‹ L'Église de Lyon pendant la RévolutionChapitre 106 sur 191 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Interrogatoire de Lamourette. Réquisitoire de Fouquier-Tinville. — La condamnation à mort. — Lettre du condamné à sa nièce. — M. Emery , le comte Beugnot. — Rétractation admirable de l'évêque-intrus de Lyon. — Charrier de la Roche tente de démontrer la fausseté de cette rétractation. — Vérité de la rétractation d'après les témoignages de Lamourette aîné et de Lamourette jeune, vicaire épiscopal de Lyon. — Silence éloquent de Grégoire. — Affirmation du vicaire général, administrateur de Lyon, au sujet de l'original de la rétractation. — Exécution de Madame de Marbeuf, belle-sœur de l'Archevêque.

L'interrogatoire de Lamourette eut lieu le 23 octobre.

L'accusé fut extrait de la Conciergerie et amené devant Pierre- André Coffinhal. L'évêque répondit à toutes les interrogations avec dignité et un rare bonheur d'expressions. S'il faut reconnaître l'habileté du juge, habileté cauteleuse et perverse, il est juste d'avouer que Lamourette sut garder une âme parfaitement sereine. Pour Lamourette « l'événement du 29 mai fut un phénomène brusque, auquel il n'était nullement préparé... un mystère impénétrable ». Coffinhal lui faisant remarquer « que le voile qui pouvait couvrir un instant cet événement avait dû se dissiper, qu'il n'avait pu tarder à être à même d'en connaître les causes et les motifs, qu'alors, sans doute, il avait dû se former une opinion sur les événements qui étaient arrivés et sur ceux qui en ont été la suite », Lamourette répliqua : « Le Représentant du Peuple Gauthier a approuvé la conduite des lyonnais et promis d'en rendre à la Convention un témoignage honorable pour les citoyens de cette ville. Son opinion dès lors commença à incliner en faveur de ceux qui avaient résisté à la Municipalité parce que, ignorant absolument les circonstances précédentes et ne connaissant aucun membre ni de la Municipalité,

ni du district, ni du département, il a cru ne devoir prendre de régulation plus sûre de son jugement que celle manifestée, imprimée, placardée par le dit citoyen Gauthier, Représentant du Peuple.

« Ce qui a été publié depuis de la Municipalité avait confirmé son jugement. On avait imprimé qu'elle imposait des taxes arbitraires et exorbitantes à tous les citoyens ; qu'elle était d'intelligence avec quelques membres du club central pour dresser des listes de proscription; que Chalier avait des intelligences avec les princes émigrés. D'où il résulte que ceux qui croyaient que les choses se combinaient ainsi et qui tenaient à l'affermissement de la liberté républicaine, devaient déployer contre l'anarchie et tous ses agents la même énergie qu'ils avaient opposée à tous les efforts de l'aristocratie. »

Coffinhal semble convenir que Lamourette avait eu, au premier moment, quelque peine à se faire une opinion très nette. Toutefois il se refuse à admettre qu' « habitant Lyon, l'accusé ne se soit pas rendu compte que la Représentation nationale avait été violée et que Gauthier avait été forcé de figurer dans une assemblée de scélérats où sa vie était menacée ». Il remarque que « s'il eût été possible que les affiches eussent induit un instant en erreur Lamourette et empoisonné son opinion, il n'avait qu'à Ure les journaux patriotes et il y aurait vu que la Convention nationale s'était élevée avec force contre la ville scélérate de Lyon; et alors certainement, s'il n'eût eu que l'opinion égarée, il serait revenu sur lui-même; et, puisqu'il n'a pas fait ce retour, malgré les décrets de la Convention, il fallait croire qu'il était un agent principal de la contre-révolution de Lyon ».

On le voit clairement ici, le juge qui instruisit la cause de Lamouretteest guidé plutôt par la haine que par la logique : des explications données, il avait tout au plus le droit de conclure quel'évêqueintrus de Lyon avait épousé les idées des révoltés et non de proclamer qu'il avait été un agent principal de la révolte. Aussi, quand il tente d'exiger de Lamourette « qu'il convienne avec franchise de la conduite qu'il a tenue, et de la part qu'il a prise à l'horrible contrerévolution de Lyon », celui-ci serre-t-il de plus près sa défense.

« Il n'a su ni pu savoir, dit-il, si le Représentant Gauthier avait fait sa déclaration librement ou non; il n'a pas dit que ce fut une action de nécessité ou de justice, mais simplement une action

sanctionnée par le Représentant Gauthier; il n'a pas dit non plus que son jugement n'ait été déterminé que par la déclaration du Représentant , mais d'après les circonstances qui ont amené la lettre écrite à Challier et la connaissance des taxes arbitraires et des listes de proscription; il ne pouvait connaître le jugement de la Convention ni par les journaux, ni par aucune espèce de correspondance, parce qu'il ne lui arrivait plus ni lettres, ni aucune sorte de journaux, sans qu'il pût savoir d'où provenait cette suspension de ces papiers publics; il n'a été en aucune manière l'agent de la contrerévolution, n'ayant jamais partagé le soin d'aucune administration; il ne connaît personne des Administrateurs; il n'a jamais correspondu avec aucun des auteurs du mouvement de Lyon, ni de vive voix, ni par écrit, mais il a été constamment concentré dans les immenses occupations de son état; il a toujours mené une vie isolée de toutes les affaires relatives à l'affaire de Lyon, sans avoir même le temps d'en pénétrer les ressorts; il porte, ajoute-t-il, le plus intrépide défi à tous ses accusateurs de produire une telle preuve de correspondance orale ou scripturale avec les agents de tout ce qui s'est passé à Lyon. »

A la question : « Où étiez-vous, quand la scélérate Lyon, après avoir assassiné les patriotes, "violé la Représentation nationale, méconnu les décrets de la Convention, opposé de la résistance aux lois, se mit en état de siège, et quelle résistance avez-vous porté à tous ces crimes de contre-révolution qui étaient publics ? » l'accusé répond nettement : « Depuis le mois de mai, je suis toujours resté à Lyon et j'ai hautement improuvé la rupture de la ville de Lyon avec la Convention nationale. » Il ajoute : « Dans la formation des compagnies et des bataillons de Lyon, il n'y a eu ni bénédiction de drapeaux, ni bénédiction d'armes, je nen ai ni fait, ni fait faire; il n'y a pas eu non plus de discours prononcés dans les églises, depuis l'ouverture du siège, pour approuver la conduite des contre-révolutionnaires de Lyon ». A la question subsidiaire : « N'avez-vous pas fait prendre un arrêté par votre Conseil épiscopal, n'avez-vous pas fait faire un mandement contre le mariage des prêtres? » Lamourette répondit : (( Il n'y a eu ni arrêté, ni mandement. »

L'interrogatoire fut clos par la désignation d'un Conseil. Lamourette choisit le citoyen Sauveau de la Garde. Cet interrogatoire porte les signatures : Lamourette, Fouquier; Volf, secrétaire.

Le 20 nivôse (10 janvier), l'évêque-intrus de Lyon fut ramené devant le Tribunal et comparut devant les juges Coffinhal, Deliège, Foucault et Scellier.

Fouquier-Tinville soutint avec vigueur l'accusation. II fit à Lamourette un crime de sa liaison avec Mirabeau ; l'accusa « d'être l'ami, le confident, le partisan de cette homme aussi extraordinaire par son immoralité que par ses talents, de cet homme qui ne s'était couvert du masque de la popularité que pour mieux servir le tyran, en trahissant' les intérêts du peuple, ajoutant que c'était lui, Lamourette, qui était le rédacteur ordinaire de toutes les motions et propositions perfides que ne cessait de faire Mirabeau à la tribune de l'Assemblée Constituante et qu'il avait conçu, avec ce dernier, le projet d'écraser le peuple, d'anéantir la liberté et de faire renaître le despotisme sur des bases plus solides en donnant au tyran le droit de veto, c'est-àdire, le droit d'anéantir ou de paralyser la Représentation nationale, et de faire la guerre et la paix sans le consentement des Représentants de la Nation. »

D'après de pareilles opinions, continuait l'accusateur, il n'est pas douteux que Mirabeau ne soit le partisan et l'agent du tyran français; alors, sans doute, il ne peut avoir pour ami aucun des hommes qui aiment sincèrement la Révolution 'et qui sont les chauds partisans de la liberté et de l'égalité; néanmoins Lamourette reste toujours intimement lié avec Mirabeau.

« Il est impossible, dit-il encore, que Mirabeau, dont l'immoralité n'a jamais eu d'exemple, se fut borné à manifester, dans l'Assemblée Constituante, des opinions royalistes. Il est certain que, dans le secret, avec ses partisans et ses amis, il conspira en faveur de la tyrannie contre le peuple français et contre la liberté. Aussi a-t-on appris qu'il avait fait un projet de fuite du tyran pour lui faire abandonner Paris qui est le berceau de la Révolution... et, du lieu indiqué par lui pour la retraite de Capet, ce dernier devait présenter la Constitution anglaise... »

« Pour exécuter ce plan si horrible, il était nécessaire que Mirabeau établisse des partisans du tyran dans les différents départements... Il ne pouvait pas mieux choisir, pour remplir ses vues, que Lamourette. Aussi est-il parvenu, à force d'intrigues, à le faire nommer évêque du département de Rhône-et-Loire où, cà peine pourvu

de cette place, Lamourette a composé son Conseil de plusieurs contre-révolutionnaires qui se sont hâtés, pour entraver la marche de la Révolution, de faire un mandement contre le mariage des prêtres... » Mirabeau, poursuit Fouquier-Tinville, ayant été « enlevé par l'Ange qui veille sur la Révolution française », les coopérateurs de ses projets ne perdirent pas Tespoir de mettre à exécution le plan contre-révolutionnaire.

L'Assemblée Constituante ayant terminé ses fonctions, « ses membres gangrenés et vendus au tyran se divisèrent par les départements pour pervertir l'opinion publique. » Lamourette se fixa à Lyon, où il ne prêcha que le modérantisme, les principes des Feuillants et du club monarchique. C'est pourquoi « la ci-devant Ville de Lyon a toujours été regardée comme en état de contre-révolution ». Tous les ennemis de la République y viennent conspirer, après la chute du tyran : c'est le principal siège des conspirateurs issus de la Convention ; toutes les autorités de la Ville sont imbues de fédéralisme. « On sait que Lamourette partagea les opinions des autorités constituées et qu'il se servit de ses fonctions ecclésiastiques pour égarer le peuple. »

L'accusateur public poursuit, racontant à sa manière les journées des 28 et 29 mai : « Lamourette était au milieu de la Ville rebelle; il n'était pas à la Commune avec les républicains; il ne fut pas emprisonné comme les patriotes. Il était donc du parti des contre-révolutionnaires; car, par état^ il marquait trop pour pouvoir garder la neutralité. »

Après avoir rappelé le décret par lequel la Convention ordonna, le 12 juillet, à tous les bons citoyens de Rhône-et-Loire de se réunir à la force armée et aux Représentants du Peuple, Fouquier continue : « Si Lamourette n'eût pas été un des contre-révolutionnaires de Lyon et un conspirateur, il eût abandonné cette ville criminelle pour se réunir sous le drapeau de la liberté. » Il n'a pas abandonné la ville : il est donc complice de tous les crimes commis à Lyon. « Mais il ne restera rien à désirer sur la preuve de sa scélératesse, puisqu'il va être démontré, par un écrit qu'il a fait imprimer, que Lamourette a été non seulement un des auteurs de la contrerévolution de Lyon, mais qu'il en a fait le panégyrique. »

Avec une insigne mauvaise foi, l'accusateur public va produire

le discours que l'évêque constitutionnel prononça le 12 juin, à une date où il ne lui avait pas été possible de se faire encore une opinion sur les événements. Il montre Lamourette « dans la chaire de contrerévolution », et là « en faisant le panégyrique des scélérats contrerévolutionnaires, il n'oublia pas celui de la faction liberticide qui avait siégé à la Convention ; il insulta enfin la Représentation nationale ».

Ce que Lamourette appelait « le trône d'une grande manœuvre et le foyer où les méchants tramaient d'horribles complots » était, dit l'accusateur public, la Convention nationale; et cela « au moment où elle était épurée et où la faction des hommes d'Etat en était exclue pour toujours. »

Il reproche à Lamourette d'avoir, lors de son interrogatoire, (( joint la fausseté et la dissimulation au crime. » Il termine le réquisitoire en déclarant « qu'il n'est plus possible de douter que « Lamourette est le plus grand contre-révolutionnaire que le glaive « de la Loi ait encore atteint », et en demandant que l'accusé, jusqu'ici détenu à la Conciergerie, « soit écroué pour y rester comme en maison de justice » et que l'ordonnance soit notifiée à la municipalité de Paris.

L'évêque-intrus de Lyon comparut ci nouveau, le 12 janvier, pour entendre sa sentence. Deux questions furent posées au jury :

« 1° Il a existé une conspiration contre la souveraineté du peuple français, l'unité, l'indivisibilité de la République.

« Adrien Lamourette, évêque constitutionnel de Lyon et ci-devant membre de l'Assemblée législative, est-il coupable de la dite conspiration ?

« 2° Il a existé à Ville- Affranchie un complot tendant à dissoudre la Représentation nationale, à rétablir la royauté en France, par l'effet duquel les Représentants du peuple ont été insultés et menacés, un grand nombre de patriotes, du nombre desquels était le républicain Chalier, ont été assassinés, le 29 mai dernier et jours suivants, et les habitants de la dite Commune se sont révoltés contre l'autorité légitime et ont pris les armes contre les troupes de la République.

« Ledit Adrien Lamourette est-il un des auteurs, un complice du dit complot? »

La réponse du jury fut affirmative. Coffinhal, qui faisait les fonctions de président, prononça la sentence :

« Le Tribunal, après avoir entendu l'accusateur public, condamne à la peine de mort ledit Lamourette, conformément à la Loi du i6 décembre 1792 ainsi conçue : « La Convention décrète que quiconque proposera ou tentera de rompre l'unité de la République française, ou d'en détacher les parties intégrantes pour les unir à un territoire étranger, sera puni de mort. »

« Et conformément à l'article 2 (Tit I, IL section, IL partie du Code pénal) : « Toutes conspirations et complots tendant à troubler l'État par une guerre civile en armant les citoyens les uns contre autres ou contre l'exercice de l'autorité légitime seront punis de mort. »

« Ordonne qu'à la diligence de l'accusateur public ledit jugement soit exécuté dans les 24 heures sur la place publique de la Révolution, imprimé, publié et affiché dans toute l'étendue de la République. »

Lorsque Lamourette eut entendu la sentence qui l'envoyait à Téchafaud, il fit le signe de la croix et avoua qu'il était l'auteur des discours que Mirabeau avait prononcés sur le clergé et les matières ecclésiastiques. Il ajouta qu'il regardait son supplice comme un juste châtiment de la Providence, et qu'il marcherait à la mort avec la plus grande résignation ' .

Un de ses compagnons de captivité raconte qu'au retour du tribunal l'évèque-intrus de Lyon s'occupa tranquillement avec ses compagnons, dissertant sur l'immortalité de l'âme. Quelqu'un s'étant avisé de le plaindre, l'évêque répondit : « Eh quoi! la mort n'estelle pas un accident auquel on doit se préparer? La guillotine, ce n'est qu'une chiquenaude sur le cou. » Le comte Beugnot, compagnon de chambre du prisonnier, assure qu'on le voyait remplir régulièrement, mais sans affectation, ses devoirs de prêtre -.

La désillusion était entrée dans l'âme de Lamourette depuis longtemps sans doute. Mais elle dut s'y installer surtout lorsque le condamné put repasser dans sa mémoire les arguments de Fouquier-

1. Journal littéraire de l'arrondissement de Saint-Pol, 1838. — Abbé Méric, M. Eniery, I, p. 419.

2. Wallon, Hist. du Trih. rèv. T. IL — Liébault, Lamourette^ 34-36.

Tinville réclamant sa tête. Être condamné comme ami de Mirabeau, pour avoir travaillé avec lui au rétablissement de la royauté, pour avoir été placé par lui, ci Lyon, aux fins de réaliser un plan de réaction, pour avoir choisi des vicaires épiscopaux contre-révolutionnaires, pour avoir été agent principal du soulèvement de Lyon... c'était à désespérer de la vérité et de la justice humaine!

Avec la désillusion vint le repentir. Comme Saul, sur le chemin de Damas, Lamourette fut ébloui par la. divine lumière, et maintenant des écailles tombaient de ses yeux sous la charitable influence d'un nouvel Ananie. Ce fut M. Emery qui ramena à Dieu Tévêque repentant.

Avant de consigner la rétractation de Lamourette et d'en établir le caractère de parfaite authenticité, il faut transcrire la lettre qu'il écrivit à sa nièce Elisabeth, la veille de sa mort.

« Dieu le veut! Il n'y a de bon dans la vie qu'une profonde soumission à sa volonté adorable. C'est sa miséricorde pour moi qui lui a fait trouver ce moyen d'expiation et de salut. Je l'ai accepté de tout mon cœur, et ma tendresse pour vous m'oblige à vous exhorter de toutes mes forces à faire un saint usage de cette grande croix que Dieu vous envoie pour votre sanctification et pour votre salut. Ce n'est que dans la Religion que l'union des cœurs est éternelle. Les âmes justes se retrouvent et s'embrassent dans le sein de Dieu après le songe de la vie. Souvenez-vous de ce qu'a souffert la S*^ Vierge. Aujourd'hui elle bénit les jours de sa tribulation comme les seuls beaux jours de sa vie. Je vous conjure donc, ma très chère bonne amie, au nom de notre mutuelle tendresse, de vous donner à Dieu, de vous consoler par les grandes et riches consolations de la foi et de ne jamais oublier qu'on n'est heureux que par la 'vertu. J'espère que la divine Providence aura soin de vous. Vivez avec la bonne et vertueuse Madame S., que Dieu vous a fait connaître pour vous servir de mère et d'amie. O ma chère amie, nous nous rejoindrons dans le pays de la justice, du repos et du bonheur. Adrien Lamourette '. »

I . « Copie certifiée conforme à l'original adressé par mon trop cher oncle à moi, Elisabeth Lamourette ». Papiers de Grégoire, collection de M. Gazier. Cette copie avait été envoyée à Paris par Charrier de la Roche (Lettre du 15 brum. 1795).

M. Emery, supérieur de Saint-Sulpice, fut le dépositaire de la rétractation de levêque-intrus de Lyon. Il en fit la déclaration dans une lettre écrite à sa Sainteté Pie VI : « Il est, dit-il, un évêqueintrus, le plus distingué des évêques de son espèce par ses connaissances théologiques et ses talents qui, trois jours avant sa mort, rétracta son serment, coucha par écrit la rétractation en forme d'amende honorable, la déposa entre mes mains, et désira qu'elle parvînt à votre Sainteté aussi promptement que le permettrait la sûreté du dépositaire. Cet évêque est celui de Lyon, Lamourette ' ».

Pie VI aurait dit en apprenant cette rétraction : « Qu'un Erravi est donc un consolant triomphe pour la vérité ^ ! »

M. Emery fit, aussitôt qu'il fut possible, en 1795, parvenir au Conseil archiépiscopal de Lyon une copie de la rétractation de Lamourette. « Sur l'observation, qu'on lui fit, que Lamourette ayant été intrus à Lyon, il était convenable que la pièce originale fût dans les archives de l'Archevêché de Lyon, M. Emery fit passer cette pièce originale, dont copie, légalisée canoniquement, fut envoyée à M. de Marbeuf. Les vicaires généraux firent imprimer la rétractation ">.

Le comte Beugnot, compagnon de cellule de l'évêque constitutionnel, reçut pour Outremécourt la même mission que M. Emery avait reçue pour Lyon. Un vieillard, interrogé, il y a peu d'années, par le curé d'Outremécourt, fit cette déclaration : « Je me souviens que mon père nous parlait souvent de M. Lamourette, qu'on savait à la maison qu'il avait prêté serment, qu'il était évêque, et que c'est à lui qu'il a fait écrire, par un Monsieur de la prison, pour apprendre à tous qu'il s'était rétracté et mourait en expiation de ses fautes ^. »

C'est, après tout ce qui a été dit de l'intrus de Lyon, un soulagement de transcrire sa rétractation et un devoir d'en défendre énergiquement l'authenticité. On a très justement avancé « qu'elle mériterait d'être imprimée en lettres d'or ».

« Ma déclaration à Notrc-Saint-Pèrc le Pape, à tous les Pasteurs et à tons les fidèles de l'Église catholique, apostolique et romaine :

1. Theiner, Documents inédits sur les aftaires religieuses (I, p. 441).

2. Anne-Marie deFranclieu, Hist. delà persi'cul ion religieuse dans l'Isère, III-469.

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