Méric, op. cit., I
l4 SECONDE ARRESTATION
de prison eût été constatée, mais il ne paraît pas en ^voir eu la pensée. Il rentra au séminaire et reprit la direction de sa communauté. 11 n'y avait plus que quatre prêtres de Saint-Sulpice logeant dans le bâtiment de la rue Férou : c'étaient avec M. Emery, MM. Montagne, directeur. Grenier, procureur, et Béchet, soi-disant bibliothécaire, mais, de plus, vicaire général de Paris. M. Le Gallic, ancien supérieur général, qui avait dû quitter Issy après le lo août, pour demeurer rue Saint-Honoré, venait prendre ses repas avec ses confrères, ainsi qu'un autre ancien directeur, M. Montenis *. Une vingtaine de séminaristes étaient dispersés dans les hôtels du quartier ; plusieurs s'étaient inscrits aux cours de droit ou de médecine: les autres, surtout ceux qui étaient dans les ordres sacrés, ne dissimulaient pas leur qualité d'étudiants ecclésiastiques ; ils rendaient visite de temps en temps à leurs maîtres pour recevoir d'eux la direction dont ils avaient besoin tant pour leur conduite que pour leurs ^' tu des.
J'ai dit que la police avait quelques soupçons, mais elle n'avait que des soupçons, et il est à remarquer que dans beaucoup de cas le défaut de vigilance ou de perspicacité des policiers sauva bien des innocents. H
I. M. Tabbc Conlrasty, dans une notice cjuMl a publiée, dans lo Bulletin des anciens élèves de Saint-Sulpice (i5 novembre 1908, pp. /|Go-/i63), reproduit une curieuse lettre de M. Eniery, de la fin de 179a oii du commencement de 1793 ; le vénéré supérieur y iionne à un confrère émigré en Espagne des nouvelles de tous les membres de la Compagnie ; pour Paris, il cite MM. Montagne. Béchet. Grenier (que M. C. a lu Scénior), Le Gallic et Montenis (et non Monthuts, comme semble le porter un manuscrit probablement peu lisible).
DE M. EMERY l5 .
ne faut pas juger la police par les romans judiciaires, les mémoires des « chefs de la sûreté » et au très œuvres d'imagination : quand elle n est pas servie par des traîtres, ou par le hasard, la police va, comme la justice, d'un pas boiteux et passe souvent à cote de ce ({u'elle aurait intérêt à savoir. Cela s'explique, en ce qui concerne les recherches dirigées contre les ecclésiastiques, par l'ignorance profonde où les agents sont des habitudes du clergé ; par profession, ils sont le plus souvent aux trousses des malfaiteurs : dans ce monde spécial, ils finissent par acquérir une certaine expérience des gens et des choses, mais quand on les sort de leur milieu ordinaire de travail, ils sont dans l'inconnu et ne prennent pas garde à une foule de détails qui n'échapperaient pas à l'altention d'un simple séminariste. C'est pour cela que les limiers du Tribunal révolutionnaire se virent fort en peine quand ils eurent à remettre la main sur M. Emery échappé aux poursuites commencées contre lui, et à établir avec preuves à l'appui qu'il était dans le cas d'être mis en jugement. On organisa donc autour du séminaire, rue du Vieux-Colombier, un réseau compliqué de surveillance ; dix agents u observateurs » furent à poste fixe dans les environs de la maison, avec la consigne de recueillir tous les indices possibles, de savoir le nom des personnes qui entraient et sortaient, en un mot de réunir les éléments d'une accusation. Cette surveillance, qui dura trois semaines, coûta 270 livres, ainsi qu'il résulte d'un état de frais qui se trouve annexé au dossier de M. Emery, aux Archives Nationales *. 1. ATch. Nal., W'i.iSi, pièce 71.
l6 . SECO:«DE ARRESTATION
ï Quand les policiers crurent avoir réuni assez de renseignements, le Comité de Sûreté générale pensa que le moment était venu de frapper un grand coup : le i5 juillet, à 5 heures du matin, on organisa une souricière à la porte du séminaire. Des gardes placés dans la loge du concierge et devant les chambres des directeurs avaient reçu Tordre de laisser entrer tout le monde et de ne laisser sortir personne. C'est ainsi que le soir le filet contenait 5i prisonniers : — les directeurs, dont plusieurs étaient déjà sortis pour dire leur messe, (et on ne j>ensa pas à savoir où ils avaient été la dire, ce cjui eût permis d'apprendre bien des choses) : ils furent pris à leur rentrée dans la maison ; — quatre domestiques au service de ces Messieurs furent consignés à la disposition de la justice ; — puis MM. Le Gallic et Montenis arrivés sans défiance vers l'heure du repas ; — siv étudiants, entre autres l'abbé Jean-Baptiste de Sambucy que nous retrouverons exerçant à Saint- Sulpiceen 1795; — douze visiteurs dont quatre prêtres, une dizaine de domestiques envoyés pour faire des commissions de la part de leurs maîtres ; — quelques voisins attirés par la curiosité en voyant toutes ces allées et venues ; — enfin une douzaine de femmes : l'une d'elles, Madame Frelle, était une religieuse de l'Assomption, réfugiée rue de Méziéres avec quelques autres sœurs ; ne la voyant pas rentrer pour le diner. une de ses compagnes était allée voir pourquoi elle s'attardait, et elle avait été retenue, puis une autre, puis un voisin envoyé aux nouvelles, puis successivement leurs deux servantes ^