Tombeau du cardinal Ferrici
L’Eglise de la Minerve
Ils sont tous en face de la petite porte latérale ou dans le couloir qui va du cloître à l’église.
Le premier qui se présente à nous, et l’un des plus gracieux qu’ait sculptés ce merveilleux quinzième siècle, est celui du cardinal Pietro Ferrici, évêque de Tarasona, mort en 1478.
On l’attribue à Mino da Fiesole.
L’artiste, conformément à l’habitude de l’époque, a figuré le défunt étendu sur son cercueil: idée qui se trouve déjà exprimée dans les tombeaux égyptiens.
Sur ce qui reste du défunt et qu’on ne peut plus présenter aux regards des vivants, on rappelle le plus possible ce qu’il fut lorsqu’il se trouva à cette heure brève de transition entre la vie qui vient de finir et la destruction qui approche. Ce n’est ni le squelette affronté qu'on nous montre parfois, ni le vivant qui prend des attitudes plastiques sur sa cendre : ce sont les deux idées qui se rencontrent et s’harmonisent dans les espérances chrétiennes.
Dans notre tombeau, le défunt est en habits pontificaux, mitre en tête, le corps aplati et raide sur le lit funèbre, comme on le voit chez les morts. L’urne est embellie aux extrémités de guirlandes très sobres, l’analogue des couronnes qui couvrent souvent les cercueils de nos jours comme aux temps passés, et même de deux fers à cheval, allusion au nom du défunt: “ Ferri cio „ , allusion que l’on retrouve dans ses armoiries. Au centre, on lit dans un grand cartouche que le cardinal de Tarasona était Protecteur de l’Ordre dominicain h
Elle repose sur un vaste socle, où se lit l’éloge du défunt. A droite et à gauche, deux piliers plats, d’ordre corinthien, dont les bases portent les armoiries cardinalices, l’un et l’autre ornés d’une exquise floraison en marbre, soutiennent une architrave très sobre, tandis que la frise est ornée de riches guir-
1 P. cardinales Tirasonen. Ord. Praed. protector.
landes, et la corniche d’un superbe chapelet d’oves excellemment fouillés.
L’espace compris entre la statue et l’architrave se divise horizontalement en deux compartiments égaux, séparés par une petite corniche en relief, ornée de moulures et d’oves.
La partie inférieure est partagée verticalement en sept panneaux : trois plus larges intercalés dans quatre autres plus étroits.
Les trois plus grands portent, celui du centre une belle croix processionnelle, ceux des extrémités de grands chandeliers funéraires, d’un goût et d’une austérité admirables. On rappelle de la sorte la cérémonie et le convoi des funérailles.
La partie supérieure est limitée dans le haut par un arc. Au centre se voit à mi-corps une Vierge tenant son Enfant qui bénit, entre deux anges adorateurs, et sur un petit socle on lit ces deux mots gravés dans le marbre : “ Ave Maria „ .
La Vierge est légèrement voilée; la figure respire dans la grâce et le sourire délicieux, la bonté et la pureté.
Tout ce groupe est parfait d’élégance et de piété ; on ne se lasse pas de contempler une œuvre aussi bienfaisante à l’esprit et au cœur.
L’épitaphe nous rappelle la piété, le savoir et l’habileté du défunt, que les papes contemporains appelaient “ leur bras droit
1 En voici le texte entier: Petro citeriore Ferricie Hispania oriundo tt. S. Xysti Ti\rason quem ut singulare aetatis suae integritatis justitiae do\ctrinae religio(nis) et virtutum omnium exemplar principes et na\tiones omnes christianae patrem et. patronum duo praecipue clarissimi Pont. Roma7ii Paulus II et Xystus 1111 in rescribendo et \ in navicula Pétri regenda dextram suam appellare dignabantur \ cum de humano genere et ab Sede summo cum labore et patien \ benemeritus incredibili de se apud mortales omnis (sic) desiderio \ relicto Romae obiisset anno salutis MCCCCLXXV1II septimo cal. oct. \ Dominicus car. S. Clemcn collegae et Andréas eps Tirason avunculo b. m. p. Vix. an. LXII1 men. V d. X.
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