Cf. l* Antéchrist, p
2. Lettre de TÉglise de Smyrne aux Philoméliens, etc., conservée dans Eusèbe, IV, 45, et clans les manuscrits. Édit. Zahn, Leipz., 4876. Gomp. Irénée, IK, m, 4; Polycarpe, dans Eus., //. E., V, XXIV, 4. Il y est peut-être fait allusion dans Ign., ad Rom., 5, et dans les Actes de Thecla, 22, 27 et suiv.; cf. }fart. Polyc, 46. Sur la date de révénement, voir la démonslration do iM. Waddington, dans les Mém. de VAcad, des inscr., t. XXVI, 2" part., p. 232 et suiv.; Fastes des prov. asiat,, 4'« partie, p. 219-221 (nonobstant K. Wieseler, Chrislenverfolg,, 1878). 11 se pourrait qu'au lieu do l'an 155, il faille prendre Tannée 156. Voir Lipsius, Zeitschrift fur toiss. TheoL, 4874, p. 495, et Gebhardt, Zeitschrift fur die hislor, Theol., 4873, p. 337-395. M. Keim, pour échapper aux conclusions de M. Waddington, est obligé dû repousser, contre toute vraisemblance, la donnée fondamentale que le martyre en question eut lieu sous le procoDSuIat de Titus Slatius Quadratus [Geschichte Jesu,h%lh^
[An 155] L'ÉGLISE CHRÉTIENNE. 453
des gens qui n'avaient pas sa vertu n'étaient pas aussi prudents que lui ; le voisinage des sombres enthousiastes de la Phrygie était dangereux. Un Phrygien, nommé Quintus, montaniste par anticipation, vint à Smyrne et entraîna quelques exaltés, qui allèrent avec lui se dénoncer eux-mêmes et provoquer les supplices. Les gens sages les blâmaient, et disaient avec raison que l'Evangile ne commandait rien de pareil. Outre ces fanatiques, plusieurs Smyrniotes chrétiens furent emprisonnés ; parmi eux se trouvaient quelques Philadelphiens, soit que le hasard les eût conduits à Smyrne, soit que l'autorité, après les avoir arrêtés à Philadelphie, les eût fait transférer à Smyrne, ville plus considérable ou se donnaient les grands jeux. Les détenus étaient au nombre de douze ^ Selon l'usage hideux des Romains, ce fut dans le stade, à défaut d'amphithéâtre, que leur supplice eut lieu.
p. 381 et suiv.; Aus dem UrckrisL, 1878, p. 90 et suiv.) Cf. Zeitschrift far Kirchengeschichle, I, \*^ fascic, p. 121-122. Pearson (Op. post., p. 277) cite une chronique grecque manuscrite qui place les martyres de Polycarpe et de saint Justin sous Antonio. 1. Martyr. Polyc. y 4, 49. Cf. Eus., H. E,, IV, xv, 45; Chrofi. d'Alex., an 163. Aca^txotTo; est sûrement la bonne leçon. Les onze autres martyrs n'étaient pas de Philadelphie, comme on a pu le croire. La phrase veut dire que les martyrs de Smyrne, en y comprenant les Philadelphiens qui se trouvaient parmi eux, étaient au nombre de onze. Polycarpe fut le douzième et prit en quelque sorte la place de Quintus.
454 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [Aa 135]
Les tortures endurées par ces malheureux offrirent un épouvantable caractère d'atrocité. Quelques-uns furent tellement déchirés par les fouets, que leurs veines, leurs artères, tout le dedans de leur corps était à nu. On pleurait autour d'eux, mais on ne put leur arracher ni un murmure ni une plainte* L'idée se répandit dès lors que les martyrs du Christ, pendant la torture, étaient ravis hors du corps et que Christ lui-même les assistait, causait avec eux. Le feu leur faisait Teffet d'une fraîcheur délicieuse. Exposés aux bêtes, traînés sur un sable composé de coquillages pointus, ils paraissaient insensibles.
Un seul faiblit, et ce fut justement celui qui avait compromis les autres. Le Phrygien fut puni de sa jactance. A la vue des bêtes, il se mit à trembler. Les gens du proconsul l'entourèrent, l'engagèrent à céder; il consentit à prêter le serment et à sacrifier. Les fidèles virent là un signe du ciel et la condamnation de ceux qui allaient d'eux-mêmes chercher la mort. Une telle conduite, empreinte d'orgueil, fut considérée comme une sorte de défi à Dieu. Il fut admis que le courage du martyre vient d'en haut, et que Dieu, pour montrer qu'il est la source de toute force, se plaît parfois à montrer les plus grands exemples d'héroïsme en ceux qui, avant l'épreuve, ont été défiants d'eux-mêmes, presque timides.
[An 155] L'ÉGLISE CHRÉTIENNE. 455
On admira surtout un jeune homme nommé Germanicus. Il donnait à ses compagnons d'agonie l'exemple d'un courage surhumain. Sa lutte contre les bêtes fut admirable. Le proconsul Titus Statius Que^ dratus^, homme philosophe et modéré, ami d'iElius Aristide^ l'exhortait à la pitié envers son jeune âge. Lui se mit à exciter les bétes^ à les appeler, à les taquiner pour qu'elles le tirassent plus vite d'un monde pervers. Cet héroïsme, loin de toucher la foule, l'irrita, a A mort les athées l Qu'on cherche Polycarpe ! » cria-t-on de toutes parts.
Polycarpe, bien que blâmant l'acte de folie de Quintus^ n'avait pas d'abord voulu fuir. Cédant à de vives instances, il consentit cependant à se retirer dans une petite maison de campagne, située non loin de la ville, où il passa plusieurs jours. On vint pour l'y arrêter. Il quitta précipitamment la maison, et se réfugia dans une autre; mais un jeune esclave, mis à la torture, le trahit. Une escouade de gendarmes à cheval vint pour le prendre. C'était un vendredi soir, le 22 février *, à l'heure du dîner. Le vieillard
4. WaddingtOD, fastes, p. 349-224 ; Aristide, édit. Dindorf, r, 5S4 ; Philostrate, Vie des soph., II, 6; Wadd. Mém,, p. 333 et suiVft Gomp. Lucien, De morte Petegr., 44,
5. Sur ceite date, comparez les actes de saint Pione, dans Ruinart,p. 454 et suiv., et le Menée des Grecs. Voir Zahn,
456 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 155]
était à table, dans la chambre haute de la villa; il eût pu encore s'échapper; mais il dit: « Que la volonté de Dieu se fasse ! » Il descendit tranquillement, causa avec les gendarmes, leur fît servir à manger et demanda seulement une heure pour prier librement. Il fit alors une de ces longues prières qui lui étaient habituelles, et où il embrassait TÉglise catholique tout entière^. La nuit se passa de la sorte. Le lendemain matin, samedi 23 février, on le mit sur un âne et Ton partit.
Avant d'arriver à la ville, Tirénaque Hérode et son père Nicète se présentèrent en voiture. Ils n'étaient pas sans relations avec les chrétiens. Alcé, sœur de Nicète, paraît avoir été afTiliée à l'Eglise *. Ils prirent, dit-on, le vieillard au milieu d'eux dans la voiture, et essayèrent de le gagner. « Quel mal donc y a-t-il, pour sauver sa vie, à dire Kyrios Kœsar, à faire un sacrifice et le reste? » Polycarpe fut inflexible. Il paraît que les deux magistrats s'emportèrent alors, lui dirent des paroles dures et le chassèrent si rudement de la voiture, qu'il s'écorcha la jambe.
On se dirigea vers le stade situé à mi-côte du mont
4 . XTraoDC TTC Karà rxv cixcu(A^viiv xaScXix^ç 6XxXr,oioic. Cf. § 4 9 et la suscription.
2. Mart, Polyc, 17. Cf. pseudo-Ignace, ad PoL, 8; ad Smym,, 43.
[An 155) L'ÉGLISE CHRÉTIENNE. 457
Pagus ^. Le peuple y était déjà rassemblé ; c'était un vacarme infernal. Au moment où le vieillard fut introduit, le bruit redoubla ; les chrétiens seuls entendirent une voix du ciel qui disait : « Sois fort, sois viril, Polycarpe ! » On mena Tévêque au proconsul*, qui employa les phrases ordinaires en pareille circonstance : « Au nom du respect que tu dois à ton âge, etc., jure par la fortune de César, crie comme tout le monde : « Plus d'athées ! » Polycarpe alors, promenant un regard sévère sur la foule qui couvrait les gradins, et la montrant de la main : « Oui, certes, dit-il, plus d'athées ! » et il leva les yeux au ciel avec un profond soupir. « Insulte le Christ, lui dit Statius Quadratus. — Il y a quatre-vingt-six ans que je le sers, et il ne m'a jamais fait aucun mal, dit Polycarpe. Je suis chrétien... Si tu veux savoir ce que c'est qu'un chrétien, ajouta-t-il, accorde-moi un délai d'un jour, et prête-moi ton attention. — Persuade donc cela au peuple, répondit Quadratus. — Avec toi, il vaut la peine de discuter, répondit Polycarpe.