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CHAPITRE IV

M. DE MARBEUF ET TALLEYRAND

M. de Montazet et le Jansénisme. — L'évêque d'Autun administrateur du diocèse de Lyon durant la vacance : lutte contre le Jansénisme. — Colères du parti. — L'évêque d'Autun passe à l'archevêché de Lyon. — Talleyrand lui succède à Autun. — Nomination arrachée à la générosité de Louis XVL — Talleyrand et la vertu de justice.

Par la mort de M. de Montazet le parti janséniste se trouva privé de son protecteur le plus influent.

« Formé à l'école de Fitz-James, évêque de Soissons, dont il avait été grand vicaire, M. de Montazet était regardé comme le patron des Jansénistes. Avec M. de Fitz-James il reconnaissait l'autorité des Constitutions pontificales, tout en proclamant presque tous les principes des appelants. Il s'était laissé entourer des plus ardents d'entre eux, et Lyon semblait devenu la place forte du Jansénisme. Montazet eut la douleur de voir se renouveler dans son diocèse les folies des convulsionnaires. On devine l'émotion que dut causer au parti la disparition d'un prélat qu'on n'appelait plus que le Primat des Gaules, qui avait causé tant d'embarras à Christophe de Beaumont, qui, par ses idées, par les publications qu'il couvrait de son autorité, en particulier la théologie de Lyon, par sa longue carrière épiscopale, apparaissait comme la protection vivante et le dernier rempart du Jansénisme ' . »

1. Léon Séché, Les derniers Jansénistes. — L'abbé Cattin, Histoire ecclésiastique, p. 3, dit de M. de Montazet : « On ne peut se dissimuler que le trop long règne de Mgr Malvin de Montazet n'ait changé en grande partie la face de ce diocèse, n'y ait introduit l'amour des nouveautés et gangrené les esprits par l'infiltration des fausses doctrines. En fut-il imbu lui-même ? C'est une question qu'il est possible, d'après les faits, de soutenir contradictoirement : mais il est inutile de la discuter... Il fut notre évêque, et je ne suis pas son juge; d'ailleurs l'Eglise ne l'a pas jugé.

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Les évêques d'Autun, en vertu d'un privilège remontant au xiii^ siècle, étaient administrateurs du spirituel et du temporel de l'archevêché de Lyon pendant la vacance du siège.

Aussitôt qu'il eut connaissance de la mort de M. de Montazet, M. de Marbeuf donna à M. Hémey, l'un des vicaires généraux, qui se trouvait près de lui, ordre de se rendre à Lyon pour porter sa procuration et prendre aussitôt la direction des affaires du diocèse de Lyon.'

L'attention de l'administrateur se fixa sur les maux causés par l'infiltration des doctrines jansénistes et sur les remèdes à apporter cl un si lamentable état de choses.

La signature du Formulaire prescrit par la Bulle d'Alexandre VII fut rigoureusement exigée. Le Formulaire était ainsi conçu : « Je, soussigné, me soumets à la Constitution apostolique d'Innocent X du 31 mai 1653 et à celle d'Alexandre Vil du 16 octobre 1656, et rejette et condamne sincèrement les cinq propositions extraites du livre de Corneille Jansénius, appelé Augustinus, dans le propre sens du même auteur, comme le Saint-Siège apostolique les a condamnées par les mêmes Constitutions. Je le jure, ainsi Dieu me soit en aide et les saints Évangiles... )) Quelques élèves des missionnaires de Saint-Joseph ayant refusé de signer le Formulaire furent exclus de

Cependant on est forcé d'avouer que sa marche administrative, que la confianee dont il investit de préférence les partisans du Jansénisme eurent les plus funestes résultats. Sa conduite fit affluer dans le diocèse une foule de prêtres suspects et même publiquement connus pour être les apôtres de cette erreur. Les postes les plus agréables ou les plus importants leur furent confiés... Bientôt les places de directeurs dans les séminaires et les chaires de théologie furent occupées par eux. Le séminaire de Saint-Irénée, tenu par les Sulpiciens, était une barrière insurmontable contre les fausses doctrines. Afin de paralyser son action, une funeste année de Ville fut imaginée et établie pour tous les élèves de la première année de théologie sous la direction de certains prédicateurs fanatiques du jansénisme. N'était-ce pas vouloir leur innoculer à l'avance des germes de préventions contre la saine doctrine de Saint-Sulpice qu'on appelait chez eux « la doctrine relâchée », ou encore « le molinisme )> ? — Lyon connut avec les Fareinistes toutes les exagérations et folies des avancés du parti. Voir dans les Notes de Duret (Bibliothèque départementale du Rhône) l'existence à Lyon de nombreux tripots fréquentés par les convulsionnaires, et les extravagances des Bonjour, de Souchon, de Fialin, de Blanc, de Thévenon, de Darles. — En 1789, l'épiscopat français ne comptait plus aucun évêque janséniste. — Malheureusement beaucoup de curés demeurèrent imbus des préjugés de la secte. Duret parle de 60 curés au moins àâns le seul diocèse de Lyon.

l'ordination. La théologie de Valla fut abandonnée, les professeurs ayant reçu ordre de dicter leurs cours aux élèves.

Mais il était urgent de porter plus avant dans la plaie le fer rouge destiné à la cautériser. Les supérieurs et aumôniers des maisons religieuses parmi lesquelles l'erreur s'était installée, furent changés. On exigea des institutions de Saint-Joseph, de l'Oratoire, de Saint- Charles, que certains professeurs imbus de Jansénisme fussent remplacés. Le P. Roubles reçut de M. Hémey défense de prononcer dans l'église du Grand Collège l'oraison funèbre de M. de Montazet « attendu qu'il n'était ni prêtre, ni engagé dans les ordres, et qu'il serait ridicule qu'un laïque s'ingérât à remplir les fonctions ecclésiastiques. C'était bien assez pour Lyon du ridicule d'avoir vu des femmes se mêler de prêcher, sans que des laïques s'en mêlassent aussi ». Le P. Roubles d'ailleurs pouvait prononcer son panégyrique en tout autre endroit qu'une église, dans une des salles du Collège par manière d'exercice académique. La police fait invasion dans nombre de tripots; la justice informe contre les Bonjour de Fareins ; l'aîné ne tardera pas à être incarcéré \

Aussi il faut entendre le cri de colère que poussent les Nouvelles lorsque M. de Marbeuf eut été désigné comme archevêque de Lyon. Elles ont mesuré l'étendue du désastre qui vient d'accabler le parti : c'est le Ministre de la feuille qui succède à Montazet, Marbeuf qui lui doit tout, qui a été sacré par lui, « qui a laissé l'esprit sulpicien régner à Autun sans contradiction. » Hélas, dit encore la gazette, il est facile de prévoir « que les trente années d'épiscopat de M. de Montazet ne laisseront d'autre trace dans son diocèse que celle d'une fusée volante qui commence par un sillon de lumière et finit par des éclats suivis d'une profonde obscurité ».

M. de Sarept est, à son tour, pris à parti. « A peine M. de Montazet a-t-il rendu le dernier soupir, que l'Auxiliaire de Lyon impose la signature du Formulaire \ En vain lui représente-t-on qu'il outrage les cendres encore fumantes de M. de Montazet; qu'il se

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