‹ L'église chrétienneChapitre 61 sur 371 · MaUb., X, 4S · texte numérisé non relu

MaUb., X, 4S

[An 120] L*ÉGLISE CHKÉTIENRE. 83

L'essence du christianisme se transporte sur le terrain du dogme; la gnosis est tout; connaître Jésus et le connaître d'une certaine manière, voilà le salut*. Ce qui est sorti du quatrième Évangile, c'est la théologie, c'est-à-dire une assez malsaine application de l'esprit, où s'est usé le monde byzantin, à partir du IV siècle, et qui aurait eu pour TOccident des conséquences non moins funestes, si le démon de la subtilité n'avait eu affaire de ce côté à des muscles plus fermes et à des cerveaux plus lourds.

En cela le christianisme tournait bien décidément le dos au judaïsme, et ce n'est pas sans raison que le gnosticisme, qui est la plus haute expression du christianisme spéculatif, poussera la haine du judaïsme jusqu'à la dernière exagération. Le judaïsme, faisant consister la religion dans des pratiques, laissait tout ce qui touche au dogme philosophique à l'état d'opinion particulière; la cabbale, le panthéisme devaient s'y développer librement, à côté d'observances poussées jusqu'à la minutie*. Un israélite de mes amis, aussi libre penseur qu'on peut l'être, et avec cela scrupuleux talmudiste, me disait : « L'un rachète l'autre. L'étroite observance est la compensation des

4. Jean, xiv, xvii entiers; I Job. entière. 2. La môme chose, à beaucoup d'égards, eut lieu dans l'ancien brahmanisme [Joum. des sav., noy. 4878).

84 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 126]

largeurs de la pensée. La pauvre humanité n*a pas assez d'intelligence pour supporter deux libertés à la fois. Vous autres, chrétiens, vous avez eu tort de faire consister le lien de communion en certaines croyances. On fait ce qu'on veut ; mais on croit ce qu'on peut. Pour moi, j'aime mieux me priver éternellement de viande de porc que d'être obligé de croire aux dogmes de la Trinité et de l'Incarnation. »

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