CHAPITRE X
LAMOURETTE EVEaUE CONSTITUTIONNEL
Le scandale de Saint-Nizier. — Incarcération de M. de Bois-Boissel. — Mémoire de M. de la Chapelle. — L'Instruction à l'usage des catholiques, — Mort de Mirabeau. — Le premier mandement de Lamourette. — Arrivée à Lyon de l'êvêque intrus. — Son intronisation. — Du Capitole à la roche Tarpéienne. — Départ de M. de Marbeuf pour l'exil. — Un curieux procès à l'occasion de sa démission de l'abbaye d'Ourscamp. — L'entêtement d'un fermier. — Menaces de mort contre M. de Marbeuf : il part sous le coup de ces menaces.
Jusqu'ici il n'y avait eu entre catholiques et constitutionnels que des idées très différentes soutenues en des discussions passionnées. On allait descendre du domaine de la théorie dans celui de la pratique : bientôt les emprisonnements succéderont aux blâmes des autorités; des cris et des injures la populace en vint aux attentats : le peuple n'a pas besoin qu'on lui désigne des victimes.
Le carême s'ouvrait dans l'église Saint-Nizier, et le prédicateur de la station, M. Linsolas, conformément à l'usage, terminait son instruction par la formule du rituel : « Nous prierons pour notre Saint Père le Pape, Monseigneur l'archevêque, le Roi. la Reine et la famille royale ». Quelqu'un de l'assistance, vis-à-vis de la chaire, s'écria : « Il n'y a plus de pape », et il prit la fuite. Deux jours après, des clubistes et des affidés aux gages se postèrent dans l'église. Lorsque le prédicateur arriva à la formule consacrée, ce furent des vociférations : « A bas ! Il n'y a plus de pape, plus d'archevêque ». Un municipal criait en agitant sa canne : « A la lanterne » ! On arracha des cordes à un crocheteur pour exécuter ce programme et des énergumènes s'efforcèrent d'escalader la chaire. Heureusement un vicaire de Saint-Nizier, l'abbé Pascal, aidé de quelques jeunes gens et de gardes nationaux, put protéger M. Linsolas et le
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reconduire jusqu'à son domicile. Le maire Vitet se hâta d'accourir et, prenant dans sa voiture M. Linsolas, il l'accompagna lui-même à la prison Saint-Lazare. Ceux qui avaient protégé le prédicateur, MM. Pascal et Thibaud, subirent le même sort. On fit garder à vue les prisonniers : ils ne recevaient aux repas que du pain et de l'eau '.
Il existe aux Archives nationales une lettre de M. Linsolas adressée au président de l'Assemblée \ Elle relate les odieux procédés du maire et de la municipalité. Après avoir indiqué qu'il était dans son droit de fixire prier pour M. de Marbeuf, puisque Lamourette n'avait pas encore été installé, M. Linsolas dénonce les placards injurieux et haineux que la municipalité de Lyon fit apposer sur les murs aussitôt après son arrestation. On ne pouvait le retenir plus de 24 heures, et on attendit huit jours pour évoquer l'afifaire au tribunal du District. A l'audience, l'accusateur public demanda l'élargissement provisoire : le commissaire du Roi était de cette opinion. Par crainte de blesser la municipalité, le tribunal décida qu'il en référerait à l'Assemblée nationale. Le Comité des recherches ne put que blâmer un pareil oubli des formes régulières. En vain les députés de Lyon avertirent la municipalité qu'elle devait relâcher les prisonniers; en vain le Département insista-t-il dans le même sens; le maire tint bon et ne prit pas même la peine de répondre aux lettres de M. Linsolas insistant pour obtenir son élargissement.
Il fallut un ordre exprès du Ministre de l'intérieur pour qu'on le prononçât, et ce ne fut seulement qu'après trois mois de détention que MM. Linsolas, Pascal et Thibaud recouvrèrent la liberté.
Le soir même du scandale de Saint-Nizier, M. de Bois-Boissel, vicaire général, eut son domicile envahi par des commissaires ; ceux-ci ayant trouvé chez lui trente exemplaires de V Ordonnance de M. de Marbeuf, l'arrêtèrent. On le conduisit à Saint-Lazare et, le lendemain, dans les prisons du château de Pierre Scyse.
Le vicaire général avait été arrêté, lui aussi, contre tout droit : il fut maintenu trois mois durant en prison d'une manière plus illé-