Justin, DiaLj
204 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 135]
d'une naissance qu*on avouait irrégulière ^ Les raisonnements tirés des Écritures ne les touchaient pas davantage. Ils s'impatientaient de s'entendre opposer certains passages où il semble qu'il est question de Dieu au pluriel. Le trait de la Genèse : « Faisons l'homme à notre image... » avait en particulier le privilège de les agacer. Un joli agada fut créé pour parer à cette objection : « Quand Dieu dictait le Pentateuque à Aloïse, et qu'il fut arrivé au mot naasé, « faisons », Moïse étonné refusa d'écrire, et fit à l'Éternel de graves reproches de ce qu'il portait ainsi au monothéisme un coup mortel. L'Éternel maintint sa rédaction, en disant : « Que celui qui veut se tromper se trompe* ! » Les juifs admirent généralement que, partout où il y a, dans la Bible, un passage favorable à la pluralité des personnes divines, Dieu, par une providence spéciale, a disposé les choses de façon que la réfutation se trouve à côté *. L'essentiel pour les chrétiens était de montrer
4. V. les Évangiles, p. 4 89 H 90. La première trace de cette fable est peut-(Hre dans Mischna, Jebamoth, iv, 43 (dire de Ben- Azaï [commencement du u* siècle], qui dit l'avoir lu dans un livre de iouhasin). Cette fable est restée traditionnelle chez les juifs jusqu'aux temps modernes. V. le Toledoik léschou, écrit récent.
l, Bereschith rabba, ch. 8.
3. Bereschith rabba, c. 8; Talm. de Jér,^ Berakolh, ix, 4 , fol. 4 2 c^. VoirTalm. de hiib.^tSanhédrin, 38 6, en comp. Justin, DiaL, 25, 64.
que Jésus avait accompli tous les textes des prophètes et des psaumes que l'on croyait s'appliquer au Messie. Rien n'égale l'arbitraire avec lequel l'application messianique se faisait. L'exégèse des chrétiens était la même que celle du Talmud et des Midraschim ; c'était la négation même du sens historique. Les textes étaient découpés comme une matière morte. Chaque phrase, séparée de son contexte, était appliquée sans scrupule à la préoccupation dominante du moment. Déjà les évangélistes de seconde main, surtout le faux Matthieu, avaient cherché des raisons prophétiques à tous les faits de la vie de Jésus'. On alla bien plus loin. Non-seulement les exégètes chrétiens torturèrent la version des Septante pour en tirer ce qui allait à leur thèse, et chargèrent d'injures les nouveaux traducteurs, qui affaiblissaient les arguments qu'on obtenait de ce côté*; mais ils faussïèient quelques passages. On introduisit le bois de la croix dans le psaume xcvi (verset 10), où il n'avait jamais figuré % la descente aux enfers dans Jéré-
4. Voir, par exemple, Matth., ii, 23; iv, U. Comparez, on général, les fva i:XYip<.>ô^ de Matthieu et le Dialogue avec Tryphon de saint Justin.
2. Surtout en ce qui concerne le passage d'Isaïe, vu, 44, et érém.jXi, \9.
3. Saint Justin, £Ha/.^ 73; Tertullien, Adv. Jud., ^0; Adv. Marc, 111, 49. Saint Cyprien, Arnobe, Lactance, saint Ambroise,
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mie s et, quand les juifs se récriaient, protestant qu*on ne trouvait rien de semblable dans leur texte, on leur disait qu'ils avaient mutilé leur texte par méchanceté pure et mauvaise fui*, que, par exemple, ils avaient retranché du livre d'Isaïe le récit où ce prophète est scié avec une scie de bois, parce que ce passage rappelait trop bien le crime qu'ils avaient commis contre Jésus '. Rien ne coûte k une apologétique convaincue et passionnée. On tit appel à des registres ofQciels du recensement de Quirinius^ qui n'avaient jamais existé*, à un prétendu rapport de Pilate à Tibère, qu'on avait fabriqué*.
La forme du dialogue parut commode pour le but qu'on se proposait dans ces controverses. Un
saint Augustin, saint Léon, saint Grégoire le Grand insistent sur cet argument.