‹ L'église de Chamalières-sur-LoireChapitre 15 sur 15 · ANTINOÉ · texte numérisé non relu

ANTINOÉ

Pi.. XI.VI, - Page 38.

LES PORTRAITS

assis à droite et à gauche de l’arbre de vie; elle était un peu chrétienne, par le geste de sa main droite qu’imitera la dame à la croix d’or, par ses aspirations spiritualistes, par les symboles répandus sur les étoffes trouvées autour d’elle. Il faut s’habituer à rencontrer à celte époque des personnages qui s’assuraient à tous les paradis.

Fig. 78. — J’ai déjà décrit cet intéressant portrait en parlant des fouilles 1910-191 1 . Ce jeune Ethiopien à figure pensive est vêtu de la robe blanche à raies violettes; tout son corps est cerné, comme emboîté par les colonnes de la porte céleste. Sous son buste on a représenté deux fois le disque solaire flanqué d’uræus. Un gros scarabée est figuré plus bas. Les jambes sont entourées du réseau funéraire rouge sur fond blanc ; les vides sont garnis de pastilles d’or (PL XXXVIII).

Il y avait, sur les côtés, des représentations isiaques. Celles de droite ont été détruites et c’est grand dommage, car les figurations qui sont à gauche sont assez extraordinaires.

C’est, en commençant par le bas, un tableau à moitié détérioré montrant un homme à tête de serpent comme on en voit dans les hypogées royaux. Puis un personnage assis, vêtu de blanc, sans doute Osiris, juge des âmes. Après, la momie qu’Anubis place sur le taureau Apis prêt à partir dans sa course funèbre. En haut, le soleil et la lune. Anubis n’a pas la tête de chacal, mais une tête de chien féroce, énergiquement peinte. Lucien dit, qu’en Egypte, Mercure a une tête de chien. La représentation qui vient après serait incompréhensible pour tout autre qu’un égyptologue ; M. Moret y voit « la momie sur le lit funéraire, placée dans un naos grec à fronton triangulaire. Au-dessous, les quatre enfants d’IIorus momiformes ».

Maintenant on voit Osiris bizarrement vêtu d’une robe multicolore, il a le pshent, et la tête entourée d’une vaste coiffure. Nous savons que cet Osiris est le défunt.

La main gauche tient le fouet et la droite une sorte de pioche.

II semble porté par deux jeunes prêtres au torse nu et à la tète rasée. Un détail comique, c’est que le mort très vivant regarde de travers et semble dire à l’un des prêtres qu’il prenne garde de ne pas le laisser choir. On pourrait aussi voir dans cette scène l’habillage d’Osiris raconté par Plutarque. Enfin la série se termine par le portrait d’Isis, la tête surchargée de ces coiffures qu’on donne aux Isis de terre cuite de fabrique gréco-romaine (PL XXXVI I).

Tout l’ensemble est entouré d’une riche guirlande de fleurs.

Fig. 74. — Cette figure a un caractère de modernisme bien impressionnant. On dirait le portrait d’une jeune Anglaise que Sargent aurait peint et bien peint. Le modelé est parfait et le dessin d’une grande élégance. Les mains sont traitées avec une distinction remarquable. Elle porte un collier, des bracelets, une bague. La tête a l’auréole carrée surmontée de l'architrave ailée. La main droite est levée en geste d’adoration, la main gauche tient la boucle de lleurs. Ses jambes sont enveloppées d’un réseau rouge sur fond gris. Dans les vides, des symboles lumineux : swasticas stylisés, soleil entouré de planètes, (leurs cruciformes. Sur les côtés étaient des représentations isiaques; il ne reste plus que celles qu’on voit à droite et qui nous montrent de bas en haut Anubis, Osiris, Isis ailée, et en haut un grand chrisme de 25 centimètres de haut, noir et blanc. Puis des fleurs. Donc, parmi les idées isiaques, domine ici le monogramme chrétien (PI. XLV).

Fig. 75. — La tête a une expression de tristesse bien singulière, car tous les autres portraits montrent l’extase de l’au-delà. Cette femme a des bijoux, elle est drapée dans des vêtements

LES PORTRAITS D’ANTINOE

ornés de médaillons bruns aux méandres compliqués, comme nous les trouvons sur les linceuls coptes. Un manteau à franges l’entoure. Sa main droite, dont il ne reste que deux doigts, était levée; la gauche tient la boucle de fleurs. On peut dire que dans cette peinture il n’y a plus de représentation isiaque (PI. XLV).

Fig. 76. — Cette femme semble avoir une tête de bois; elle s’est appliqué les fards avec tant de brutalité que ses traits ont disparu sous la peinture des sourcils qui se joignent et des paupières noircies, mais quand on cache le haut de la tête, le bas apparaît d’une grande douceur de modelé. Les bi joux sont nombreux, le vêtement d’une grande richesse. Comme la ligure précédente, elle n'a aucune représentation isiaque, quoique sa tête se détache sur l’auréole carrée.

La main gauche tient un gros « ankh », symbole d’éternité transformé en chrisme. Elle était [tins chrétienne qu’isiaque (PL XLII1).

Fig. 77 (1). — Enfin, nous terminons celle galerie de portraits par la dame à la croix d’or Xpitf-iva. qui probablement mourut à quarante cinq ans. Ses jambes sont entourées d’un réseau compliqué qui forme des octogones jaunes et bruns. Ses pieds sont nus. Elle a l’auréole carrée. Sa main droite fait le geste d’adoration, sa main gauche présente un chrisme en or. Des tableaux latéraux montrent des éperviers mitrés (le soleil resplendissant), affrontés devant un vase. Elle est entourée d’une délicate guirlande de fleurs jaunes. L’idée de lumière domine dans cette peinture. Quoique ostensiblement chrétienne, la femme représentée ne renonce pas au symbolisme du rituel égyptien, et les deux premières lettres du nom de Jésus qu’elle porte dans sa main sont un talisman qui lui ouvrira les portes île l’empyrée et lui donnera l’éternité (PL XLVI1).

Avec nos idées actuelles sur les religions que nous voyons établies, fixées, séparées et sans mélanges, nous avons de la peine à comprendre les pensées de ces Egyptiens dont nous voyons les ligures.

Cette incertitude dans les dogmes, cette confusion des croyances nous seront expliquées si nous relisons la lettre que 1 empereur Hadrien écrivit d’Alexandrie à son ami Servianus. Même si elle n’est pas de lui, elle est certainement l’œuvre d’un témoin qui décrit les mœurs des gens qui l’entourent.

« Ceux qui adorent Sérapis, dit l’empereur, sont des chrétiens et ceux qui s’intitulent les évêques du Christ sont en réalité des adorateurs de Sérapis. Il n’y a pas de Juif, chef de synagogue, pas de Samaritain, pas de presbitre chrétien qui ne soit un astrologue, un augure, ou un charlatan guérisseur. Même un patriarche, s’il vient en Égypte, doit, pour plaire à un parti, montrer du respect à Sérapis, et pour plaire à l’autre, vénérer le Christ. »

Certes, la lettre respire un certain mépris pour cette loi incohérente; on y sent le dédain du philosophe stoïcien, mais l’examen des portraits qui nous occupent, s’il dévoile une hésitation dans la façon de croire, nous affirme une certitude dans l’espérance de 1 au-delà ; les peintres, les modeleurs accumulent les symboles lumineux, les signes d immortalité. Il y a unanimité pour accueillir l’idée de la vie future.

Paris, le 5 mai 1912.

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