Un mot du cloître
Le cloître tient de trop près à l’église, pour que parlant de celle-ci, nous n’ajoutions pas un mot de celui-là, d’autant plus que le cloître de la Minerve mérite une visite à raison des œuvres d’art qu’il renferme, et malgré les dégâts et les incongruités que s’y permettent les temps nouveaux.
Les peintures qui s’y voient aujourd’hui n’ont qu’une valeur relative ; quelques-unes même sont sans valeur aucune : mais il y a des monuments très dignes d’attention.
Le cloître de la Minerve fut orné primitivement de fresques par les soins du grand religieux le cardinal Giovanni de Turrecremata *, et elles étaient sans doute l’œuvre de son artiste préféré, le peintre Antoniazzo Romano.
Cette décoration, dont on ne saurait déplorer assez la perte, disparut sous l’action délétère du temps et des hommes. Elle dut souffrir beaucoup lors des modifications introduites par Fra. Vincenzo Giustiniani; elle fut détruite à coup sûr dans la muraille qui longeait l’église, qui fut alors transportée pour la création des chapelles dans la nef gauche.
Le cardinal en fait mention dans son livre des Meditationes.
L' Et/ lise de la Minerve
Nous allons parcourir les peintures qui s’y voient aujourd’hui, et datent d’une époque récente.
Le visiteur qui entre venant de la Piazza Minerva , trouve d’abord sous la première arcade du premier bras de cloître, à droite, une fresque de dimensions considérables, représentant saint Dominique endormi, tandis que de sa poitrine sort un rosier chargé des quinze médaillons du Rosaire. Nous en ignorons l’auteur: mais sa gloire n’y perd rien.
Sous la seconde, Gianluigi Valesio, de Bologne, a peint le mystère de Y Annonciation ; c’est le même encore qui, un peu plus loin, a peint la Religion terrassant l’Hérésie.
Sous la troisième, l’artiste romain Giovanni Antonio Lelli a représenté le mystère de la Visitation.
Sous la quatrième, le mystère de la Nativité du Christ, par un inconnu.
Sous la cinquième, la Présentation au temple, par Giuseppe Paglia del Bastaro.
Sous la sixième, un artiste inconnu a peint Jésus au milieu des Docteurs.
Dans la septième travée, il y a interruption dans la série des mystères, par une fresque représentant la bataille de Lépante, une gloire du Rosaire. Cette peinture est due à Valesio de Bologne, que nous venons de nommer, et qui a représenté le pape Pie V contemplant la scène du combat dans une carte qu’un ange lui met sous les yeux. Il y a de la bonne ingéniosité dans cette manière de figurer la vision célèbre.
Dans le deuxième bras du cloître, non loin de la petite porte qui conduit à l’église, on voit de splendides tombeaux qui méritent de nous arrêter et d’être étudiés. Nous y reviendrons, après avoir épuisé le cycle des peintures.
A la suite des tombeaux, on rencontre une peinture de peu de valeur, représentant la Vierge et des saints de l’Ordre dominicain.
L’Eglise de la Minerve
Mais dans la cinquième travée on remarque le Mystère de l’agonie, peint par Giovanni Battista Ruggieri, artiste bolonais, qui a représenté également la Vertu de Tempérance placée un peu plus avant 1 ; puis, dans la sixième travée la Flagellation, et dans la septième, le Couronnement d’épines, qui est de Nappi, ainsi que la précédente, sans doute 2.
Ces trois dernières fresques dénotent une imagination fort dramatique, et il est regrettable qu’on n’entreprenne rien pour les préserver d’une destruction qui sera totale à brève échéance. Au surplus, on les a retouchées hélas ! c’est-à-dire détériorées.
Dans la première et seconde arcade du troisième bras de cloître, on remarque le Portement de Croix et la Crucifixion, d’auteur inconnu ; sous la quatrième, un Saint Dominique sans valeur, qui remplace sans doute le mystère de la Résurrection, le seul qui manque à la série. Ce mystère avait été peint par Nappi, selon quelques-uns; par Baglioni, disent quelques autres.
Sous les cinquième, sixième et septième arcades, Francesco Nappi a représenté les trois mystères de l’Ascension, de la Pentecôte et de l’Assomption et du Couronnement de la Vierge.
Ces peintures, malgré les dégâts, restent remarquables.
Il n'est pas exact, comme on l’a dit, qu’elles furent détériorées par le percement de fenêtres au milieu des peintures. La vérité est très clairement, pour qui examine avec attention, que la composition en a été adaptée, fort habilement d’ailleurs, aux fenêtres déjà existantes.
1 Dans la Felsina pittrice, Ve partie, page 355, qui nous donne ces renseignements, on trouvera l’énumération des fresques exécutées par le même artiste dans l’église de sainte Catherine à Magnanapoli.
2 II est raconté dans la vie de Girolamo Baglioni qu’il peignit dans le cloître de la Minerve un Couronnement d’épines et une Flagellation. Il faut conclure qu’il y a erreur ou sur l’artiste ou sur l’œuvre, ou bien que les fresques de Baglioni ont été repeintes à fond.
Dans le reste du cloître, jusqu’à la porte par laquelle nous sommes entrés, on rencontre saint Dominique et saint François qui s’embrassent : peinture très sympathique, dans la manière de Caracci ; puis saint Thomas approuvé par le Christ, saint Thomas écrivant sous les yeux de la Vierge, saint Thomas avec saint Pierre et saint Paul, saint Thomas enseignant, saint Thomas chez le souverain pontife : de toute cette série nous ignorons les auteurs.
Il est clair seulement que celui qui a peint la Rencontre de saint Dominique et de saint François n’est pas l’auteur des scènes de la Vie de saint Thomas.
Toutes ces peintures, abstraction faite de quelques non-valeurs et des retouches malheureuses *, sont loin d’être aussi pauvres que le disent quelques-uns. Il y a parfois une imagination vibrante et forte qui s’y affirme, une couleur ardente, une composition pleine de vie. Ce qui y manque le plus, c’est le sentiment. chrétien: ces peintures religieuses ne donnent pas de pensées religieuses en général.
Les voûtes du cloître sont ornées de “ grotteschi „ imaginés et peints avec une fougue et une originalité allant parfois jusqu’au bizarre. Nous en disons autant de certaines images de saints et de saintes, en particulier des martyrs de l’Ordre de saint Dominique. Il conviendrait de ne pas laisser s’oublier et périr ces créations pleines de force et d’esprit.
Mais il est temps d’arriver aux monuments funéraires qui existent dans l’ancien cloître et que nous avons signalés plus haut.
1 Les dernières retouches vraiment graves furent perpétrées sans doute en 1825, par les soins et à l’instigation du P. Velzi, qui les admirait passablement, et crut pouvoir les restaurer, comme en témoigne l’inscription suivante, qui se lit dans le second bras du cloître, près de la grande porte qui monte au premier étage: Décora familiae praedicatorum \ ad ornatum loci depicta \ temporis injuria et barbariae militaris j deformata \ Dr. Josephus M(aria) Velzius Vie. gen. \ arnore ordinis sui \ et insignis artificii operum \ restauranda curavit j anno sacro MDCCCXXV.