ne se laissent jamais enchaïîner.
Dieu se laissera toucher par les prières et : les larmes de tous les saints et martyrs de l'Angleterre ; par les supplications de tous les saints qui dans toute l'Église, ont demandé la conversion du peuple anglais; par les sacrifices offerts à la même intention au commencement de ce siècle, par plus de 20 000 prétres français émigrés ; par les prières de 13 000
(1) Dans bien des cas, les fils de ces hommes distingués ont tiré la conséquence pratique devant laquelle leur père avait reculé et sont devenus catholiques. M. Benson, le fils de l'Archevèque de Cantorbéry de ce nom, vient d'entrer dans l'Eglise. — Le fils de l'historien
Brewez est un catholique fervent. Ce fait s’est répété cent fois.
membres de Votre Dame du rachat (our Lady of Ransom); par les 2 500 messes qu'offrent à cette intention chaque année les 768 prêtres enrôlés dans la ligue de N. Dame de la Compassion.
Voilà notre espérance, elle est toute surnaturelle, et c’est pour cela qu’elle ne sera pas déçue. 7n te Domine speravi; non confundar in ælernum.
Du reste, pour les esprits sérieux, le terrain est déblayé, les ordres anglicans sont condamnés ; l'essai timide de réponse des deux archevêques de Canterbury et d'York à la Bulle du Pape prouve qu’ils n’ont rien de sérieux à lui opposer et l’Église anglicane reste paralysée par toutes les contradictions qui éclatent dans son sein, qu’elle ne peut répudier et qui poussent les esprits logiques, les uns au catholicisme et les autres au rationalisme.
Mais beaucoup quitteront les régions glacées du rationalisme et diront avec Mallock (1): Si je crois au Christ, je dois être catholique, ou avec Cecil Rhodes : « Jai la plus grande admiration pour l'Église catholique el, à mon avis, c'est la seule religion qui soit logique » (2).
En attendant, remuée par le pressentiment
(1) La vie vaut-elle la peine de vivre ? Paris, Pedone- Lauriel.
(2) Parole rapportée par un ami de Cecil Rhodes: lettre au Spectator. Cf. Tablet, 17 mai 1902,
d'un grand avenir qu’elle entrevoit, l’Église catholique d'Angleterre se prépare à recevoir de plus vastes multitudes, complète ses cadres, élargit ses vieilles églises et en construit de tous côtés, qui peuvent rivaliser avec les plus belles de Paris et de Rome.
Les monuments reflètent toujours les époques où ils furent élevés. A Londres, il ya quatre églises, qui redisent l’histoire du catholicisme en ce siècle.
L'étranger ne connaît guère l’antique chapelle française de Little George Street, dite chapelle de l'ambassade française, vieux témoin des persécutions, petite cave sombre, enfumée et qui n’est guère fréquentée que par quelques vieilles irlandaises, sans doute parce qu'elle s'appelle la chapelle française. — C'est l’église des catacombes.
Longtemps humble et cachée, la jolie église de Farm Street est devenue, depuis qu'elle a construit ses deux ailes, une grande église aux vastes auditoires mi-catholiques mi-protestants : c’est l’église grandissante.
L'église de l’oratoire de Brompton, presque.
aussi grande et plus somptueuse que St-Sulpice de Paris, c’est l’église d'Angleterre affirmant sa force et sa puissante expansion par.
la conquête des masses de jeunes protestants qui, chaque dimanche, remplissent sa grande nef.
Dans la nouvelle cathédrale, cet idéal orien-
tal, tout étonné de s'épanouir au sein des brouillards de Londres, si lumineux, si riche, si vaste et si parfaitement beau, quoique si différent de Westminster, l’église catholique d'Angleterre se révèle dans l’éclat de sa belle harmonie et de ses vastes proportions faites pour les multitudes futures.
C’en est fini maintenant de ses faiblesses et de ses impuissances ! car pour elle ce n’est plus l'enfance ni la jeunesse, mais la plénitude de la force et de la maturité dans toute la richesse originale de sa vie active et féconde.
Au début de ce siècle, le catholicisme n'avait en Angleterre eten Écosse que 120000 fidèles : les voilà deux millions et les deux cents prêtres d'alors sont devenus 3 000 — sous la direction de vingt évêques, formant deux hiérarchies complètes.
Longlemps pauvre et sans ressources, le catholicisme perdait par ce qu’on a appelé ses fuiles, c'est-à-dire par les enfants que lui enlevait le protestantisme, plus qu'il n’acquérait par les conversions.
Fermer ces fuites, et combler les lacunes de l’apostolat fut la grande œuvre du Cardinal Manning et du Cardinal Vaughan : au prix de sacrifices immenses, écoles primaires, orphelinats, refuges et maisons catholiques de correction se multiplièrent, couronnés par l’œuvre intelligente qui, chaque année, transporte des
milliers de petits vagabonds chez les fermiers catholiques du Canada.
En 1850, les catholiques n'avaient en Angleterre qu'un ou deux collèges secondaires présentables : Stonyhurst et Oscott.
En cinquante ans, les jésuites anglais ont rebâti Stonyhurst de manière à défier toute comparaison, couronné les études par un cours de sciences et de philosophie et par la préparation à Oxford ; ouvert à Londres même trois collèges dont l’un prépare aux écoles militaires, et doté Glascow, Liverpool et Preston d’externats florissants, pendant que Newman fondait à Birmingham le grand collège d'Edgbagston et que les Pères Bénédictins ouvraient Fort-Augustus en Écosse.
Jusqu'à ces dernières années, par respect pour les conseils venus de Rome, les catholiques interdisaient à leurs enfants l'entrée des grandes universités, les vouant ainsi nécessairement à l'isolement et à l'impuissance.
Mais sous l’impulsion de Léon XIII, des mesures arrêtées par l’épiscopat ont sauvegardé à Oxford et à Cambridge la foi des étudiantscatholiques, qui maintenant conquièrent à l’envi les postes d’agrégés des collèges universitaires et, revenant à leurs vieilles traditions, Bénédictins et Jésuites érigent à Oxford et à Cambridge des collèges affiliés aux universités, où leurs jeunes religieux se signalent dans les concours et se font une réputation
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