‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 2)Chapitre 101 sur 364 · I. Diiverjrier, Lois H décrets^ 1" édition. IV, a · texte numérisé non relu

I. Diiverjrier, Lois H décrets^ 1" édition. IV, a

LES VRJiESTATIO.XS a85

La^s arreslntiotis.

On n'axail pas attendu leremaiiiemeiil delà loi pour œmmencer les poursuites contre les prêtres dits « réfractaircs ». Dès le soir du lo août, la municipalité de Paris, je Tai dit, transmettait aux sections les listes d msermeulés, déjà prèles depuis longtemps.

Plusieurs évêques étaient alors réunis à Paris, et ils furent les premiers à être recherchés. L'archevêque (l'Vrles, M. Dulau d'Allemans, reçut, dès le ii août, ia ^isile de la police. 11 était particulièrement désigné })ar sa courageuse attitude à la Constituante. On n'i^'norait pas que, resté à Paris, il voyait souvent le r<)i, cl on était autorisé à croire que ses conseils avaient l'ié pour quelque chose dans les quelques actes éner- ^'iqucs des derniers mois, mais surtout dans la résistance aux lois de persécution. Les fédérés marseillais avaient une animosité particulière contre l'archevêque d'Arles; cette ville, voisine et rivale de Marseille, avait montré peu de penchant pour la Révolution, et c'est Cijntre les Artésiens que les fédérés de Marseille avaient fait leurs premières armes.

On perquisitionna dans .les papiers de l'archevêque, rue du Petit-Bourbon (partie de la rue 8ulpice qui va de la rue Garancière à la rue de Tournon), et on saisit ton If sa correspondance avec les prêtres insermentés de son diocèse et avec les évêques relevant de sa métropole, qui avaient pa.ssé à l'étranger. Il fut donc mis en arrestation à la section du Luxembourg, avec ïK.s\icaires généraux, l'abbé Pierre-François Pazery de

'j86 les arrestations

ïhoraine et l'abbé Foucauld de Ponlbriaiit; on arrêta aussi les deux neveux de l'abbé de Thorame. qui étaient chanoines, l'un à Blois, l'autre h Fréjus. Los domestiques, également arrêtés, furent élargis, mais l'archevêque et ses quatre compagnons furent envoyés à la prison des (larmes, où, tous les cinq, ils périront le -î septembre K

Le i3 aoiU, les agents de la section furent envoyés chez l'évèque de Beauvais, f^rançois-Josepli de La Jloche foucauld, qui, depuis son refus de serment, a\ait été remplacé comme évéque de l'Oise, par l'abbé Massieu, l'un des membres les plus influents du Comité ecclésiastique de la Constituante. M. de La Rochefoucauld s'attendait à son arrestation, et, le malin même, il avait rédigé sous forme de testament, une admirable profession de ft)i, qui ligure dans les actes du procès de sa béatification. Quand on vint rarrêtor. il était prêt et ses papiers étaient en sûreté. Au moment oii on allait l'emmener, les policiers virent arriver im autre é\éque : c'était Pierre-Louis de La Rochefoucauld, évéque de Saintes, qui vi\aitavec son frère, et qui réclarnait l'honneur d'être, lui aussi, mis en prison. 11 n'était pas sur les listes de suspects; en effet, le diocèse de Saintes ayant été supprimé, eu 1791, il n'avait pas été invité à piêler le serment, et, n'ayant pas refusé ce qu'on ne lui avait jamais demandé, il avait passé ina-

I. ArtirU'S du prori's dt' hênlijicdliotiy 'a'a-'^'\\ aCo ; 2O1 ; 370 ; 37.'). Par articles, il faut enloridn* 1rs conclusions, les orticulations qiit* ]o \w^[\\\n[cur d'iiiK* cause de iH'atiflcation se lail forl »le ilémonlrer ati cours <les procédures. I/ummh' des jujres c(»nsisle h établir si ces assertions sont tondces ou non.

LKS VUHEST.iTIO.NS U87

perçu. Mais quand \inl l'heure du danger, il ne voulut pas elre séparé de son frère, et obtint sans peine d'être conduit à la prison des Carmes, oii tous deux devaient trouver une mort glorieuse ^

L'évêquc de Clermont, M. de Bonal, put fuir à temps; celui de Dijon, M. de Monstier de Mérinville. fut arrêté, mais échappa aux massacres. Celui de Saint- Hricuc, M. de Regnauld-Bellescize ne fut arrêté que plus tard et mourut en prison le 10 septembre 1796. Les évêques de Vabres, de Die, de Sainl-Pa[)oul et d'Alais, étaient, comme celui de Saintes, titulaires de sièges supprimés et n'étaient pas portés sur les listes do réfractaires à arrêter : ils ne furent pas inquiétés.

Pendant la Terreur, M. de Sainl-Papoul, Maillé de La tour-Landry, habita Passy. avec l'abbé de Boislève. Il faisait non service comme garde national, assistait aux séances de sa section et s'acquittait des fonctions épiscopales dans les chapelles secrètes. Après le 9 thermidor, il officia pontiflcalement dans les églises réou- ^ertes, donna la confirmation, fit d'assez nombreuses ordinations et ce n'est qu'en 1798 qu'il se laissa prendre. Condamné à la déportation, il fut envoyé à l'île de Ré, et ne fut mis en liberté qu'après le 18 brumaire; il mourut évêquc de Rennes en i8o4 -.

Vu bout de trois jours de perquisitions, une soixantaine de prêtres étaient déjà enfermés aux Carmes; on

I. ArtirU'Sj ôr»-8i. — F^oiiis Aiidiat, Dftix viclinifs des septenibrisivirs Pierre-Louis de la Hochefoiirauld, (U'rnier évéque de Saintes et son frère Vévêque de Beauvais. I.illo, DeschV, 18JJ7.

•>. V*' (le Broc, In iWiiue de r Ancien fiéyime sons In liérolution. — Mfjr de Maillé- La-Tour-Ltindry. l*aris, Poiî^soii, i8ij/|.

a88 LES ARRESTVÏIONS

les avait mis dans l'église. (]e qui surprendra, c'est que les religieux Carmes, qui continuaient à mener la vie commune dans le couvent ne furent nullement inquiétés entre le to août et le 3 septembre. Ils restèi-ent, dans l'étage supérieur qui leur était affecté, sans qu'on pensât à eux; de leurs fenêtres, ils purent assister aux massacres, mais leur vie ne fut pas menacée ; ils en furent quittes pour de graves inquiétudes et, dés qu'on put circuler aux environs, ils se retirèrent, rien ne leur faisant supposer qu'une autre fois, ils seraient épargnés.

En même temps qu'on essayait de s'emparer de la personne des évéques, la police s'occupa d'arrêter les vicaires généraux de M. de Juigné, mais, avertis à : temps, ils avaient pu se mettre en sûreté; on ne j trou\a que l'abbé Gervais, secrétiiirc général. j

f^c II, les fédérés se présentèrent à la maison où étaient réunis les prêtres de Saint-Sulpice, qui n'avaient pas prêté serment ; leur curé, M. de Pancemont, était caché dans une maison particulière ; la paroisse étant aux mains des constitutionnels, les prêlTes insermentés célébraient la messe dans diverses chapelles du quartier*. On arrêta MM. Dubray, Massin. Ponthus, Tessier, vicaires, M. ïexier, choriste, qui furent mis à mort^V^t MM. de Douay, Barljé, de Pradignac et de Lostande, qui s'échappèrent des Carmes

1. Nolainmoiil celkî» des Bénédictines de la rue CasseUo, deslk»rnardines de la rue Uonoré-Chevalier, de l'InslnicUon chrétienne, rue (lu Pot-de-Fer (Bonaparte) et des Orphelines, rue du Vieux- (^olombier.

a. Articles, i.'|j-i5r.

{tendant les massacres. Rue Cassette était la luaisoiidcs Clercs de la paroisse : depuis l'intrusion de M. Poiret, ils n'assistaient plus aux oflices à Saint-Sulpice, mais se rendaient le samedi soir à la succursale d'Issy, dirigée |>ar M. Dubourg : une perquisition fiiile le ii août amena l'arrestation du supérieur, M. de Savine,et d'un diacre, M. Boubert, qui lui était adjoint*.

Kn interrogeant les prêtres arrêtés h Sainl-Sulpice, •n reconnut que l'un d'eux était l'abbé Desprez, vicaire général de Paris, qu'on avait inutilement cherché H s«m domicile : l'abbé Desprez de Roche, chaîioine de Ne\ers, âgé de 4i ans, avait été appelé en 1789, au cmscnl de rarchevéchc de Paris. Il reconnut sans peine qu'il avait continué ses fonctions, donné des [xHiYoirs, accordé des dispenses, re<;u des rétractations; il fut écroué aux Carmes. H ne se faisait pas illusion sur le sort qui l'attendait; un de ses amis, l'ahlx^ Cormeaux, raconta que le mois préci*dent, ils avaient fait ensemble le pèlerinage de Montmartre, el ^in'an lieu où la. tradition place le martyre de saint Denis, ils avaient offert leur vie à Dieu et demandé la jrràce de faire généreusement le sacrifice qu'ils s'atlen- 'laienl à se voir demander. Ln seul des deux pèlerins •levait être exaucé 2.

C'est dans les comnmnautés ecclésiastiques et les ^l'minaires que les agents des sections savaient devoir f'jire des captures impoitantes. Après avoir visité la maison des prêtres de Saint-Sulpice, ils se rendirent,

i. irticU'S, i88-i8y. — Vie de M. Enwry, \, *8:>. •. hi., Sa-8'i.

a(JO LES MIKESTATIONS

toujours le 1 1 aoûl, au séminaire de Sainl-Firmin. rue Sainl-Viclor, dont quelques bâtimenls subsistent encore au coi» de la rue des Ecoles et de la rue du Cardinal-Lenioine. Cotait l etablissemenl fondé par saint Vincent de Paul, sous le nom de séminaire des Bons-Enfants, et les Lazaristes en a\ aient toujours gardé la direction^. Aucun d'eux n'avait prêté sorujent en 1791, et c'est ce qu'on devait attendre de prêtres qui étaient l'objet de la rancune toute particulière des Jansénistes. Depuis que les prèlres insermentés avaient été chassés de leurs églises, un assez grand nombre d'entre eux s'étaient réfugiés dans ce séminaire 011 beaucoup avaient fait leurs études, auprès de maîtres sous la conduite desquels s'élait dével<»p[)é<' leur vocation sacerdotale. On y comptait trois jeunes \icaires de la banlieue de Paris, tous trois insermentés : les abbés Dufour, de Maisons- Vlfort 2, Giroust, de Gennevilliers^ et Le Laisant, de Ougnv, le frère do celui-ci, vicaire dans le diocèse de Coutances*... en tout une vingtaine de prclres assez mal logés, car la section du Jardin-des-Plantes avait loué quelques nioiî^ avant lamoiliéde la maison pour y installer son comité et un poste de garde nationale. La partie resiée h la disposition des Lazaristes fut convertie en maison d'arrêt, et ses habitants en furent les premiers prisonniers. Us ne tardèrent pas a y être rejoints par

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