Nicéphore, Antirr., dans Pitra, Spic, Sol., I, p
2. L'habitude d'appeler Paul « TApôtre » par excellence se reniarque pour la première fois chez Marcion. La partie de son canon qui renfermait les épttres s'appelait 6 'AroWoXoç.
3» Anonyme contre les cataphryges, dans Eus., H. E., V,
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était, selon les marcionîtes, la libération suprême du chrétien» la plus belle forme de la délivrance de la vie, de cette vie qui est un mal. Les corps ne ressuscitent pas ; seules les âmes des vrais chrétiens sont ramenées à l'existence. Les âmes, du reste, ne sont point égales, et n'arrivent à la perfection que par une série de transmigrations.
La doctrine desépitres aux Golossiens et aux Éphésiens, celle du quatrième Evangile étaient, on le voit, bien dépassées. Tout ce qu'il y avait de juif dans l'Eglise devenait une scorie qu'il fallait éliminer. Marcion considérait le christianisme^ comme une religion entièrement nouvelle et sans précédents. En cela, il était disciple* de Paul, et disciple exagéré. Paul croyait que Jésus avait aboli le judaïsme ; mais il ne méconnaissait pas le caractère divin de l'ancienne loi. Marcion, au contraire, prétendait que la première apparition de Dieu dans l'histoire ne s'était faite que par Jésus. La loi de Moïse était Tœuvre d'un démiurge particulier (Jéhovah) , que les juifs adoraient, et qui, pour les retenir dans les chaînes de la théocratie, leur donna des prêtres, chercha à les retenir par des promesses et des menaces. Cette
XVI, 24 ; Clém. d'Alex., Strom*, IV, 4 ; ïertullien, Contre Marcion, I, U; Eusèbe, ^. E*, IV, xv, 47; VII, xn; De marlyribus PalœsUnœ, 40.
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loi, sans caractère supérieur, fut impuissante contre le mal. Elle représentait la justice, mais non la bonté. L'apparition du Christ fut la manifestation du Dieu complet, bon et juste à la fois. L'Ancien Testament n'était pas seulement différent du christianisme; il y était contraire. Marcion composa un ouvrage intitulé Antithésis, où les deux Testaments étaient mis en flagrante contradiction. Apelle,son disciple, écrivit un livre pour montrer que Moïse n'avait rien écrit de Dieu qui ne fût faux et messéant ^.
Une objection capitale contre cette théorie venait des Evangiles divers alors en circulation, et plus ou moins conformes à ce que nous appelons le type synoptique. Le quatrième Evangile était encore peu répandu, et Marcion ne le connaissait pas; sans quoi, assurément, il l'eut préféré aux autres*. Dans les récits généralement admis sur Jésus , l'empreinte juive se remarque à chaque page ; Jésus parle en Juif, agit en Juif. Marcion s'imposa la rude tâche de changer tout cela '. II se fit un Évangile où Jésus
4. Tert. (ut fertur), Prœscr,, 51; Origène, In Cels,, V, 54; In Gen,, hom. ii, %\ Eusèbe; H, E,, V, 43.
5. Notez la durelé du quatrième Évangile pour la famille do Jésus, pour les Juifs, meurtriers de Jésus, enfants du diable.
3. Selon Tauteur de Topuscule qui fait suite aux Prescriptions de TertuUien, De prœscr., 51, Cerdon aurait déjà fait les retranchements qui caractérisaient le canon de Slarcion.
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n'était plus un Juif, ou, pour mieux dire, n'était plus un homme ; il voulut une vie de Jésus qui fut la vie d'un pur éon. Prenant pour base l'Evangile de Luc S celui qu'on peut appeler jusqu'à un certain point l'Evangile de Paul, il le retravailla selon ses idées, et ne fut satisfait que quand Jésus n'eut plus ni ancêtres, ni parents, ni précurseurs, ni maîtres. Si Jésus ne nous avait été connu que par des textes de ce genre, on aurait pu douter s'il avait vraiment existé, ou s'il n'était pas une fiction a priori, dégagée de tout lien avec la réalité. Dans un pareil- système, le Christ ne naissait pas (la naissance, pour Marcion, était une souillure), ne souffrait pas, ne mourait pas. Tous les passages évangéliques où Jésus reconnaît le Créateur pour son père étaient supprimés. Lors de sa descente aux enfers, il emmenait au ciel les personnages maudits de l'Ancien Testament, Gain, les Sodomites, etc. Ces pauvres égarés, intéressants comme tous les révoltés d'un ancien régime déchu, viennent au-devant de lui, et ils sont sauvés. Jésus laissait, au contraire, dans les lieux sombres de l'oubli, Abel,
4. Voir les tableaux dressés par Hahn, dans Thilo, Cod. ap. N, T.j ï, p. 401-486; De Wette, Lehrbuch in N. T., §§ 70-72, et les tentatives do restitution de l'Évangile de Marcion par Hilgenfeid (llnlle, 4 8o0) et par Volkmar (Leipzig, 4 852). L'hypothèse d'après laquelle Marcion aurait eu entre les mains un prêtent lu Luc primitif, non encore interpolé, est insoutenable.
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Noé, Abraham, serviteurs du démiurge, c'est-à-dire du dieu de TAncien Testament, qui avaient pour tout mérite d'avoir obéi aux lois d'un tyran. C'était ce dieu de l'An^cien Testament qui fit mettre Jésus à mort, et couronna ainsi dignement une ère qui avait été le règne du mal.
On ne pouvait se placer plus nettement à l'opposé des idées de Pierre, de Jacques, de Marc. Les dernières conséquences des principes de Paul étaient tirées. Marcion ne donnait pas à son Evangile de nom d'auteur ; mais, dans sa pensée, c'était bien là a l'Evangile selon Paul ». Jésus n'est plus du tout un homme, c'est la première apparition idéale du Dieu bon, à peu près comme Schleiermacher put l'entendre seize siècles plus tard. Une très-belle morale, se résumant en l'effort vers le bien, sortait de ce christianisme spiritualîste et rationaliste. Après l'auteur des écrits pseudo-johanniques , Marcion fut le plus original des maîtres chrétiens du ii* siècle. 3Iais le dithéisme, qui faisait la base de son système, et la colossale erreur historique qu'il y avait à présenter comme le contraire du judaïsme une religion qui sortait du judaïsme, étaient «des vices profonds qui ne pouvaient permettre à une telle doctrine de devenir celle de la catholicité.
Le succès en fut d'abord extraordinaire ; les doc-
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trilles de Marcion se répandirent très vite dans tout le monde chrétien * ; mais l'opposition fut énergique. Justin, alors à Rome, combattit le novateur dans des écrits que nous n'avons plus *. Polycarpe accueillit les idées nouvelles avec sa plus vive indignation'. Méliton, à ce qu'il semble, écrivit contre elles*. Plusieurs prêtres anonymes d'Asie les attaquèrent et fournirent à Irénée les armes dont il devait se servir plus tard \ La position de Marcion dans l'Eglise était des plus fausses. Comme Valentîn et Cerdon, il voulait faire partie de TÉglise et sans doute y prêcher ; or l'Église de Rome aimait bien mieux la docilité et la médiocrité que l'originalité et la rigoureuse logique. Comme Valentin, Marcion fit des concessions, des pas en arrière, des demi-rétractations; tout fut inutile : l'incompatibilité était trop forte. Après deux condamnations, une excommunication définitive l'exila de l'Église. On lui rendit la somme qu'il avait donnée dans la première chaleur de sa foi *, et il repartit pour