CHAPITRE V
Premier Mandement de M. de Marbeuf, archevêque de Lyon. — L'administration du diocèse de Lyon : quatre vicaires généraux de M. de Montazet sont conservés : M. Denys de Vienne, MM. de Bois-Boissel, Navare, de Castillon. — Les deux neveux de l'archevêque défunt, MM. de Montazet et de Malvin, M. Jolyclerc sont écartés. — Sept nouveaux vicaires généraux : MM. de Castellas, Hémey, Verdollin, Bonnaud, de Villers, Gazaniol et Courbon. — Lnion parfaite des membres du Conseil. — Mandement du 27 janvier 1789. — Ce mandement est-il de M. Bonnaud? — Le mardi-gras 1789. — Mandement du Tiers-État.
Si le diocèse de Lyon se félicita de voir M. de Marbeuf à sa tête, celui d'Autun s'affligea de son départ, surtout quand il le vit remplacé par M. de Talleyrand.
Préconisé à Rome dans le Consistoire du 15 septembre 1788, M. de Marbeuf prêta serment au Roi dix jours plus tard et prit possession, par procureur, de l'archevêché de Lyon '.
A peine en possession de son siège, il fut informé des besoins urgents des ouvriers de la ville de Lyon; ceux-ci manquant de travail, n'envisageaient qu'en frémissant les rigueurs de l'afîreuse misère dont ils étaient menacés à l'entrée de l'hiver. Cette circonstance fournit aux Lyonnais l'occasion de connaître l'étendue et les ressources de la charité pastorale de leur nouvel archevêque.
I. Le comte de Castellas invite le prévôt des marchands et les échevins à assister le jour même, 14 octobre, à la prise de possession de Tarchevêché à laquelle il devait procéder dans l'église cathédrale de Saint-Jean, comme fondé de la procuration de Mgr de Marbeuf. Ravier, Imbert-Colomés et Seinman, échevins, sont députés à cet effet. Ils assistent à ce titre à la prise de possession que fit le doyen, comte de Castellas, aidé de M. de Pingon et de M. de Gourcy. (Délibérât, des corps municipaux de la V. de Lyon.)
M. de Marbeuf chargea un de ses grands vicaires d'annoncer aux administrateurs du bureau de charité, établi récemment à Lyon pour des besoins aussi pressants, qu'il allait contribuer à cette bonne .. œuvre par une somme de 15.000 livres : la somme fut délivrée à l'instant par des mandats sur ses fermiers. Il envoya de plus une lettre très touchante pour solliciter, au nom de la religion et de son divin fondateur, la charité des fidèles en faveur de ces ouvriers intéressants, dont le travail était pour la ville une source de richesse * et de prospérité.
Sans hésiter il déclare aux riches : « que les ouvriers ont été les artisans de leur fortune ». Il rappelle les maux qui tombèrent sur Tanis et Memphis « ces villes où se fabriquaient les ouvrages de fin lin si connus de l'antiquité » ; sur Tyr et Sidon « si fières de leur commerce et si renommées pour les ouvrages de pourpre qu'on y travaillait »; leurs manufactures firent « leur richesse, leur crime et leur malheur ». Dieu voulut châtier l'orgueil de ces cités corrompues par les arts et le commerce. C'est ainsi qu'il continue à punir, dans les villes commerçantes, les crimes qui naissent de l'opulence et du luxe. Il frappe et dessèche, par l'anéantissement des manufactures, la source même de ces richesses séductrices. La ruine des ateliers lyonnais, jadis si florissants, ne serait-elle pas une punition que Dieu veut exercer? L'abus des richesses n'aurait-il pas attiré la colère du Ciel sur les arts mêmes qui les ont procurées ? L'Archevêque rappelle que l'aumône est la rançon du péché et élève une voix suppliante au nom de vingt mille ouvriers sans travail menacés de la plus profonde misère (22 nov. 1788).
La lettre produisit un attendrissement général; d'abondantes aumônes remplirent le but désiré \ Il décide très vite à pratiquer la vertu qu'il prêche, celui qui préalablement en a donné l'exemple.
M. de Marbeuf, devenu archevêque de Lyon, avait été maintenu par le Roi dans sa charge de Ministre de la feuille. Obligé, par ses fonctions, de demeurer à Paris, il s'occupa d'organiser fortement l'administration de son diocèse.
Quatre seulement des anciens vicaires généraux furent maintenus