‹ L'Église d'Avon et le meurtre de MonaldeschiChapitre 18 sur 20 · CURÉS D'AVON DEPUIS · texte numérisé non relu

CURÉS D'AVON DEPUIS

1803 ^ i8t2 mal Desessart.

18 12 à 18 14 Noleau.

Mai i8i4àsept. 1814 Gannon.

Du 2 octobre i8i4au 25 juin 1818 la paroisse d' Avon a été desservie par douze prêtres dont le ministère successif n'a pas dépassé six mois d'exercice. Ces prêtres étaient détachés du clergé de Fontainebleau ou bien appartenaient à la direction du petit séminaire d'Avon.

18 18 à 1822 MM. Herblot.

1822 à 1824 Philippeaux.

1824 à 1825 Lebeau.

1825 à 1828 Herblot.

1828 à 182^ Allou, actuellement évêque

de Meaux

1829 à i832 Fleurnoy, actuellement vi-

caire général.

1832 à 1846 Bobard.

1847 à 1849 Le Griffon.

1849 ^1852 Puyo.

1862 à 1871 Potier.

Le curé actuel, M. l'abbé Eug. Désoyer, né à Saint- Soupplest, arrondissement de Meaux (Seine-et-Marne), le 15 avril 1837, a été nommé à la cure le 15 août 1871, et depuis cette époque remplit ses fonctions avec un zélé et un dévouement à ses devoirs, qui lui ont acquis le respect et la reconnaissance de ses paroissiens.

Sous le bénitier, près de la grande porte à droite, en faisant face à Tautel, se trouvent sur le sol deux pierres tombales ; la première porte l'inscription suivante que nous donnons en fac-similé page 48 : Cy gist Monal- DEXi ; elle fut posée aussitôt que le corps du marquis fut descendu dans la fosse, et l'inscription gravée grossièrement et comme par pitié par l'un des hommes employés à cette triste besogne. L'autre pierre a été placée de nos jours, nous dirons plus loin dans quelles circonstances.

46 l'église d"avok'

Nous nous proposons, dans les pages qui vont suivre, de donner quelques détails sur le drame sanglant qui eut lieu dans la galerie des cerfs du palais de Fontainebleau, le samedi 10 novembre 1657, en nous appuyant dans la narration des faits et leur appréciation sur les documents les plus authentiques de l'histoire.

« Les princes doivent punir en princes et non pas en bourreaux. » {Otii'ragcs de loisir de Christine de Suède, centurie IV, aplior. 72.)

Christine de Suède. — Ses premières années. — Elle monte sur le trône à l'âge de six ans. — Sa majorité en 1(^4.4.. — Son abdication en 1654. — Elle se convertit au catholicisme. — Son arrivée à Rome le 21 décembre 1655. — Elle prend à son service le comte Santinelli et le marquis de Monaldeschi, mai 1656. — Notice biographique sur les Monaldeschi. — Premier voyage de Christine à Paris, 1656. — Second voyage, 1657. — Séjour à Fontainebleau.

— Meurtre de Monaldeschi. — Christine de Suède vient à Paris.

— Son départ. — Epilogue.

Avant d'encrer dans les détails du meurtre du marquis de Monaldeschi, il nous paraît indispensable de dire quelques mots de la reine Christine de Suède.

Christine, fille de Gustave-Adolphe et de Marie-

50 L ÉGLISE D AVOî;

Eléonore , fille aînée de Jean-Sigismond , électeur de Brandebourg, naquit le i8 décembre 1626.

Elle était âgée de six ans, lorsque son père fut tué à la bataille de Lutzen en 1632. Élevée dès ce jeune âge à la dignité royale, le Sénat de Suède se chargea de veiller à son éducation ; confiée à des savants émérites, ses progrès tinrent du prodige; à l'âge de dix ans, elle écrivait correctement, outre sa langue natale, le latin et l'allemand, et sa vive intelligence, développée par l'amour de l'étude, lui permit bientôt de mettre au jour ses rares facultés.

Jusqu'au moment de sa majorité, arrivée le 12 décembre 1644, le royaume fut gouverné par un conseil de régence; mais à la fin de cette année, elle saisit le maniement des affaires et se mêla dès lors activement à la politique européenne.

La guerre de trente ans touchait à son terme ; deux partis existaient en Suède, celui de la guerre et celui de la paix.

Malgré l'opposition violente de ses conseillers, Christine entra résolument dans le courant pacifique et commença à diriger elle-même les négociations. Pendant deux années, cette jeune femme de dix-neuf ans sut tenir tête aux hommes les plus expérimentés de son royaume et finit par les amener à donner leur appui à la conclusion de la paix '. Nous ne saurions trop insister sur la capacité dont la Reine fit preuve dans ces circonstances ; ce fut son époque vraiment glorieuse.

I . Les bases préliminaires du traité de paix furent signées à Osnabruck, le :io octobre 164,».

ET LE MEURTRE Dt MOK AL DES C ;-[ I. 51

Les soins qu'elle donnait à la politique ne l'empêchaient pas de se livrer à ses études favorites, entourée d'hommes de lettres, de philosophes, de savants, elle s'abandonnait sans réserve à son goût pour les choses de l'esprit.

A ces facultés pour les études sérieuses si rares chez les femmes, venait se joindre une originalité de caractère non moins étrange : ardente aux exercices du corps autant qu'aux travaux de l'intelligence, elle passait des journées entières à la chasse, restant quelquefois à cheval dix heures par jour sans prendre de repos. Aucun gentilhomme de sa cour n égalait son habileté : à cinquante pas, elle tuait à balle un lièvre à la course ^ N'attachant aucun prix aux soins de sa personne, elle donnait peu de temps à sa toilette, était d'ime sobriété exagérée et ne consacrait au sommeil que quelques heures.

Christine avait atteint l'âge de vingt-trois ans; son antipathie pour le mariage laissait incertain l'avenir de la couronne; elle proposa et fit accepter aux Etats de Suède son cousin, le prince Charles-Gustave de Brandebourg, comme son successeur (1649).

L'amour de la reine de Suède pour les sciences eut une influence heureuse sur la nation qu'elle était appelée à gouverner, et il est incontestable que, sous son règne, la Suède éleva .son niveau intellectuel à l'égal des nations les plus éclairées de l'Europe; mais le résultat pratique manquait à ces fêtes de l'intelligence.

I. Correspondance de Chanut, chargé d'affaires de France. Lettre au comte de Brienne, i'"" février i6^H. — Bibl, nat., ms. n° i/pf^-tp. 82 et suiv.

^Z L^ÉGLÎSE D AVON

A l'époque où son cousin Charles-Gustave fut admis à la succession au trône, les difficultés gouvernementales se dressaient devant elle dans toute leur rigueur : les guerres auxquelles la Suéde avait pris une part si active depuis tant d'années avaient épuisé le trésor, et les dépenses exagérées de la jeune souveraine avaient encore aggravé la situadon.

Quelques années se passèrent ainsi, augmentant chaque jour davantage les embarras suscités par la mauvaise administration de Christine : tous les savants de l'Europe se donnaient rendez-vous à Stockholm, et les étrangers avaient acquis sur la Reine un ascendant qui soulevait le mécontentement général.

Dans cette situation précaire, elle se résolut à abdiquer.

L'Espagne venait d'envoyer comme ambassadeur à la cour de Suéde don Antonio Pimentel (1652) : diplomate consommé, le nouveau venu s'attira la confiance de la Reine, et son influence ne fut pas étrangère aux graves déterminations dont nous allons avoir à parler.

Le II février 1654, Christine convoqua le Sénat pour lui communiquer son dessein inébranlable d'abandonner la couronne, et les états généraux furent convoqués à Upsal pour le 2 mai.

Il s'agissait de fixer les conditions auxquelles devait se traiter la transaction, et Chrisdne déploya dans cette circonstance toutes les ressources de son esprit entier et intelligent; elle ne voulait pas quitter le trône sans les honneurs de la guerre, et ses exigences durent être discutées et réduites. On tomba enfin d'accord : elle con-

servait en Suède une fortune territoriale pouvant représenter environ 250,000 riksdalers de revenu^, et se réservait, quant à ce qui touchait sa personne, de faire ce que bon lui semblerait sans être tenue à aucun acte d'obéissance.

File aurait pouvoir et juridiction sur ses co/n/nensaux et les domestiques de sa maison.

Elle quitta Stockholm le 20 juin [654, et arriva à Bruxelles le 23 décembre, où, dès le lendemain, elle fit secrètement profession de la foi catholique romaine; son séjour dans cette ville se prolongea jusqu'au 22 septembre 1655; elle partit alors pour Inspruck, ou la cérémonie publique et solennelle de l'abjuration eut lieu le 3 novembre, et elle reçut le baptême sous les noms de Christina-Alessandra. Elle ne resta à Inspruck que huit jours, et continua son voyage, dont le but final était Rome, où elle fit son entrée triomphale le 21 décembre. Partout, sur son* passage, elle avait reçu les honneurs royaux, et jamais souveraine ne fut traitée avec plus de magnificence.

Peu de jours après son arrivée à Rome, Christine quitta le Vatican, où elle avait été reçue provisoirement, et s'établit dans le palais Farnèse, préparé pour sa résidence.

Sa vie se passa dés lors dans les plaisirs : représentations dramatiques, concerts, promenades, réunions académiques. Débarrassée des soucis du gouvernement, elle

I. Bar.jii de Puffondcu-ff. — Histoire de Suède. — Amsterdam, 1732. T. IL p. .^o.

se livra sans contrainte à cet amour d'une liberté absolue c]ui avait été le stimulant le plus actif de son abdication.

La maison de la Reine avait été jusqu'alors composée presque exclusivement d'Espagnols, mais l'intrigue avait bientôt fait irruption dans cette cour ambulante : Pimentel, c[ui était resté à Rome, ne la voyait pas sans dépit accorder ses nouvelles faveurs à des Italiens; le comte délia Cueva, majordome de Christine, avait luimême témoigné son mécontentement en organisant contre elle une conspiration de palais au petit pied. Cela se termina par le renvoi de tous les Espagnols de son entourage; elle lança même un manifeste dans lequel ses griefs étaient longuement énumérés, et fit signifier au cardinal de Médicis, alors représentant d'Espagne à Rome, que si le comte délia Cueva n'avait pas eu l'honneur d'être un des généraux du roi, elle lui aurait fait donner des coups de bâton^.

Ce fut à cette époque (mai 1656) qu'elle nomma le comte Francesco-Maria Sancinelli son premier cham-

1. Dans une lettre datée du 13 mai i6Sfî, l'ambassadeur du duc de Modène à Rome écrit à son gouvernement :

« Don Antonio délia Cueva fut admis avec sa femme auprès de la Reine pour la complimenter: à peine entrés, Christine appela le comte Santinelli, le comte Thiene, le cavalier Baldesco et d'autres qui se trouvaient dans l'antichambre, et dit devant eux à don Antonio :

« Intendo que tu sparli délia viia persona : se cio è vero tu sei lin villan Cocino : e se sapro che in Fiandra o altrove tu parti malamente di me, io ti faro dar cento bastonatc, e ti faro crepar solto un legno.:. » ( Correspondance inédite de Franc&sco Guatengo, ambassadeur du duc de Modène, à Rome, — Archives de la maison d'Esté, à Modèiie.)

bellan, et que le marquis de Monaldeschi entra à soa service. Nous devons, avant d'aller plus loin, donner quelques détails biographiques sur ce dernier, destiné à jouer un rôle important dans ce qui va suivre.

La famille des Monaldeschi est une des plus anciennes de l'Italie; elle a donné de nombreux dignitaires à l'Eglise, des savants distingués, des diplomates, des hommes de guerre. Ils portaient d'or au râteau d'azur; mais, vers 1150, un Roderico JMonaldo ayant eu trois fils, il ajouta deux râteaux à ses armes, et, depuis lors, les Monaldeschi portèrent d'or aux trois râteaux d'azur. Pendant la première partie du xii'^ siècle (1137), à l'époque de la guerre des Guelfes et des Gibelins, la famille se divisait en quatre branches en opposition les unes avec les autres, et qui, pour se distinguer, ajoutèrent aux armes qui leur étaient communes les cimiers suivants : 1" La cervara (la biche); 2^ Il cane (le chien^ ; 3*^ La vipera (la couleuvre) -, 4° L'aquila (l'aigle) K

Si nous sommes bien informé, la famille des Monaldeschi serait étçinte aujourd'hui en Italie.

Christine, établie à Rome depuis une année à peine, avait déjà subi les conséquences de son caractère inquiet et altier. La noblesse romaine n'avait pas rencontré auprès d'elle les honneurs auquel elle avait droit, et se plaignait ouvertement des marques de hauteur et d'indifFé-

I. Alfonso Ceccarelli da Bergama, deW historia di casa Monaldesca. Ded. ail' iihistrissimo si". Monaldo Monaldeschi délia Cervara. In Ascoli appresso Giuscppe dcgrangeli MDLXXX

rence qu'elle affectait à son égard. D'un autre côté les dissensions intestines qui agitaient l'entourage cosmopolite de la reine, demandaient une diversion que l'impatience de cette dernière ne différa pas plus longtemps : ce fut vers la France que ses vues se portèrent.

Pendant Y été de 1656, une maladie contagieuse s'étant déclarée dans Rome, elle profita de la circonstance pour décider un voyage à Paris.

L'argent lui manquait ; la Suéde alors en guerre avec la Pologne ne payait pas exactement les rentes qu'elle s'était engagée à servir à son ancienne souveraine, et pour faire face aux dépenses occasionnées par ce déplacement, Christine fut obligée d'engager en Hollande tous ses bijoux pour la somme de dix mille ducats.

Elle partit donc de Rome dans les premiers jours du mois d'août, et s'embarqua à Civita-Vecchia pour Marseille. Louis XIV' avait envoyé à sa rencontre le duc de Guise, l'un des seigneurs les plus brillants de la Cour de France; des ordres avaient été donnés pour que partout sur le passage de la reine de Suède, les honneurs royaux lui fussent rendus. Après avoir traversé Aix, Montélimar, Avignon, Lyon, Mâcon, Dijon, Auxerre, elle arriva à Fontainebleau le 4 septembre, et resta quelques jours au château, attendant les ordres nécessaires pour son entrée officielle à Paris.

Le 8 septembre 1656, une escorte à la tête de laquelle étaient le duc de Guise, envoyé par le Roi, le maréchal de l'Hôpital, gouverneur de Paris, ec le sieur de Berlise, introducteur des ambassadeurs et des souverains étrangers, sortit de Paris pour a'der à la rencontre de la Reine

qui avait couché à Conflans, près de Charenton, chez le duc de Richeheu. Cette escorte, d'après les mémoires authentiques du temps, se composait de seize mille hommes de la milice parisienne, dix mille chevaux, des gardes et estafiers du gouverneur de Paris, des cinq corps des marchands escortés des huit cents archers de la ville.

La Reine partit à trois heures de Conflans en voiture découverte, s'arrêta un moment à Vincennes, vint à Saint- Mandé où elle prit une collation chez le procureur général : là elle monta à la cavalière un grand cheval blanc couvert d'une housse brodée d'or et d'argent, les pistolets à l'arçon avec les chaperons dorés.

L'entrée se fit par la porte Saint-Antoine où le prévôt des marchands lui présenta à genoux les clefs de la ville ; on arriva à la cathédrale à la lueur des flambeaux, un Te Deum fut chanté ^

La cérémonie terminée, Christine prit place dans une voiture découverte, et son cortège la conduisit au Louvre où un logement somptueux lui avait été préparé dans les appartements royaux.

Après avoir passé quelques jours à Paris, Christine partit pour Compiégne où elle devait rencontrer le Roi. Louis XIV, impatient de voir cette reine tant vantée, envoya le cardinal Mazarin à Chantilly pour la recevoir; lui-même partit à cheval de Compiégne avec son frère Monsieur; et les deux jeunes gens arrivèrent à Chantilly aussitôt le dîner terminé. Le Roi entra par une

Page 1