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Eus., //. E

[An 126] L'ÉGLISE GEHÈTIENNE. 81

ces tombeaux à l'apôtre et l'autre au Presbytéros. Nous ne saurons jamais le secret de ces combinaisons bizarres où l'histoire, la légende, la fable et, jusqu'à un certain point, la fraude pieuse se sont combinées dans des proportions aujourd'hui impossibles à discerner. Un éphésien, nommé Polycrate, qui sera un jour, avec toute sa famille, le centre du christianisme asiate, se convertissait l'an 131 ; or ce Polycrate admettait pleinement la tradiiion pseudojohannique, et, dans sa vieillesse, la citait avec une confiance absolue \

De l'aveu de tous, le dernier chapitre du quatrième Évangile est un appendice ajouté postérieurement à l'ouvrage; mais il se peut qu'il ait été ajouté par l'auteur même de l'Évangile*; la provenance du moins est bien la même. On a voulu compléter par un trait touchant ce qui concernait les rapports de Pierre et de Jean. L'auteur de ces lignes se montre grand partisan de Pierre, et s'attache à rendre hommage au rang de pasteur suprême qu'on lui attribuait à des degrés divers. Il tient aussi à expliquer le système qui avait prévalu sur la longue vie de Jean, et

4. Polycrate, dans Eus., H, E,, V, xxiv, 3, 7, 8, lettre écrite en 496.

2. La scène xxi, 45-49, n'est que ie développement de xiii, 36-38.

S2 OniGINES DU CHRISTIANISME. [An 126]

à montrer comment le vieil apôtre a pu mourir sans que l*édifice des promesses de Jésus et des espérances chrétiennes s'écroule pour cela. On couimençait à craindre que le privilège sans égal de ceux qui avaient vu le Verbe de vie ne décourageât les généralions ultérieures; déjà on rattachait à une anecdote évangélique ce mot profond que l'on prêtait à Jésus : « Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru * ! »

Par les écrits johanniques commence l'ère de la philosophie chrétienne et des spéculations abstraites, auxquelles on avait jusque-là accordé peu de place. En même temps, l'intolérance dogmatique s'accroît déplorablement*. Le seul fait de saluer l'hérétique est présenté comme un acte de communion avec lui *. Que nous sommes loin de Jésus ! Jésus voulait qu'on souhaitât la paix à tout le monde*, au risque de saluer des indignes, à l'imitation du Père céleste, qui voit tout du même œil paternel. Et maintenant, on veut créer une obligation nouvelle, c'est, avant de saluer quelqu'un, de s'informer de ses opinions.

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