‹ L'Église de Lyon pendant la RévolutionChapitre 99 sur 191 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

LE SIÈGH DE LYON

Mesures de prudence imposées par les vicaires généraux. — Luttes sanglantes des 28 et 29 mai. — La religion n'a rien à voir dans l'insurrection lyonnaise. — Le chant du cygne de l'évêque métropolitain. — Les défenseurs de Lyon se battent pour le triomphe de l'ordre sur l'anarchie. — Journées de siège. — Procès de Chalier. — Son exécution. — Détresse de la ville assiégée. — Lamourette est fait prisonnier.

Lyon allait tenter de se soustraire,, par un coup de force, aux menaces des anarchistes. Ceux-ci, dans leurs clubs, sous l'inspiration de Chalier et de Laussel, rêvaient les projets les plus sanguinaires, voulant purger la terre des prêtres, des nobles et des riches. Déjcà des listes de proscription avaient été dressées ; une émeute, longuement préparée, réaliserait le plan destructeur. Un soir, quelques courageux citoyens et plusieurs membres de la municipalité, soutenus par la force armée, se portèrent contre le Club central, dont les ramifications s'étendaient dans les principales villes et même dans les campagnes du département. La frayeur s'empara des clubistes : ils s'enfuirent laissant aux assaillants leurs registres, leurs arrêts et leurs motions. Dans la suite, ces ennemis de l'ordre devinrent plus circonspects, et c'est dans le plus grand secret qu'ils rétablirent leurs listes de proscription.

Inquiets de la marche que prenaient les événements, les vicaires généraux de Lyon recommandèrent la prudence aux prêtres, aux religieuses et aux catholiques. Ils rappelèrent les prescriptions qui avaient été envoyées déjà en février. Il était interdit expressément de célébrer la messe dans les chapelles particulières lorsqu'il s'y trouverait plus de huit personnes étrangères à la maison. Sur semaine, les religieuses ne purent y assister qu'à certains jours : elles ne

lôô YVES-ALEXANDRE DE MARBEUF

devaient se confesser que tous les vingt jours. C'est que, même sous un costume séculier, les religieuses étaient facilement reconnaissablés : plusieurs oubliaient souvent de dissimuler leur livre de prières. La circulaire fut envoyée aussi dans les campagnes, et elle sauva de la déportation bon nombre de prêtres.

Les 28 et 29 mai, décidés à protéger leurs personnes et leurs biens, les honnêtes gens de Lyon, aidés de quelques royalistes, marchèrent sur l'Hôtel de Ville. Il y eut une bataille sanglante qui débarrassa enfin la ville de la municipalité jacobine qu'on lui avait imposée. Le maire, Bertrand, plusieurs de ses officiers municipaux, Chalier, Riard, deux prêtres constitutionnels, apôtres de la Révolution, Bottin, curé de Saint-Just, et Carillon son vicaire, furent jetés en prison.

La Convention toutefois ne voulut voir dans cette mesure de défense locale qu'un attentat contre sa suprématie. Deux jours après l'événement les Girondins étaient vaincus : la Montagne devenait maîtresse de la France.

Il n'entre pas dans notre plan de faire l'histoire du siège de Lyon, ni d'exalter l'héroïsme d'une poignée de soldats mal aguerris tenant tête aux armées de la Convention. Il suffit de montrer que le soulèvement de la ville ne fut pas une insurrection contre la république. Dubois-Crancé, dans sa proclamation du 15 août 1793, représente les soldats de Lyon comme un ramassis de girondins, de royalistes, d'émigrés, d'étrangers, de prêtres réfractaires « qui gouvernaient tout, qui tenaient le peuple de Lyon dans l'aveuglement de l'esclavage )>. Entre les affirmations de Dubois-Crancé et la vérité il y a un abîme.

Les Lyonnais eurent pour suprême terreur qu'on cessât de les regarder comme républicains : ils reçurent les ordres de la Convention et, avant que le siège fût commencé, ils les exécutèrent, laissant même passer le matériel et les troupes destinés à la défense du territoire. Sans doute ils reçurent Chasset et Biroteau, proscrits girondins, et ils furent encouragés par eux à résister à l'oppression de la Montagne : M. Linsolas accuse même ces derniers « d'avoir volcanisé beaucoup de têtes ». Aux royalistes, ils demandèrent aussi l'aide de leur épée et de leur science stratégique. Mais ils continuèrent à acclamer la république devenue l'espérance de tous les Français.

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Quelle fut la part du clergé, quel rôle jouèrent les royalistes durant ce siège d'une ville de France par des Français ?

Dans l'une des séances de l'Administration provisoire (i8 juin), il est fait lecture de la lettre du Ministre de l'intérieur qui invite le département à exécuter l'article 9, titre I, de la loi du 18 avril, dont les dispositions interdisent aux ecclésiastiques de se montrer, hors l'exercice de leurs fonctions, revêtus des anciens habits de leur état. On décide que la lettre du Ministre sera imprimée et affichée. Le 19 juillet, l'Administration rappelle et maintient toute la rigueur des lois contre les prêtres réfractaires et les émigrés : une affiche est apposée pour inviter les citoyens « à dénoncer au comité de police les émigrés et les prêtres réfractaires pour être^ contre eux, exécutés les décrets de la Convention nationale «. A maintes reprises, les prêtres prisonniers à Pierre-Scyse réclament leur délivrance. On délibère sur cette demande dans la séance du 26 juillet. Un des membres du comité de police dit : « C'est aux administrateurs à statuer sur leur sort, à juger s'ils seront déportés. Le comité de police avait écrit au Ministre de la justice : la réponse, reçue aujourd'hui, ne laisse plus de doute. Mais l'état de détresse et les besoins de plusieurs ecclésiastiques privés de tout traitement, de tout secours, imposent l'obligation d'y pourvoir. » Il est décidé que les Administrateurs du département seront invités à pourvoir à la subsistance et aux besoins des détenus '. Les prisonniers étaient encore à Pierre-Scyze le 26 septembre \ Ils furent relâchés dans les jours qui suivirent : le siège allait prendre fin.

. Parmi les défenseurs de Lyon y eut-il des prêtres ? La chose est certaine. Ils furent toutefois en très petit nombre. Quelques prêtres fidèles prirent l'uniforme : ils étaient, dans l'armée, protégés contre les dénonciations des jacobins farouches : on les vit, les jours de bataille, penchés sur les blessés, murmurant les paroles du pardon. M. de Marbeuf désavoua hautement quelques ecclésiastiques qui avaient accepté de faire le coup de feu. Consulté par les vicaire généraux sur la conduite qu'il fallait tenir à leur égard, l'Archevêque répondit : « que ces prêtres étaient sujets aux peines portées par les

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