‹ L'église de Chamalières-sur-LoireChapitre 14 sur 15 · LAPIN DE LA LUNE · texte numérisé non relu

LAPIN DE LA LUNE

Antinoé.

I’l. XLIII. — Page 361.

Antinoi;.

Pl. \LIV.

Pack 364.

A.ntin'oé.

Pl. XLV. — Page 37.

LES PORTRAITS

a été dessiné sur un linceul déjà décoré, car le bras droit recouvre et cache en partie une des vignettes. On voit aussi que six tableaux ont été coupés, enlevés et remplacés par des sujets pris ailleurs et qui n’avaient pas le même format. Or, si Ton compare avec les autres enveloppes les places vides, on constate qu’on avait dû y faire figurer les quatre génies funéraires, le défunt en Osiris sur le trône et le défunt en Osiris à robe d’or, et ces sujets ont été remplacés par l’Anubis broyeur de Soma. C’est donc une idée nouvelle qu’on a voulu affirmer aux dépens de formules auxquelles on ne croyait peut-être plus.

La figure 68 nous montre un homme à physionomie énergique et rude ; sa grosse moustache lui donne un air de centurion retraité; ses oreilles sont larges; sa tête se détache sur l’auréole carrée, porte du paradis. Sa main droite tient un épis désignant Osiris : il serait peut-être téméraire d’y voir le blé qui sera le pain eucharistique ; sa main gauche montre une branche d’arbre qu’un botaniste saurait sans doute déterminer, dont les feuilles semblent persistantes : cela pourrait être du citronnier. Il est vêtu d’une chemise à médaillon brun, un peu courte, qui laisse voir le bas de ses jambes nues. Un manteau retenu par deux agrafes sur le devant de sa poitrine indique qu’il avait une certaine aisance ; le soin qu’on a pris de faire faire son portrait le prouve aussi. Le réseau à bandelettes rouges sur fond gris couvre son corps depuis la ceinture jusqu’aux genoux; elles sont dessinées de manière à former des cercles entre-croisés qui peuvent rappeler le soleil; dans le champ gris laissé par les bandelettes, on a dessiné cinq ronds à centres disposés en croix. C’est déjà une indication chrétienne. Le haut du corps est entouré de la torsade à cordon sans fin (PI. XL11).

Fig. 69. — Une dame. Les taches qui couvrent sa face empêchent de bien lire ses traits. Vêtue d’une robe blanche à bandes brunes, elle est ornée de bracelets et de boucles d’oreilles en pâte dorée ; elle a l’auréole carrée et tout le corps est serré entre les colonnes à assise de pierres précieuses qui forment l’entrée du ciel. Sa main gauche a deux épis et sa droite tient la boucle de fleurs (PL XXXIX).

A la hauteur de la ceinture un tableau montre Osiris, ou plutôt la défunte devenue l’Osiris triomphant, protégée par Isis etNephthys aux bras ailés.

Au-dessous, le réseau est remplacé par des Iriangles à rayures qui figurent peut-être les

plis d’un linceul.

11 y avait des vignettes tout autour, mais elles sont méconnaissables. Une seule subsiste, en haut, à droite; on y voit Isis ailée, au corps nu, s’inclinant dans un mouvement des plus gracieux.

Fig. 70. — Une dame à chevelure abondante. Ses yeux trop ouverts donnent plutôt l’impression de l’étonnement que de la béatitude ; le cou est orné d’un collier en relief. Son vêtement à riche bordure est maintenu par une ceinture dont on voit le nœud.

A la main droite, un épi ; dans la gauche, la boucle symbolique. La tête se détache sur l’entrée du paradis.

11 y avait des vignettes qui ont disparu (PL XL1II).

Fig. 71. — Un jeune garçon orné de la huila, le tête dans l’auréole carrée, vêtu de la robe à bandes violettes ; il tient un chrisme en relief et dans la même main, la droite, un oiseau, peut-être un vanneau : « Le vanneau et l’hirondelle sont des formes que peut prendre l’âme du mort » (Brugsch, Ægi/plologie , p. 170, rituel du papyrus Rhind : Livre des Morts, ch. lxxxiii,

LES PORTRAITS D’ANTINO É

lxxxiv) . Dans la même main, il montre un symbole isiaque et un symbole chrétien. La grenade de la main gauche n’est pas expliquée (PL XL1V).

Au-dessous du buste, grand scarabée ailé qui représente le dieu Kheper, celui qui se renouvelle, qui devient, symbole des devenir dans la vie, après la mort. On plaçait un scarabée dans la poitrine des momies, ce qui symbolisait le cœur transformé ( Livre des Morts, cb. xxx, xliv) .

Fig. 72. — C’est la première momie à portrait peint que M. Gayet a rapportée d’Antinoé. J’ai pensé qu’elle était chrétienne et je l’ai donnée au Musée du Vatican avec toutes les étoffes à symboles chrétiens qui l’entouraient. On en a rempli dans ce beau musée une grande vitrine et M. Marucchi, le savant conservateur, a présenté à ce sujet une communication à f Académie pontificale (q3 février iqo5) (PL XLVI).

Dans ce travail il nous apprend qu’un grand nombre d’archéologues se sont occupés de ce document. C’est d’abord M. Gayet qui l’avait découvert et qui trouve à celle peinture un aspect pompéien, appréciation qui la place au premier siècle de notre ère.

Puis M. V ilpert qui, dans la séance du 1 4 janvier 190G, de la Conférence de l’archéologie chrétienne, déclare qu’il jugeait celle momie certainement chrétienne.

Alors le professeur Strygoswschy fait une étude sur le même sujet et n’ose conclure.

A son tour, le D' de Gruneisen, de l’Académie de Saint-Pétersbourg, examine la « dame du Vatican » et se préoccupe de l’auréole carrée, bordée de colonnes, surmontée d’une architrave à disque solaire et à uræus. Avec beaucoup de raison il voit. là une représentation de la porte du tombeau devant laquelle se tient le défunt.

C’est surtout sous l’ancien Empire qu’on a liguré le mort sortant de l’hypogée.

Mera se présentant devant son tombeau à Sakkara est tout à fait impressionnant, il s’avance venant des ténèbres et marchant à la lumière.

Mais M. de Gruneisen est allé plus avant. 11 a remarqué qu’à l’époque des peintures romaines la porte des morts s’ouvre sur la clarté ; on entrevoit l’au-delà, c’est le paradis dont la porte s’ouvre et le défunt, au lieu de quitter le séjour des morts, va s’engager dans l’infini. Isiaque ou chrétien, c’est un élu.

M. de Gruneisen a pris la peine de venir me voir à Fleurieu pour me faire part de sa découverte. C’est donc à lui que la science des études religieuses doit cette interprétation excellente.

Quant à M. Marucchi, après avoir pensé que la dame d’Antinoé était chrétienne, il la croit plutôt païenne, et sur l’étiquette qu’il a rédigée pour la présenter au public du musée, il ne prend pas parti : « Couverture de momie de l’époque romaine trouvée à Antinoé ».

Dans ces études sur les personnages que M. Gayet a exhumés par ses fouilles, je crois qu’il faudrait éviter d’employer le mot « païen » à cause de son imprécision, de même que le mot « idolâtre » peut amener des erreurs si on l’applique à des symboles égyptiens utilisés plus tard par les chrétiens.

La « Dame du Vatican » était-elle « idolâtre » ou était-elle « chrétienne » ? On ne le saura pas.

Elle était un peu isiaque, à cause de la porte de temple égyptien qui entoure son visage; elle était un peu bouddhique, par les enroulements qui ornent les médaillons de sa robe; elle était un peu syriaque, par le petit tableau qui orne son linceul et représente deux personnages

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