LES CHRETIENS BT L*0PIN10N PUBLIQUE
Pour être juste, il faut se représenter les préjugés où vivait fatalement le public d'alors. On connaissait extrêmement mal le christianisme ^ . Le bas peuple n'aime pas qu'on se distingue, qu'on vive à part de lui, qu'on soit plus puritain que lui, qu'on s'abstienne de ses fêtes, de ses usages. Quand on se cache, il suppose toujours qu'on a quelque chose à cacher. De tout temps, les cultes secrets ont provoqué certaines calomnies, toujours les mêmes*. Le mystère dont ils s'entourent fait croire à des débauches contre nature, à des infanticides, à des incestes,
i. Justin, ApoL II, 3.
2. Cela se vit déjà, lors de la proscription des bacchanales. Tite-Live, XXXIX, 8. Voir la façon dont Lucien présente le culte d'Âbonotique, Alex,, 39 et suiv. Les calomnies dont le culte juif était l'objet au moyen àgo, et qui, dans certains pays, n'ont pas encore disparu, se rattachent au môme ordre d'idées.
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même à l'anthropophagie*. On est tenté d'y voir une camorre organisée contre les lois. La délation avait, d'ailleurs, dans le droit antique, malgré les efforts des bons empereurs, une importance qu'heureusement elle n'a plus*. De là un type de libelles en quelque sorte rédigés d'avance % et auxquels aucun chrétien n'échappait.
Tout était faux assurément dans ces rumeurs populaires ; des faits mal compris semblaient pourtant y donner du corps. Certaines enquêtes avaient tourné au détriment des inculpés. Les apologistes ne le nient pas; le respect de la chose jugée les arrête* ; mais ils rejettent le mal sur les sectes dissidentes, et ils demandent qu'on n'étende pas à tous le délit de quelques-uns. Les réunions nocturnes,