L EGLISE DE LYON ET LE SERMENT IO
Lamourette (Rhône-et-Loire), Périer (Puy-de-Dôme), Séguin (Doubs), Thuin (Seine-et-Marne), Tollet (Nièvre).
Lamourette écrivit aussitôt aux administrateurs du Département : « J'ai reçu les lettres que vous m'avez fait Thonneur de m'écrire, et elles me sont parvenues au moment où je sortais de la cérémonie de ma consécration et où je me disposais à vous l'annoncer. Rien ne s'opposerait plus maintenant au prompt accomplissement du vœu de mon cœur et de celui des bons citoyens du département, si le Comité ecclésiastique ne me demandait de rester encore une semaine pour donner l'institution à plusieurs évêques, dont les sièges sont dans l'arrondissement du Sud-Est, et pour hâter la consécration d'un bon nombre qui attend ses dépêches pour dimanche prochain, et qu'il faudra partager entre plusieurs consécrateurs '. Les circonstances exigent que j'accorde ce délai à la nécessité de pourvoir promptement de pasteurs toutes les églises qui vaquent dans le Royaume. — Il est infiniment heureux et consolant pour moi. Messieurs, de voir les desseins que j'ai conçus par amour pour la paix si favorablement accueillis de vous et des différents Corps administratifs, et nous devons tout attendre du concert qui s'établit si solidement entre les premiers dépositaires de l'autorité publique et le premier pasteur que se sont choisis les représentants du peuple. C'est dans cette unité si désirable des organes de la patrie et de la religion que repose le salut public, et que je mets ma plus ferme confiance. J'espère mériter la vôtre dans tous les temps, parceque je veux être évêque-citoyen et que je crois imperturbablement à l'inséparabilitè de ces deux caractères. — Je vous remercie bien sincèrement de l'attention obUgeante que vous avez eue de m'adresser les réponses que le District et la Municipalité ont faites à la communication que vous leur avez donnée de ma lettre à M. le Président du Directoire du Département. J'y ai trouvé des témoignages d'estime et de bonté auxquels mon cœur répond par le plus vif désir de justifier des sentiments si honorables pour moi et siprécieux à mon besoin d'être l'ami des vertueux et sages concitoyens avec qui ma fonction me mettra en correspondance. Je consacrerai tous mes moments libres de cette semaine à la
I. Le 3 avril, Lamourette, assisté de Périer (Puy-de-Dôme) et de Prudhomme (Sarthe), consacra dans h cathédrale de Paris : Delcher (Haute-Loire), Gausserand (Tarn), Gouttes (Saône-et-Loire), Pouchot (Isère), Royer (Ain) et Thibault (Cantal).
rédaction d'un Lettre pastorale, et je compte qu'elle arrivera aussitôt que moi à sa destination '. »
L'union « des organes de la patrie et de la religion », en qui l'évêque constitutionnel mettait « sa plus ferme confiance » pour réaliser les « desseins qu'il avait conçus par amour de la paix », devait aboutir à la persécution la plus atroce. L'union d'ailleurs ne sera pas de longue durée.
La déclaration de guerre contre les catholiques partira du séminaire de Saint-Irénée qu'ont envahi les constitutionnels. En réponse à l'Ordonnance et aux censures qui leur ont été signifiées, les supérieurs et professeurs répliquèrent par un Avis au public qui n'est qu'une misérable dénonciation appelant contre l'Archevêque légitime les foudres du Directoire. Ils déclarent « qu'ils n'obtempéreront en aucune manière à cette Ordonnance illégale et à son contenu :
« Attendu i° que l'Ordonnance leur a été distribuée sous enveloppe nuitamment, et sans aucune des formalités prescrites par les lois canoniques; qu'à ce titre elle porte tous les caractères de l'anonyme et de l'imposture, et qu'elle ne parait être autre que l'ouvrage ténébreux de ces âmes forcenées, toujours jalouses contre le bien public, et acharnées à troubler l'ordre, la paix et les lois.
« Attendu ii° que, quand bien même elle serait avouée par M. de Marbeuf, elle est nulle pour cinq motifs principaux :
« 1° Parce qu'il est contre le droit des gens de frapper et punir sans autre raison que celle du despotisme ; que toutes les lois divines et humaines prohibent de condamner qui que ce soit, de le Uvrerà des peines sans l'avoir mis dans le cas d'être interrogé et ouï; que la maxime de M. de Marbeuf, si elle était jamais admise, serait pire que le joug tyrannique qui vient d'être aboli.
« 2° Parce que, d'après les dispositions des règles ecclésiastiques et des canons généralement adoptés, toute censure épiscopale doit être précédée de trois monitions canoniques; que tout évêque ne peut porter des peines et sévir sur son peuple ou sur son clergé s'il n'est dans son diocèse, environné de son clergé même, qu'il doit consulter.
« 3° Parce que M. de Marbeuf n'a jamais été archevêque de Lyon,