Josué, I
[An 135] L*ÉGLISE GUKËTIËNNE. W
à-dirç sous l'action d'un rayon de lumière grecque singulièrement réfracté.
Certes, il y a dans ce fatras du Talmud des maximes excellentes, plus d'une perle précieuse, du genre de celles que Jésus idéalisa en les adoptant et que les évangélistes divinisèrent en les écrivant. Au point de vue de la conservation de l'individualité du peuple juif, le talmudisme fut un parti héroïque et comme on en trouverait et peine un autre dans l'histoire d'une race. Le peuple juif, dispersé d*un bout et l'autre du monde, n'avait plus d'autre nationalité que la Thora; pour maintenir cet ensemble épars, sans clergé, sans évêques, sans pape, sans ville sainte, sans collège théologique central, il fallait une chaîne de fer ; or rien ne lie plus que des devoirs communs. Le juif portant toute sa religion avec lui, n'ayant besoin, pour son culte, ni de temples, ni de clergé, eut une incomparable liberté dans ses émigrations jusqu'au bout du monde. Son idéalisme absolu le rendit indifférent aux choses matérielles; la fidélité au souvenir de sa race, la profession de foi (le schéma) et la pratique de la Loi lui suffisent. Quand on assiste à une cérémonie dans une synagogue, au premier coup d'œil, tout paraît moderne, emprunté, banal. Jamais les juifs n'ont recherché, dans la construction de leurs lieux de prière, un
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style d'architecture qui leur fût propre. Les ministres du culte, avec leur rabat, leur tricorne et leur étole, ressemblent à des curés; la prédication est calquée sur la chaire catholique; les lampes, les fauteuils, tout le mobilier sont achetés au magasin même qui fournit la paroisse voisine * . Le chant et la musique n'ont rien qui remonte au delà du xv® siècle. Même certaines parties du culte sont des imitations du culte catholique. L'originalité, l'antiquité éclatent tout à '^oup avec la profession de foi : « Ecoute, Israël; Adonaï, notre dieu, est unique ; saint est son nom. » Cette proclamation opiniâtre, ce cri persistant, qui a fini par l'emporter et convertir le monde, est tout le judaïsme. Ce peuple a fondé Dieu, et jamais peuple pourtant ne s'est moins occupé de disputer sur Diou. Un trait de grand sens, en effet, fut d'avoir choisi pour base de la communion religieuse la pratique et non les dogmes. Le chrétien tient au chrétien par une même croyance ; le juif tient au juif par les mêmes
4 . G*est pour cela qu'il nV a pas d'archéologie juive. Au moyen âge, les juifs foisnient exécuter leurs ustensiles religieux par les orfèvres du pays qu'ils habitaient. Comptes rendus de VAcad, des inscr., 4878, p. 474-175; Coll. de M. Strauss^ p. viii, etc. ; Mission de Phénicie, p. 786. Le costume que portent les juifs en certains pays, loin d*ôtre nation-jl, a été presque toujours à l'origine une robe d'ignominie qui leur fut imposée, et à laquelle ils ont fini par s'attacher.
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observances. En faisant porter l'union des âmes sur des vérités de Tordre métaphysique, le christianisme prépara la voie à des schismes sans fin; en réduisant la profession de foi au schéma, c'est-à-dire à l'affirmation de l'unité divine et au lien extérieur du rituel, le judaïsme écarta de son sein les disputes théologiques. L'excommunication chez les juifs a eu, en général, pour cause des actes, non des opinions. La Cabbale resta toujours une spéculation libre ; elle ne devint jamais une croyance obligatoire ; l'immortalité de l'âme ne fut envisagée que comme une consolante espérance; et, quant aux pratiques religieuses, on avouait sans peine qu'elles seraient abolies aux temps messianiques, lorsque les principes Israélites seraient universellement adoptés. Même les croyances qui concernent le Messie, un docteur célèbre a pu les révoquer en doute, et le Talmud enregistre son opinion sans la blâmer \ Cela était très-judicieux. Etre obligé de croire à quelque chose est un vrai non-sens, tandis que le plus grand rigorisme extérieur peut s'allier à une entière liberté de penser. Telle est la cause de cette indépendance philosophique qui, durant le moyen âge et jusqu'à nos jours, a régné dans le judaïsme.