Dareste, Histoire de France^ VII, p
courte. Deux jours après les députés s'entre-déchiraient à nouveau. Le succès de l'évêque intrus fut ridiculisé sous le nom de « baiser La mou r et te ».
Sa modération était, par instants, aussi peu logique que ses opinions. Tout en s'opposant à l'anarchie, craignant pour lui-même, il donnait des gages aux partis avancés. N'est-ce pas lui qui, à l'occasion des troubles du 20 juin, proposa d'abandonner toute poursuite relative à ces troubles, oubliant que l'impunité rendrait plus audacieux les terroristes ? N'est-ce pas lui encore — et quelle flétrissure ! — qui, lors de la captivité de Louis XVI au Temple, osa demander « de séparer le roi de la reine, d'isoler l'un l'autre de leur infâme cour, afin de rompre toute communication funeste à la chose publique ' » ? Cette insulte au malheur, cette dureté envers un roi et des princesses dont il avait jadis brigué la faveur par de pompeuses dédicaces, fut mise en relief par suite d'une erreur commise dans les colonnes du Moniteur. Le rédacteur, faisant le compte rendu de la séance, avait attribué la motion au député Daumerette, bon et honnête cultivateur des Ardennes. Celui-ci s'empressa de protester, et la vérité obligea le rédacteur à restituer, quelques jours après, la paternité de l'odieuse motion « à l'abbé Lamourette, évêque de Lyon ».
Une curieuse épître de Lamourette, datée précisément du 29 août 1792, dont l'original est conservé aux archives départementales du Rhône, adressée à l'abbé Molin, second vicaire de la Métropole, montre dans tout son jour le politique ondoyant, tortueux et souple que fut l'évêque constitutionnel de Lyon ^
Très ému en apprenant « que la calomnie et la haine l'ont cou-
1, Séance du 25? août i']()2.
2. La lettre est écrite sur papier grossier. Elle a été publiée intégralement, toutefois sans le nom du destinataire, dans la i^^^i-M^ Au lyonnais (1859) par Aimé Vingttrinier. — L'abbé Molin la livra aussitôt reçue à l'impression (Lyon, Pélisson, 1792, in-80 de 15 pages), et il la fit précéder de quelques réflexions. «La calomnie, dit-il, a semé ses poisons contre M. Lamourette.... Semons à notre tour le contrepoison, me suis-je dit en moi-même, en faisant tout simplement imprimer la lettre que je reçois ». L'abbé Molin persuadera difficilement qu'il a agi de sa propre initiative. Le plaidoyer de Lamourette semble bien destiné au public. Les lecteurs étaient prévenus par l'abbé Molin que l'original de la lettre avait été déposé par lui entre les mains du maire (17 septembre 1792). V. Fonds Coste, no 3445.
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vert de toutes leurs noirceurs et jouissent aujourd'hui du cruel triomphe de lui avoir ravi la plus douce possession de son cœur, c'est-à-dire l'estime de ses commettants et leur confiance dans ses sentiments et ses principes », l'évêque-député « croit devoir donner à son ami, et par lui à tous ceux qui ont été à même de reconnaître son caractère inébranlable dans ses habitudes démocratiques et populaires, quelques réflexions explicatives de sa conduite à l'Assemblée nationale » .
« J'ai, dit-il, rarement parlé à la tribune; mais de grands et énergiques patriotes y ont souvent prononcé ce que j'avais conçu et écrit : j'ai pensé que des idées d'une certaine nature, articulées par eux, fixeraient plus l'attention et produiraient plus d'effet que si elles eussent été prononcées par un homme de mon état. J'ai continuellement travaillé avec les députés les plus avantageusement connus par leurs talents et pour la chaleur de leur patriotisme; et ces hommes sont assurément trop généreux et trop au-dessus des petites considérations de la médiocrité, pour ne pas attester la vérité de ma coopération à leurs motions les plus républicaines et les plus fortes, si j'invoquais leur témoignage. Enfin, tout le côté patriotique de la salle, que je n'ai jamais déserté une minute, a toujours trop bien remarqué combien je partageais avec lui l'aversion du côté feiiillantin, pour me soupçonner la moindre disposition à en goûter le système '. Je n'ai jamais eu de relations qu'avec les députés les plus notoirement dévoués à la cause du Peuple, et avec les écrivains les plus célèbres par leurs ouvrages révolutionnaires. Un jour de chaque semaine j'ai donné, depuis le commencement de la législature, un dîner civique où nous préparions les sujets à traiter à l'Assemblée, et où il n'y avait sûrement pas de Feuillants,
« J'ai parlé dernièrement à la tribune pour appuyer une pétition tendant à accorder le titre de citoyen français aux illustres étrangers qui ont écrit dans le sens de la Révolution. Tous les patriotes de la salle et des tribunes solUcitaient pour moi la parole parce qu'elle
I. Les Jacobins de Lyon accusaient Tévèque de faire partie du groupe feuillaiitin. Ce groupe était une scission des Jacobins de Paris et ne comprenait que des modérés : il tenait des séances dans le couvent des Feuillants, près des Tuileries ; on y voyait Lafayette, Bailly, Dupont, etc. Ses adversaires l'appelaient encore groupe monarchique.
m'était contestée par un autre orateur qui voulait la prendre : et l'on m'a applaudi avant que j'ouvrisse la bouche, tant on était sûr que je n'allais point parler contre les intérêts du patriotisme... »
Lamourette continue, essayant de justifier sa tentative de rapprochement des partis opposés, tentative fort peu goûtée des patriotes de Lyon et regardée, par eux, comme un crime de lèse-Révolution. « Venons à cette scène de réunion que j'ai provoquée et qui a servi si efficacement les vues de l'injustice qui me poursuit... Je pensais depuis longtemps en moi-même que la Constitution devenait de plus en plus, dans les mains du roi et de ses agents pervers, un instrument de contre-révolution, et que rien n'était plus absurde et plus superstitieux, en politique, que de s'assujétir littéralement à une Constitution, lorsqu'un État est encore en pleine révolution. J'ai écrit mes idées sur cette matière, et je concluai à ce que le Corps législatif, jusqu'à la clôture définitive de la Révolution, fermât le livre de la Constitution et ne consultât, dans ses déterminations, que la loi éternelle et suprême du salut du peuple. Je communiquai ce travail à M. Delaunay (d'Angers)... qui prononça à la tribune ce discours si plein de force et de hardiesse que vous avez vu, et qui effaroucha si fort une partie de l'Assemblée. Ce projet fut renvoyé au comité, mais nous vîmes bien que trop peu d'hommes étaient mûrs pour une telle détermination. Cette proposition avait irrité les amis du comité autrichien et scandalisé bon nombre d'assez bons patriotes qui croyaient bonnement qu'il n'y avait pas de comité autrichien et que le roi était un honnête homme. Ce fut dans ces circonstances qu'entre trois ou quatre, nous méditâmes un moyen de rendre saillante, et la perversité des hommes corrompus par la Cour, et la profonde perversité de la Cour elle-même. Nous avons dit : (( Rallions s'il est possible tous les partis de la Représentation nationale autour de la Constitution puisqu'on ne peut s'apprivoiser à l'idée d'en interrompre l'observation; afin que toute la France sache qu'il n'a pas tenu à ses Représentants qu'elle ne fût maintenue, et que sa chute ne saurait jamais être l'ouvrage de ceux qui ne la préconisent que parce qu'elle leur sert à tuer la liberté ». Cette résolution a démasqué, en effet, toutes les conspirations des Thuilleries (sic) et toute l'hypocrisie des prétendus constitutionnels... Trou-