‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 2)Chapitre 141 sur 364 · DE M. EMERY · texte numérisé non relu

DE M. EMERY

Chacune des personnes arrêtées était fouillée, interrogée et étroitement surveillée. Les papiers personnels (H directeurs a\aient été minutieusement examinés, H. comme on peut le penser, on ne trouva rien. Les domestiques chargés d'apporter des lettres les avaient (lAlruites ou n'avaient eu à transmettre que des messages verbaux. Sous ce régime de suspicion et d'espionnage, il fallait user de piudence. et les amis de M. Emery n'employaient que des personnes dévouées et prudentes. On eut beau tourner et retourner ces cinquante personnes, il n'y eut ni une délation, ni une indiscrétion, ni même un mot compromettant, et les filles illettrées firent preuve d'autant de rircons- {)ection que les docteurs en théologie.

Les interrogatoires durèrent toute la journée et une , partie de la nuit ; onze arrestations ne furent pas main- ; tenues et à 3 heures du matin les quarante autres pri- I ^onniers furent conduits dans l'ancien couvent témoin I des massacres de septembre et que la terminologie ofR- I cielle désignait alors sous le nom de caserne des Carmes. On avait requis 3oo hommes de garde nationale pour servir d'escorte pendant ce trajet de quelques minutes, car la ville était sous le coup de l'émotion provoquée par le meurtre de Marat. et tout était à craindre. 1 Apres de nouvelles comparutions devant les coinmisf saires de la Sûreté, on élargit d'abord quelques civils, puis les séminaristes, et, le 37 juillet Cous les prêtres à l'exception de M. Emery qui fut transféré le 3 août a lu Conciergerie. C'était lui qui était visé : ses conipa- Kuons n'avaient été arrêtés que parce qu'on espérait tirer d'eux des preuves de culpabilité, mais on n'avait

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rien appris de concluant. M. Emery n'en fut pas moins renvoyé devant le tribunal .révolutionnaire pour le

j i4 août. Convaincu que sa condamnation était inévi-

table, il écrivit avant son jugement une touchante lettre adressée à ceux de ses confrères qui étaient établis à Baltimore ; il leur faisait ses adieux et leur confiait les destinées de la compagnie, qui semblait ne

J devoir survivre que dans le tardif rejeton transplanté

!en Amérique ^ Contre toute prévision, M. Emery ne fut pas jugé, et, pendant les 8 mois qu'il passa à la Conciergerie, il vit

I plusieurs fois se renouveler le personnel des détenus.

\ Comment se fait-il qu'il ait échappé à la mort, pendant

que [)resque tous ses compagnons allaient tour h tour à la guillotine ? Conmient s'est opérée cette espèce de mi l'acte ?

Nous savons que M. Emery avait beaucoup d'amis dévoués. Madame de Villette, toujours persévérante dans son ingénieux attachement, une tante de Fouquier-ïinville, excellente chrétienne, et d'autres femmes de bien passent pour avoir obtenu un premier, puis un second sursis. 11 y eut peut-être d'autres influences employées que les prières de ces dames et leur intervention auprès des puissants. Le nommé Blandin, farouche révolutionnaire, était chargé de dresser chaque jour la liste des accusés qui devaient comparaître (levant le tribunal : il paraît que quelques rouleaux de louis laissés sur la table au moment opportun par un avocat ami de M. lùiiery, nommé Barbier,

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