‹ L'Église de Lyon pendant la RévolutionChapitre 84 sur 191 · Gonon no · texte numérisé non relu

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Par contre, peu avant, il avait ose traiter ce même Pape d'hérétique.

Le 29 octobre^ les vicaires métropolitains de Lyon publièrent un petit mandement où, annonçant que le Pape était retombé malade, chose « qu'ils avaient apprise avec douleur », ils prescrirent de nouvelles prières publiques pour le rétablissement de la santé du Souverain Pontife. A cette occasion parut, à Lyon, une brochure très piquante qui tournait en ridicule le mandement impertinent. Elle débutait par cette grosse plaisanterie : a J'ai lu. Messieurs, votre mandement qui commence par Lamourette et finit par Bouteille — c'était le nom du secrétaire. Vive le vin ! Vive l'amour ! ' »

Il V a dans les mandements de Lamourette plus de philosophie que de théologie : les âmes auraient de la peine à y trouver une nourriture ; cette nourriture ne peut être que la parole de Dieu.

Le Bref de Pie VI portant itératives et dernières monitions canoniques parut le 21 mars 1792. Il fut envoyé par le Cardinal Zélada à M. Girard, agent pontifical à Lyon, frère du futur vicaire général de M. de Marbeuf, qui le fit parvenir à Paris à l'adresse de convention des députés des Ardennes. Le Bref arriva par la diligence de Lyon le dimanche, jour de Pâques. L'abbé de Salamon raconte au Cardinal Zélada comment il s'y prit pour retirer le précieux paquet : « Muni de la lettre d'avis de M. Girard, j'ai été moi-même à l'hôtel des diligences. J'ai trouvé que la diligence de Lyon était déjà arrivée et tous les paquets déballés. A cette occasion, j'ai vu l'ascendant que TAssemblée nationale a sur ceux qui tiennent à l'administration. Il y avait un grand nombre de personnes et encore plus de paquets ; je craignais de ne pouvoir venir à bout d'avoir le mien, parce que j'arrivais des derniers et, de plus, j'étais ecclésiastique. Je fis bonne contenance ; je m'avançai et me mis à dire â haute voix : « Je viens prendre un paquet à l'adresse des députés des Ardennes ». A ces mots, on m'ouvre passage ; le directeur vient, le chapeau à la main, demander mes ordres ; on écarte tout le monde, on bouleverse tous les paquets pour avoir le mien, on le trouve à l'instant. Je mis un nom sur le registre, et m'en allai bien vite monter en voiture avec mon paquet sous le bras, riant en moi-même de la manière dont j'avais joué mon rôle. Arrivé chez moi, je fis les paquets avec

1. \'icomte de Richemont. Correspoiuiancc de Fabbé de Sdlainoii, p. 488.

une lettre d'envoi à chaque archevêque et, à quatre heures et demie, jour de Pâques, tout était remis'. »

- Par le Bref du 13 avril 179 1, le Pape enjoignait à tous les assermentés de se rétracter avant quarante jours, sous peine d'encourir la suspense de l'exercice de leur ordre : les quarante jours écoulés, évèques et curés intrus, ou simplement jureurs, se trouvèrent privés de leurs pouvoirs d'ordre. Ce n'était pas encore l'excommunication. Parle Bref du 21 mars 1792, le Pape donnait aux coupables un nouveau délai de cent vingt jours, lesquels écoulés, seraient frappés d'excommunication : les évèques consécrateurs et leurs assistants, les évèques-intrus et leurs vicaires épiscopaux, les quatre évèques assermentés, les curés intrus en totalité et en partie, et enfin les vicaires de paroisse ou autres prêtres délégués ou approuvés par les intrus Au terme fixé, ils étaient, comme schismatiques, retranchés de la communion du Pape et de l'Église.

M. de Marbeuf, dans la Lettre pastorale, qui porta publication de ce Bref, apostrophe vivement Lamourette : « En vertu de l'acte où nous prononçcâmes que vous aviez encouru les peines de droit portées contre les schismatiques (février 179 1), comment, paralysé quant au for intérieur pour toutes les fonctions de la juridiction que vous avait départie la synagogue de Satan, avez-vous pu vous obstiner à rester assis dans notre chaire épiscopale, à vous arroger notre autorité et le gouvernement de notre diocèse ? Repliez-vous sur vous-même et répondez-nous. Quel fruit avez-vous retiré de cette comédie sacrilège que vous jouez depuis un an et dont vous êtes forcé de rougir aujourd'hui ?

« Embrassant d'abord une carrière où vous annonciez n'avoir pour toute ambition que celle de consacrer vos talents naturels à la gloire.de l'Église, vous prîtes le masque de la piété et vous fîtes le calcul de ces hommes « à l'esprit gâté, dont parle l'Apôtre, qui cstinieiit que la piété peut procurer un hou rendement ». D'après ce plan, vous prîtes le rôle de défenseur de la Religion et vous déclarâtes la guerre à la philosophie moderne... »

L'archevêque de Lyon demande à son intrus comment « évêque par la grâce d'un philosophe, en vertu d'une mission philosophique, dans

I. V. Concsp. dei'abbc Sataiiioii, par le vicomte de Richeniont, p. 385.

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une Église créée par la philosophie », il a pu penser à une dignité acquise à laide de cette môme philosophie, qu'il avait ci-devant combattue, sans que la rougeur de la confusion ne soit venue couvrir son visage tout entier. « Direz-vous que l'amertume de cet opprobre a été adoucie parles jouissances d'une fortune qui a dépassé vos espérances ? Mais elle va vous échapper cette fortune précaire, semblable à ces songes agréables que fait évanouir le réveil ! Encore quelques semaines, et des circonstances impérieuses vont mettre l'Assemblée nationale dans l'impuissance de salarier les fonctionnaires publics du culte nouveau. La Constitution civile, objet des sarcasmes des coryphées eux-mêmes de l'Assemblée, est menacée de succomber sous les coups qu'ils vont lui porter. Vous le savez, le décret qui doit l'anéantir est déjà minuté dans le secret des comités de nos législateurs. Alors le bizarre évêché du département de Rhône-et-Loire se dissipera comme le brouillard de ces deux fleuves. Votre épiscopat ne sera plus qu'un être de raison et, dans toute l'exactitude des expressions de Saint Bernard, vous serez la chimère du siècle. Alors, sans titre épiscopal même apparent, même constitutionnel, frustré de cette niammone d'iniquité dont on soudoya votre apostasie, tant qu'on crut en avoir besoin pour ne pas effaroucher le peuple par la suppression brusque de toutes ses habitudes religieuses, que deviendrez-vous ? Que ferez-vous ? Quelle autre ressource vous restera si ce n'est de confesser humblement que vous avez été le jouet des vaines promesses de ceux qui, méprisant le traître et l'ambitieux, auront su tirer parti de sa trahison et de son ambition ?

« Tenterez-vous de vou^s étourdir sur tant de souvenirs amers en vous enivrant des douces vapeurs de l'amour-propre sur la réputation littéraire que vos écrits vous ont acquise ? Sans doute, vos adversaires eux-mêmes conviennent que la nature vous avait (^ratifié, en ce genre, de quelques dons heureux; mais en même temps ils vous reprochent d'en avoir fait l'abus le plus étrange et le plus criminel. Pouvez-vous dissimuler que vos compositions, publiées sous le nom de Prônes civiques et Lettres pastorales, attaquées par les armes de la plus vigoureuse logique et passées au creuset de la plus saine critique, n'ont donné, pour tout résidu, que des impiétés, des hérésies et le virus de la doctrine philosophique, malgré la magie

du ton prophétique et Temphase du style oriental qui régnent dans vos productions épiscopales ? Immolés à la risée publique, vos ouvrages nous parurent indignes d'être censurés par nous : nous craignions de compromettre la dignité de notre autorité. Nous crûmes donc devoir vous abandonner, pour le moment, au torrent du mépris universel qui vous entraînait, en nous réservant de condamner vos Instructions prétendues pastorales dans quelqu'autre circonstance plus analogue à la majesté de nos fonctions. Le nouveau Bref du Pape va nous en fournir l'occasion...

« Vous consolerez-vous en vous rappelant que vous avez recueilli, au moins un instant, le tribut de vénération et de soumission que les fidèles payent aux formes, même purement extérieures, de l'épiscopat et au simulacre de l'évêque ? Mais ayez le courage aujourd'hui de l'avouer avec candeur : Quel est l'homme honnête, quel est le citoyen religieux de la ville où a été placée votre chaire de pestilence, qui a voulu entretenir avec vous ces rapports et ces liaisons auxquels invitent les charmes de la société ? L'opinion publique vous a séquestré, isolé et relégué dans le cercle étroit de vos complices, la lie de notre clergé. En vain, pour recruter des partisans à votre église schismatique et pour séduire l'esprit de la multitude, vous vous composâtes un visage et un langage de modérateur. En vain vous vous couvrîtes des formes les plus attrayantes et les plus douces. Dès votre début vous fûtes percé à jour par ceux qui se connaissent en hommes, et vous ne trompâtes que ceux qui étaient intéressés à l'être... Il n'est pas jusqu'à la petite manœuvre de vos suppôts à qui vous ordonnâtes d'indiquer des prières publiques pour la maladie du Souverain Pontife, dans un jemps où sa convalescence était notoire dans le royaume, afin de persuader au vulgaire stupide que vous étiez en communion avec le Chef de l'Eglise, il n'est pas jusqu'à ce manège, maladroitement hypocrite, qui n'ait été un sujet de dérision dans tout notre diocèse... Enfin, poursuivi par le ridicule et ne pouvant pas survivre à l'inconsidération absolue où, à juste titre, était tombé un évêque, le métropolitain du Sud-Est, dont un club était devenu le synode abominable, vous prîtes le parti de vous soustraire à tant d'humiliations par une retraite habilement ménagée à la faveur de votre députation à l'Assemblée législative... »

CATHOLiaUHS KT CONS'IITU TIOWi: LS l6l

Il est facile de reconnaître hi plume mordante de l'abbé Bonnaud. Le vigoureux et accablant réquisitoire se termine par un appel aux jugements de Dieu : « Vous ne vous flattez pas sans doute d'être immortel, Adrien Lamourette ! Au moment de paraître au Tribunal formidable du souverain Juge, quelles pensées viendront alors se présenter à votre esprit et accableront votre âme?... Vous vous rappellerez que vous avez porté contre vous-même un jugement dont la candeur étonne, par cette déclaration consignée dans un de vos écrits publics : Usurper le sièoe de Lyon, ce serait me consliliier la perte des âmes, ravager V héritage du Seigneur et tarir volontairement toutes les sources du salut éternel des hommes » '.

M. de Marbeuf évoque le souvenir de la fin misérable des intrus de l'Ancien et du Nouveau Testament, particulièrement — et cette évocation fut une prophétie — celle de Georges de Cappadoce « qui n'avait de chrétien que le nom, professait toujours la doctrine qui convenait le mieux ci ses intérêts ». Devenu odieux aux catholiques, aux ariens et aux païens, le misérable évêque-renégat fut emprisonné, traîné par les rues d'Alexandrie, foulé aux pieds, et son cadavre mis en pièces. L'Archevêque adjure Lamourette de se repentir.

A défaut de ce repentir, il lui intime et notifie les « monitions itératives, dernières et péremptoires ». Pareille intimation est faite aux vicaires métropolitains intrus, aux curés, au S"" Rover pour la Bresse, la Dombes et le Bugey, au S"" Pouchot pour la partie du diocèse sise en Dauphiné. Il condamne les Lettres et Instructions pastorales de Lamourette des 7 avril, 12 mai, 20 mai, du 16 juillet 1791. Intimation est faite pareillement pour les diocèses d'Autun et de Sens : d'Autun, en vertu du pouvoir juridictionnel accordé par induit du Souverain Pontife; de Sens, par suite de la commission résultant du Bref du 21 mars -.

L'archevêque de Lyon, avant de faire charger au registre du bureau de la poste un exemplaire de sa Lettre Pastorale et du Bref

1. Citation tirée de la Lettre de Lamourette aux fonctionudires puhtics.

2. Les vicaires généraux d'Autun furent avertis de la juridiction donnée à M. de Marbeuf par une Lettre du cardinal Zélada (11 avril 1791). Jusqu'à sa mort, M, de Marbeuf administra le diocèse d'Autun et une partie de celui de Sens. Jusqu'au Concordat, M. Verdollin, après la mort de M. de Marbeuf, exerça les mêmes fonctions.

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qui y était adjoint, scella le pli du sceau de ses armes et, sous cette forme, pour qu'aucun des destinataires ne pût nier l'avoir reçu, il l'adressa à Lamourette, intrus de Lyon ; à Royer, intrus de l'Ain ; à Pouchot, intrus de l'Isère.

Tandis que les « Aurais Pasteurs » accomplissaient leur tâche pénible, les catholiques de Lyon s'abritaient dans les chapelles des couvents. Ils allaient y entendre la messe, désertant les offices schismatiques. Les sectaires organisèrent des manifestations violentes. Des catholiques ayant été insultés et menacés, des femmes outragées indignement, on se trouva dans la nécessité de recourir aux oratoires privés.

Que furent les ordinations de Lamourette ? Une lettre de l'abbé Rousset de Saint-Eloi, adressée à M. Navare, ancien vicaire général de M. de Marbeuf, retiré à Balan en Dauphiné, lettre qui fut, avant d'avoir été terminée, saisie durant une visite domicihaire, parle de l'ordination que fit l'évêque-intrus peu après son arrivée à Lyon (juin 1791) : « Le sieur Lamourette, comme vous le savez peutêtre, a fait une ordination très nombreuse. Cela n'est pas étonnant puisqu'il n'a observé ni âge, ni interstices. » De nouveaux prêtres, à vingt-deux ans, reçurent des pouvoirs de vicaire et même de curé. Interrogé sur les termes de sa lettre, l'abbé de Saint-Eloi précisa : « Dans le fait, Lamourette, évèque du département de Rhône-et- Loire, avait conféré la prêtrise à un jeune homme de vingt-deux ans, qui est, dit-on, actuellement vicaire à Chasselay » \

Le samedi, 6 août, eut lieu une nouvelle ordination : l'évêque conféra à son neveu, qu'il voulait mettre au grand séminaire en qualité de professeur, le même jour et successivement : les ordres mineurs, le sous-diaconat et le diaconat \

Sur le point de partir à Paris pour y exercer son mandat législatif,

1. Le curé constitutionnel, Pierre Darnaud, envoyé par Lamourette dans la cure de Cailloux-sur-Fontaines, n'avait que vingt-deux ans. — L'abbé de Salamon écrit au cardinal Zélada que Lamourette donnait des dispenses d'âge pour les ordres sacrés, et qu'il venait d'ordonner deux prêtres avant l'âge compétent. (Vicomte de Richemont, Correspûmlance de l\ibbc de Salamon, p. 138.)

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