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vaut cette mesure urgente, je l'ai proposée le 7... Aussi serait-il infiniment aisé de démontrer que cette réunion est l'une des causes qui ont précipité la révolution du 10, et par conséquent assuré à jamais le triomphe de la liberté et de l'égalité dans l'empire français... Quanta l'affaire Lafayette, j'ai très formellement voté contre lui au jour où il s'agissait de décréter d'accusation ce général coupable. »
Lamourette termine en déclarant « qu'il est ce qu'il a été avant d'aller à Lyon, ce qu'il a été à Lyon, ce qu'il sera toute sa vie » ; que si ses concitoyens « sont persévéramment entraînés parles insinuations de la malveillance », il abdiquera, par amour pour eux, une place qu'il n'a acceptée que par amour pour eux; qu'il a « bravé pour eux, pendant cinq mois, les poignards et les poisons de l'aristocratie et du fanatisme »; qu'il serait trop cruel pour lui à présent « d'avoir à supporter la haine des patriotes » ; qu'en conséquence il préférera de leur épargner une telle injustice à la douloureuse nécessité de lutter contre » ; car il ne reconnaît pas de supplice plus insupportable « que celui qui soumet l'homme de bien au besoin de se justifier aux yeux de la postérité séduite ou trompée ' ». La dernière phrase du plaidoyer est particulièrement intéressante : « Oh ! tout cela, mon ami, me fait soupirer après mon ancienne et paisible obscurité. Lcà je jouirai de ma conscience et de ma pensée ; là je reprendrai le fil de mes anciens travaux civiques; là je veillerai en invoquant le ciel pour un troupeau que je chérirai toujours, et mon dernier soupir sera encore un vœu pour sa prospérité et son bonheur. »
Lors des massacres du 2 septembre 1792, pleinement désillusionné cette fois, Lamourette eut peur des factieux : il fit décréter que la municipalité de Paris répondrait de la sûreté publique. Après la session il revint à Lyon (20 septembre).
I. En parlant des poignards et des poisons de l'aristocratie et du fanatisme, Lamourette certainement exagère. En tout cas, il exagéra les précautions, car il officiait à Lyon, dans sa cathédrale, sous la protection des baïonnettes. Un témoin déclare avoir vu une escorte de fusiliers venir le chercher à son trône pour le conduire au banc d'œuvre, en face de la chaire du haut de laquelle un de ses vicaires devait lire l'Instruction du 16 juillet 1791. La lecture finie, l'escorte reconduisit l'évèque à son trône. Fonds Coste n° 3410, dans l'Avertissement qui précède l'Epître à Lamourette.
Yves-Alexandre de Marheiif. lo
Cette digression, trop longue peut-être, permet de connaître l'œuvre politique de l'évoque intrus de Lyon. Reportons-nous maintenant en arrière. Quelle fut la situation des catholiques du diocèse de Lyon qui avaient gardé à M. de Marbeuf, leur évêque légitime, tout leur respect et toute leur fidélité? Ils furent persécutés sans trêve ni merci. Jaloux de consolider l'autorité de son évêque, autorité issue de la sienne, le Directoire du département ne connut pas la pitié, et les Directoires de district suivirent aveuglément l'impulsion venue de plus haut.
La Constitution civile jetait au cœur des familles une affreuse discorde, témoin la dénonciation de Jolyclerc, vicaire de la métropole, faite le 7 juin 1791 et, assure-t-il, d'après V ordre qui lui en avait été donné par M. C évêque : « Je soussigné... ai reçu la dénonciation de Françoise Adné, épouse de Gilibert Adné, charpentier, rue Gentil. Cette femme déclare que son mari se confesse aux missionnaires de Saint-Joseph, elle au sieur Quiot, prêtre de l'Oratoire; elle a fait à Saint-Nizier ses dévotions pascales. Son mari l'a vivement sollicitée de laisser sa paroisse, qu'il appelle une paroisse d'excommuniés. Sur son refus, il s'est brouillé avec elle et il lui a enlevé sa fille. Les choses, d'après son mari, ne se rangeront que le jour où renonçant à sa paroisse et à ses confesseurs, elle ira à Saint-Charles, ou dans l'église des Missionnaires, recevoir les instructions que l'on débite contre les prêtres fonctionnaires publics qui ont prêté serment et sont attachés à leur légitime évêque. Elle est allée aux Missionnaires, les priant de lui faire rendre l'amitié de son mari avec lequel elle avait toujours parfaitement bien vécu. Quatre d'entre eux l'ont traitée d'excommuniée, de malheureuse, et ont approuvé son mari. Le confesseur de son mari lui a enjoint de faire baptiser les enfiuits qu'elle aurait, ailleurs que dans sa paroisse et a désigné l'église Saint-Charles \ »
Les prêtres insermentés ne peuvent dire la messe que dans de rares chapelles ouvertes encore quelque temps au public; mais il ne leur est permis ni de célébrer des mariages, ni de donner le bap-
I . Toute la déposition est écrite de la main de Jolyclerc ; elle est contre-signée par deux témoins de la section de Saint-Pierre — Hôtel de Ville. Liasses Clergé.
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têmc. Les sacrements sont reçus dans des chapelles clandestines, et l'autorité civile poursuit toujours ces infractions dès qu'elle en est avertie.
Un enfant naît sur la paroisse Saint-Georges. Le père, un sieur Dugelay « catholique, apostolique et romain, voulant que son enfant professe la même religion que lui », appelle deux prêtres insermentés, MM. Bon et Curiat, qui viennent, sous un déguisement civil, dans le dessein de baptiser l'enfant, et apportent tout ce qui leur est nécessaire pour la cérémonie. C'est le 22 novembre 1791. Les officiers du bataillon de Saint-Georges, apprenant la chose, se transportent au domicile du sieur Dugelay et, avant que la cérémonie fût faite, arrêtent les deux prêtres. Conduits ci la municipalité, ces derniers sont envoyés en police correctionnelle. Le lendemain, le père de l'enfant est arrêté; on le conduit devant le juge instructeur. Le sieur Dugelay déclare : « qu'il ne voulait pas faire donner le baptême à son enfant par un prêtre constitutionnel; que sa conscience s'y opposait ». MM. Bon et Curiat, interrogés à leur tour, dirent qu'ils s'étaient travestis pour ne pas troubler l'ordre public et pour leur sûreté, mais que leur conduite était autorisée par la loi. — Le juge prononce que l'ordre public a été troublé et retient les prévenus jusqu'à la première audience de la police correctionnelle. Il se transporte ensuite au domicile du sieur Dugelay, remet l'enfant au major de la garde nationale pour le faire baptiser par le prêtre constitutionnel de Saint-Georges. Après la cérémonie l'enfant fut rapporté à la maison. Le lendemain seulement le père est remis en liberté provisoire malgré une énergique déclaration. « Il ne pouvait, disait-il, reconnaître les ministres salariés comme ceux de la religion catholique, apostolique et romaine, parce que le Souverain Pontife ne les connaît pas. >' MM. Bon et Curiat, interrogés à nouveau sur la différence qu'ils mettent entre leur culte et celui des ministres salariés par la Nation, répondirent « que la différence, qui existe entre les deux cultes, est à la portée de tous les fidèles ». Renvoyés à l'audience publique, ils s'entendirent condamner à six mois de détention dans la mairon de correction, ou dans le séminaire Saint-Charles sous l'inspection de l'évêque métropolitain, plus à six livres d'amende chacun et aux dépens. Il fut ordonné que les boîtes des saintes huiles saisies sur les déhnquants seraient remises à l'évêque du dio-
cèse OU à ses représentants. MM. Bon et Curiat en appelèrent devant les juges du district de Lyon. Les conclusions, sur cette affaire, furent données par M'^Rambaud, commissaire du Roi, le 5 décembre 179 1. On dut acquitter les deux prêtres inculpés, le premier jugement étant nul : « Il a été mnl, nullenient et incouipétoiiment jugé par la sentence du tribunal correctionnel », dirent les juges du District.
Peu de jours après l'arrestation de MM. Bon et Curiat, d'autres ecclésiastiques se virent appréhendés pour avoir procédé clandestinement à la célébration d'un mariage. Deux personnes, unies en octobre à Saint-Nizier par devant le vicaire constitutionnel, instruites de la nullité de leur mariage, voulurent le réhabiliter en présence de M. Rambaud, vicaire légitime. Celui-ci prit quatre témoins discrets : MM. Genevey curé d'Ecully, Vidil son vicaire, Chaillou directeur expulsé du séminaire de Saint-Irénée, et Verger, ancien chanoine régulier de Saint-Antoine. La cérémonie eut lieu au domicile de la sœur de M. Verger. Elle venait à peine de se terminer lorsque la maison fut investie par la ^Municipalité et les gardes nationaux. Les prêtres témoins furent saisis (M. Rambaud put s'échapper) et conduits à l'hôtel de ville. A Taudience publique, aux cris mille fois répétés par la populace de « à la lanterne », les quatre prêtres furent interrogés. Le procureur déclara que l'affaire tenait à une tentative de contre-révolution et se reliait avec les menées de Worms et de Coblentz. Condamnés solidairement à cinq cents livres d'amende 'et à six mois de séjour au séminaire constitutionnel, les quatre prêtres, sur leur demande, furent internés à Pierre-Scyse. Le lendemain, ils firent appel du jugement. Irritée de cet appel, la Municipalité essaya par deux fois de les extraire de leur prison : la fermeté de M. de Bellecise, gouverneur de la forteresse, qui s'était muni d'un ordre du président du Tribunal, sauva les prisonniers des fureurs d'une populace qui, s'il y avait eu translation d'un cachot dans un autre, se serait portée aux pires excès. Sur les conclusions de M*" Rambaud, commissaire du Roi (15 décembre 179 1), MM. Genevey, Vidil, Chaillou et Verger, furent acquittés et élargis ^
I. Manuscrit Linsolas, et surtout : Discours prononcés par M<-' Rambaud... Lyon, imprimerie d'Aimé Vatar de Li Roche, aux Halles de la Grenette, 1792.
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D'autre part, les vicaires généraux de M. de Marbeuf étaient poursuivis pour avoir donné des pouvoirs de juridiction et, avec eux, les prêtres bénéficiaires de ces pouvoirs ; cela ressort de l'affaire dite Courbon-Régny. Le 27 juillet, un officier municipal passant dans la rue de Bourgneuf vit un attroupement; il accourut. v( L'auteur de l'attroupement, dit le procès-verbal, était l'abbé Claude Régny, desservant la chapelle de la Ghana. La populace l'accusait d'être allé de maison en maison défendre d'assister à la messe de la paroisse, et prescrire d'aller aux Cordeliers, parce que la messe des prêtres assermentés ne valait rien. » Il était accusé surtout «d'avoir distribué des catéchismes incendiaires ». On saisit sur lui cinq brochures :
1° Lettre première à M. Charrier de la Roche, député de Lyon, in-8° de 42 p.
2° Suite des lettres sur l'Écrit de M. Charrier, in-8° de 43 p.
3° Adresse des catholiques de Blois à l'Assemblée nationale, in-8° de 8 p.
4° Apologie du clergé de France, in-8° de 131 p.
5° Instruction à l'usage des catholiques de France, in- 12 de 96 p.
On saisit encore quatre manuscrits :
1° Un cahier de 3 feuilles formant 10 pages et 3 lignes, commençant par ces mots : Conduite des Curés de France, et finissant par : Collationné à l'original envoyé de Paris, 22 mai 179 1.
2° Un cahier de 4 pages commençant par les mots : Fleury Hist. eccles .
3° Une feuille contenant les pouvoirs donnés au sieur Régny, le I" mars 1791, commençant par les mots : hlosylcarius gcneralis, et finissant par : Conrhon vie. gen. Les pouvoirs étaient donnés pour tout le diocèse de Lyon.
4° Une feuille contenant des résolutions de retraite.
L'abbé Régny fut conduit à l'hôtel de ville et jeté dans les cachots de Pierre-Scyse. Il ne devait en être arraché que pour subir un atroce martyre dans la prison de Roanne le 9 septembre 1792. On n'osa pas sévir contre M. Courbon autrement qu'en le dénonçant au tribunal du district de Lyon ^ Le reproche qu'on lui fait est de
I. On lit dans Duret, III, 276 : « M, Vitet [le maire] a écrit à M. Courbon de s'absenter. On a mis depuis deux jours des gardes à la porte de M. Courbon ; on
s'être intitulé vicaire général de Lyon, alors que le diocèse avait cessé d'exister; d'avoir, en donnant des pouvoirs, supposé encore existant le titre d'archevêque anéanti par la Loi, et étendu la mission qu'il donnait « per totum diœcesim Lugduni, expressions formellement contraires à la loi et manifestement employées pour autoriser, s'il eût été possible, le porteur de la mission à sortir du territoire de l'évêque actuel de Rhône-et-Loire et à remplir ses fonctions dans toute l'étendue de l'ancien diocèse de Lyon. Le Directoire décida que le manuscrit « Conduite des Curés » serait imprimé et distribué « à l'effet de dévoiler les machinations des prêtres réfractaires, et de garantir les citoyens des embûches qu'ils ne cessent de leur tendre en abusant du nom sacré de la religion \ »
Le manuscrit Conduite des Curés fut de fait imprimé avec des notes destinées à éclairer le peuple sur le fanatisme des prêtres insermentés. La note qui a trait à l'article premier est intéressante; elle montre clairement que les promoteurs de l'église constitutionnelle confondaient sans cesse la consécration et la juridiction. Sur cette erreur volontaire, reposa la Constitution civile. « Tous les évêques ne s.ont-ils donc pas légitimes ? Nos ennemis sont obligés de reconnaître ce caractère dans les évêques nouvellement consacrés. Ils ont reçu l'imposition des mains et une juridiction spirituelle, par conséquent universelle. J.-C. les a envoyés comme son Père l'avait envoyé « Sicut niisit nie Pater, ego mitto vos )>. Le devoir de tous est donc de prêcher l'Évangile, de le prêcher partout; aucune région, aucun empire, . aucun individu, ne leur est spécialement affecté ; l'univers est le champ dans lequel ils doivent moissonner ; telle est l'institution divine. La police des empires a exigé des divisions de territoire, l'homme a posé des limites matérielles ; il peut les changer à son gré ; les premiers établissements de ces limites, leurs modifications, n'ont jamais altéré ni pu altérer la juridiction spirituelle établie par Dieu même : elle existe pure et entière dans les mains d'un successeur des apôtres, consacré avant ou depuis la régénération de l'empire français ». Au théologien, prêtre constitutionnel qui,
avait compté en une 'seule matinée quatorze ecclésiastiques qui étaient allés chez lui ». M. Courbon avait été conseiller municipal, les égards s'expliquent. — Duret, p. 293, ajoute que M. Courbon sortit de Lyon. I. Hôtel de Ville, Liasses C7t'/;<'^('.
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sur lordro du Directoire, annota la Conduite des Curés, il n'y aqu'une réponse à faire : le prêtre, l'évêque, reçoivent des rites sacrés, au jour de leur ordination ou de leur consécration, les pouvoirs divins ; c'est vrai : mais ces pouvoirs sont aussitôt liés par l'Eglise qui a le pouvoir de les lier. Le prêtre ou l'évêque, le jour où ils recevront de l'autorité, qui a la charge des âmes, un territoire limité par elle, verront leurs pouvoirs déliés pour être utilisés exclusivement sur le territoire qui leur a été assigné, sauf le cas, ordinairement rare, de nécessité majeure.
L'opuscule Conduite des Curés fut des plus utiles au clergé. Les pasteurs se le transmettaient parle moyen de copie et le plus secrètement possible. Les prêtres persécutés pour la foi, en firent leur Vade mecmn; pour plusieurs il deviendra l'occasion et la raison même du martyre. On fit aussi circuler bientôt une Conduite des fidèles sous le titre de Maximes de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, à T usage des fidèles pendant le temps de schisme et de persécution, et sous la forme très populaire et pratique des Commandements.
Aux hommes tu obéiras, Mais à Dieu préférablement.
Des schismatiques tu fuiras Messes, sermons également.
Une foi tu professeras, Celle de Rome uniquement.
Au Pape tu te soumettras, Aux évêques pareillement.
En eux seuls tu reconnaîtras L'Église et son gouvernement.
Aux vrais pasteurs tu montreras Un invincible attachement.
D'eux seuls toujours tu recevras Les sacrements, l'enseignement.
A eux ne te confesseras Q.u'au cas de mort uniquement
Devant eux ne te marieras, Tu n'aurais pas de sacrement.
Et dans ta maison tu prieras Si tu ne le peux autrement.
1 1 Des intrus tu déploreras Le pitoyable aveuglement.
Avec soin tu te garderas De te souiller par leur serment.