Collection de M. Gazier
i'^'' décembre 1798. Ce furent les navissima verha du Pasteur rappelé à Dieu. La piété de M. Verdollin et l'exquise délicatesse de son âme ne voulurent pas en priver le diocèse. Continuant ses Instructions sur le sacrement.de Pénitence, l'Archevêque s'appliquait à définir la contrition et à mettre en valeur les qualités de toute vraie contrition.
Le Concordat était sur le point d'être signé à Paris. L'évêque-intrus de Lyon, Jean-Claude-Marie Primat, allait monter, légitimement cette fois et avec honneur parce qu'il s'était repenti, sur le siège de Toulouse. Pieux, charitable, attaché à ses devoirs, il eut cependant à conquérir de haute lutte la confiance de ses nouveaux diocésains.
M. Charrier de la Roche devait s'asseoir sur le siège de Versailles. Comme les Réunis l'avaient invité à prendre part au concile de 1801, il leur envoya une très longue lettre exposant qu'il était dans l'impossibilité de se rendre à leur désir, vu la soumission qu'il avait envoyée à Rome le 14 mai 1797. Il leur conseillait de faire comme lui. Malheureusement il ne se montrait pas partisan d'une soumission aveugle, humble et confiante : en expliquant sa conduite, il ne cesse de s'innocenter et de vouloir blanchir l'église constitutionnelle ; on dirait d'un enfant qui, redoutant un blâme ou une correction, s'efforce de présenter ses actes en les enveloppant d'explications qui ne procèdent pas de la franchise.
Pardonné par l'Église, M. Charrier de la Roche fut, dans la suite, d'une dureté singulière envers ses anciens collègues. Il le montra — et la chose ne lui fut jamais pardonnée — en s'intitulant dans son Mandement de 1802, premier évêque de Versailles, comme si, pour lui, l'église constitutionnelle n'avait jamais existé.
L'historien a terminé la tâche qu'il s'était imposée, estimant avoir fait œuvre utile en tirant de l'oubli M. de Marbeuf, archevêque de Lyon.
Combien déjà avaient parlé de lui se référant uniquement aux calomnies de misérables pamphlétaires ! Combien s'étaient bornés à lui reprocher son départ pour l'exil, qu'ils appelèrent une désertion !
Oui, M. de Marbeuf ne parut jamais dans son diocèse. Si les
explications données pour justifier son éloignement ne satisfont pas le lecteur, il conviendra du moins que, bien loin de se désintéresser jamais de ce qui touchait aux nécessités de son troupeau, M. de Marbeuf, par une sollicitude de tous les instants, par une correspondance qui entre dans les moindres détails, par le choix judicieux de collaborateurs éminents, a su diriger ce troupeau avec sagesse et fermeté, le défendant contre les faux pasteurs, cela à l'une des heures les plus difficiles de notre histoire religieuse.
Lorsque M. Fesch, son successeur, prendra possession du siège de saint Pothin et de saint Irénée, l'Eglise de Lyon n'aura pas à sortir du tombeau par un miracle de résurrection ; le nouvel archevêque la trouvera vivante et organisée, les fidèles serrés autour de leurs prêtres, tous bénissant la mémoire de M. de Marbeuf dont ils surent apprécier Tindéfectible énergie dans la foi et le profond amour.