‹ L'Église de Lyon pendant la RévolutionChapitre 57 sur 191 · in-8, 60 pages · texte numérisé non relu

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2. 1790. Dans une lettre communiquée à M. le chanoine Pisani, et tirée des dossiers de Grégoire, Lamourette indique le dessein qu'il eut en composant ses Prônes : « Je vais entreprendre un cours de Prônes civiques qui pourront donner aux curés une idée de la manière dont on doit actuellement prêcher au peuple. Il paraîtra tous les mois un cahier contenant deux instructions patriotiques et évangéliques. Le titre sera : « Le Pasteur citoyen ou La Loi soutenue par la Religion ».

chiffre des voix qui se réunirent sur ces noms. L'omission donne à penser. Recommença-t-on aussitôt, dans la soirée, à recueillir les votes, ainsi que Taffirme M. Linsolas ? Le procès-verbal n'en dit pas mot. Il indique, à la date du lendemain i^"" mars, le résultat du second tour : 495 votes furent émis : 9 bulletins furent déclarés nuls; en tout 486 bulletins valables; la majorité dès lors était de 244 voix. Lamourette d'Arras, docteur en théologie, recueillit 264 suffrages. L'élection fut annoncée au peuple par le son de toutes les cloches de la ville.

En vérité ce n'était pas un beau succès, et il reste permis de croire que le favori de Mirabeau fut, par d'habiles manœuvres, imposé aux électeurs de Lyon qui n'avaient aucune raison de penser à lui. Beaucoup de ceux qui le nommèrent le connaissaient-ils même de réputation ?

Voici quelques mots de biographie sur le pasteur mercenaire, rangé parmi ceux dont Notre-Seigneur avait dit : « En vérité, en vérité, celui qui n'entre pas par la porte dans la bergerie, mais qui y monte par un autre endroit, est un voleur et un brigand. »

Adrien Lamourette naquit à Frévent, dans le Pas-de-Calais. Il fut baptisé le 31 mai 1742, le jour même de sa naissance. D'après l'acte de baptême, d'ailleurs conservé, on sait qu'il était de famille obscure ; son père exerçait la profession de « peignerant ». Ce père, bon et ferme chrétien, éleva ses cinq enfants dans les principes de la foi et la pratique constante des devoirs qu'elle impose : Adrien Lamourette remercia toujours la Providence de ce bienfait. Doué d'une excellente mémoire et d'une merveilleuse facilité de travail, le jeune Adrien, après avoir fait de rapides progrès dans les sciences, entra dans la Congrégation de Saint-Lazare. Prêtre, en 1769, il professe durant quelque temps à Paris. Nous le trouvons en 1773, avec la même qualité de professeur, au grand séminaire de Toul; là il prépare ses grades en théologie. Toutefois les idées du jeune abbé semblaient déjcà quelque peu avancées. Ses confrères et, avec eux, l'autorité diocésaine s'émurent : Adrien Lamourette dut abandonner sa chaire de théologie, peut-être aussi la Congrégation de Saint-Lazare. En 1775, il est simple vicaire dans la paroisse de Saint-Amand de Toul. De là, il passe, devenu curé, dans celle d'Outremécourt

L EGLISE DE LYO\ ET LE SERMENT lOI

OÙ il demeura de 1778 à 1784. Les vieillards de cette paroisse ont appris de leurs pères que Lamourette jouissait d'une estime universelle. C'était toujours à l'étude qu'on le trouvait lorsque le soin des malades ou les fonctions du ministère lui laissaient des loisirs.

Il faut croire néanmoins que le curé d'Outremécourt se plaisait médiocrement dans l'humble poste de campagne qu'on lui avait assigné. Sur la fin de la sixième année, il fait de longues et nombreuses absences dont les registres paroissiaux ont conservé l'indication : des religieux de Neufchâteau, capucins ou récollets, administrent les sacrements. En quittant Outremécourt, Lamourette rentra dans la Congrégation de Saint-Lazare, puis il revint dans son diocèse d'origine. Il figure sur la liste des académiciens d'Arras avec la qualité de orrand vicaire du diocèse. Les académiciens auraient-ils eu la prétention de s'honorer eux-mêmes en qualifiant leur confrère de ce titre toujours bien porté ? On peut le penser, car Mgr Deramécourt, dans son ouvrage sur Le Clergé des diocèses d'Arras, Boulogne et Saint-Onier, afiSrme que « Lamourette n'a fait partie des vicaires généraux de ces anciens diocèses ni avant, ni pendant la Révolution ». A toutes les consultations, l'évêché d'Arras a toujours répondu : « Jamais Lamourette ne fut vicaire général du diocèse. » Lors de son élection, Lamourette exerçait les fonctions d'aumônier à Paris.

Son premier ouvrage : Considérations sur Fesprit et les devoirs de la vie religieuse porte la date de 1785 : il est dédié à une carmélite. La même année parurent les Pensées sur la philosophie de rincrédulité ou Réflexions sur Vesprit et les desseins des philosophes incrédules du siècle : l'œuvre est dédiée à Louis XVI « le plus grand des rois ». Il ne donna qu'en 1788 Les Délices de la Religion ou le pouvoir de r Evangile pour nous rendre heureux. Ce fut son œuvre la meilleure, bien qu'on y retrouve le genre faux, le ton prétentieux et cette sentimentalité exagérée qui caractérisent Jean-Jacques Rousseau. Les Pensées sur la philosophie et la foi ou le système du Christianisme entrevu dans son analogie avec les idées naturelles de l'entendement humain virent le jour en 1789.

A cette date on voit poindre les regrettables errements d'Adrien Lamourette. La cause de sa déchéance ne fut-elle pas l'orgueil ?

Cessant de défendre l'Église, qu'il avait aimée, le futur constitutionnel se lie d'amitié avec Mirabeau; il devient son théologien et son secrétaire. Il fournissait les sophismes que le tribun savait si brillamment exploiter. Le décret de confiscation notamment, qui fut voté le 2 novembre 1790, avait été rédigé dans sa teneur par Lamourette lui-même. La Révolution eut à cœur de récompenser un serviteur si fidèle en donnant au théologien de Mirabeau, avec le siège épiscopal de Lyon, le titre de métropolitain du Sud-Est et vingt mille livres de traitement annuel \

Aussitôt qu'il reçoit confirmation de son élection au siège de Lyon, Lamourette ne perd pas de temps et entre en rapport avec les autorités de sa métropole. Il est très embarrassé pour s'assurer un prélat consécrateur, car il a compté, pour lui rendre ce service, sur l'évêque de Viviers. Mais Lafont de Savines refuse d'aller plus loin : (( je jure, disait-il, mais je ne sacre pas. » A défaut de métropolitain ou d'évêque de l'arrondissement, l'élu, suivant la teneur des décrets, était tenu de s'adresser au Directoire de son département pour en recevoir indication de l'évêque qu'il inviterait pour lui donner « l'institution et l'ordination ».

Dans la séance du 15 mars 1791, le Directoire du département délibéra gravement sur la question, et indiqua à Lamourette « pour procéder à sa confirmation canonique et à sa consécration : M. l'évêque d'Autun, en son absence M. l'évêque de Lydda, en l'absence de l'un et de l'autre M. l'évêque de Babylone, ou enfin, en l'absence des évêques ci-dessus désignés, tel autre évêque nouvellement consacré » ^.

La cérémonie eut lieu à Paris, le 27 mars, et ce fut l'apostat Gobel, évêque intrus de Paris, qui la présida, le jour où il s'installait lui-même à Notre-Dame. Dubourg-Miroudot, évêque in partibits de Babylone, et Saurine, évêque des Landes, assistèrent Gobel. Neuf évêques reçurent la consécration ce jour-là : Avoine (Seine-et- Oise), Bonnet (Eure-et-Loir), Joubert (Charente), Lacesve (Vienne),

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