Archives de Seine-et-Marne, à Melun. Dossier G
Le bénéfice de la nouvelle cure fut attribué aux prêtres de la mission de Saint-Lazare.
Ce changement ne devait pas s'opérer sans de vives protestations de la part des Trinitaires i, qui étaient en possession de la cure d'Avon depuis plus d'un siècle; ils allèrent, dans leurs réclamations processives, jusqu'à braver l'autorité royale, et obtinrent quelques compensations; mais leurs anciens droits sur les habitants de Fontainebleau furent définitivement abolis.
Nous n'avons pas à entrer plus avant dans ces discussions dont les archives du temps sont pleines; elles n'offrent aucun intérêt spécial au sujet qui nous occupe.
Malgré cette sorte de disgrâce, la commune d'Avon ne fut pas privée de la faveur royale. Louis XIV, à la soUi-
I. L'ordre des Trinitaires fut fondé en 1198, sous le pontificat d'Innocent III. Jean de Matha et Félix de Valois en furent les fondateurs. Ce Félix de Valois était un ermite qui vivait alors dans un bois du diocèse de Meaux, auprès du bourg de Gandelu-en-Brie. — Le but de cet ordre était la rédemption des captifs faits par les infidèles. Une des règles imposait aux religieux l'obligation de ne voyager que montés sur des ânes, de là leur vint le nom de Frères aux asnes. — Leur costume consistait en une soutane de serge blanche avec un scapulaire de même étoffe, sur lequel était dessinée une croix rouge et bleue.
« Asinorum or do, ita dictus brdo S. Trinitatis, seu Malhurinorum, quod cum iter avèrent, asinis tantum vehi Us Itceret, non equis... quem solebant appellare ordinem asinorum, eo quod asînos equitabant, non equos. Du Cange, Glossarium. »
Leur couvent à Paris était situé, à la fin du xiii^ siècle, rue Saint- Matelin, qui fut appelée plus tard des Mathurins; aujourd'hui la rue Du Sommerard.
Ils avaient un hôpital dans l'ancienne rue Darne-estat, devenue rue Dennestal et ensuite Grenetat. Cet hôpital était construit sur l'emplacement occupé aujourd'hui par le vassage de la Trinité; on l'appelait la trinité aux asniers.
l8 L ÉGLISE D AVON
citation de la reine Anne d'Autriche, fonda, en 1662, un hôpital dans le village : quatre religieux de Saint- Jean-de-Dieu, un aumônier et trois serviteurs y furent établis, et le roi leur accorda sur sa cassette une somme annuelle de 1800 livres, qui fut portée plus tard par Louis XV à 3000 livres.
L'hôpital était destiné aux pauvres habitants d'Avon et aux bas officiers de la maison du Roi pendant le séjour de la Cour à Fontainebleau. L'acte de fondation ordonnait que la maison serait couchée et mise sur l'état des bâtiments de Fontainebleau, et que les religieux seraient exempts de tous droits d'amortissement. Il n'y avait à l'origine que six lits, d'autres y furent fondés par la suite.
En 1775, Louis XVI fit reconstruire entièrement l'hôpital, et des bâtiments plus vastes remplacèrent ceux datant de la fondation.
La Révolution vint anéantir à jamais cette institution de bienfaisance, mais avant de succomber définitivement, elle se traîna dans une agonie dont les pièces officielles du temps font un triste tableau.
En 1788, l'hôpital était servi par cinq frères de la Charité, dirigés par un supérieur.
Lorsque parut le décret abolissant les ordres monastiques, le personnel des couvents se sépara en deux catégories bien distinctCo :
1° Ceux dont la vocation était assez sincère pour persévérer dans la carrière qu'ils avaient choisie, ce qui valut plus tard à beaucoup d'entre eux l'échafaud ou l'exil;
2" Ceux qui profitèrent de la loi nouvelle pour reprendre leur liberté.
Dans certains ordres, la liquidation était facile : tous, quelle que fut leur opinion, étaient mis dehors, et les bâtiments fermés ou démolis ; le néant succédait sans trop de difficultés à la vie ! Mais dans les ordres hospitaliers, les choses ne pouvaient être ainsi conduites : il y avait là toute une organisation destinée au soulagement immédiat de souffrances qu'on ne pouvait congédier aussi lestement. On comprend à quelles complications devaient aboutir, pour les hôpitaux surtout, ces brusques changements.
Des cinq frères composant le personnel administratif de l'hôpital d'Avon, trois s'étaient montrés indignes de la mission qu'ils avaient à remplir. Sur la demande du supérieur lui-même, l'assemblée directoriale du département nomma une commission qui, après avoir constaté les faits signalés, décida, en date du i8 novembre 1791, que l'hôpital serait mis sous la surveillance immédiate de la municipalité d'Avon et de Fontainebleau ^ Le Supérieur et les frères Philibert et Frionet qui, dans ces pénibles circonstances, s'étaient montrés pleins de dévouement et de fidélité à leurs devoirs, furent seuls maintenus pour remplir les fonctions exigées par le service.
Privé de la dotation qu'il prélevait sur le trésor royal, l'hôpital d'Avon se trouva bientôt en face de ressources tellement insuffisantes, qu'il lui devint impossible de conserver des malades, et un décret paru le 23 frimaire an V, en ordonna la réunion à celui de Fontainebleau; la
I. Extrait du registre des délibérations de l'assemblée directoriale de Seine-et-Marne, Archives de Melun. Dossier L. 4.73.
translation des services eut lieu le 28 décembre 1796 (8 nivôse an V).
La maison fut vendue ainsi que ses dépendances, et après avoir servi à divers usages, les R. P. Rédemptoristes diocésains y établirent leur résidence au mois d'août i86o et l'habitent encore aujourd'hui.
Revenons à l'église, dont nous avons à nous occuper plus particulièrement.
Le voisinage du palais de Fontainebleau n'enrichit pas la paroisse d'Avon, et, des splendeurs qui l'entouraient, elle n'a conservé que les tristes souvenirs. Cette charmante retraite était comme le sanctuaire où venaient s'éteindre les derniers échos de toutes les joies magnifiques et bruyantes de la Cour de France :
A l'hôpital, les serviteurs royaux atteints par la maladie;
A l'église, les grandes douleurs morales d'autant plus poignantes, que les larmes ne pouvaient couler librement dans le palais enchanté, où les rois ne voulaient rencontrer que fêtes et plaisirs.
Combien de nobles dames, quittant furtivement leurs habits dorés, sont venues se prosterner avec humilité sur les dalles humides de la petite église, et demander à Dieu les consolations que lui seul pouvait apporter à leurs cœurs affligés.
La mort, toujours prodigue, a favorisé de ses dons l'antique chapelle : officiers de nos rois, savants, artistes, religieux, bourgeois de Fontainebleau, trouvèrent le repos dans ce lieu paisible.
Le sol de l'église était couvert d'inscriptions tombales
ET LE MEURTRE DE MONALDESCHI. 2l
que les pas des fidèles, plus encore que le temps, effaçaient chaque jour davantage. Pour éviter la disparition totale de ces épaves du passé, on eut, depuis peu, l'heureuse idée d'enlever toutes les pierres commémoratives pour les sceller aux murs du monument. En voici la copie exacte, à laquelle nous joignons, quand l'occasion s'en présente, de courtes notes historiques qui, nous l'espérons, donneront quelque intérêt à cette douloureuse nomenclature.
A rentrée de Péglise, sous le porche, ont été inhumés deux hommes qui ont laissé de beaux souvenirs comme savants : Bezout et Daubenton. Les inscriptions suivantes ont été placées de chaque côté de la porte d'entrée.
A droite :