‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 2)Chapitre 205 sur 364 · I. Arch. Nat., Pi^.gSS · texte numérisé non relu

I. Arch. Nat., Pi^.gSS

j.Aini de la Religion, IX, aSB ; X, 89 ; XCIII, 3io-3ia, 3a5 ; C\M, 102. — Arch. Nal., F«9 1219.

LES DOBn!«IGA.niES DE LA RUE SAlNT-ÉTIENNE l33

leur aumônier, mais jamais on ne put mettre la main sur lui ^.

Il en est de mâme du P. Engramelle, Augustin, qui disait ordinairement la messe à deux anciennes dominicaines, Angélique Desmarest et Anne Aubert, dans la chambre que leur louait une vieille dame de 70 ans, Geneviève Goyon, 29, rue Saint Etienne-du- Mont. Une perquisition amena la découverte des ornements qui servaient pour la messe, puis on trouva des souliers d'homme, les restes d'un repas que le Père venait de prendre ; sur un paquet soigneusement ficelé, il était marqué que les objets qu'il contenait avaient appartenu h M. Gros, curé de Saint Nicolas-du-Chardonnet, martyrisé aux Carmes, et la vénération manifestée pour un prêtre mis à mort comme ennemi de la République, rendit les policiers encore plus défiants. Les trois pieuses femmes avaient cependant réponse à tout et donnaient sur tous les points des explications qui mettaient en défaut la perspicacité du commissaire. En ce moment, un des agents fouillant dans une armoire, en sortît un petit coffret d'ivoire : il l'ouvrit et en fit tomber des hosties consacrées. Attérées, les religieuses se mirent à pleurer en voyant profaner le précieux dépôt dont elles avaient la garde : perdant toute présence d'esprit, elles laissèrent échapper des aveux. Condamnées toutes trois, elles furent exécutées le 33 floréal ^.

I. Arch. Nat., \V. .'49 1, d. gai. — Arch. de la Préfecture de Police. C. 9. — Histoire du P. de Clorivière, par lo P. Terrien, .Paris, 1892. — Vie de la Mère,,. Camille de VSnf ont- Jésus^ carmélite.,, de la rue de Grenelle, Paris, 1849*

a. Ihid., W. 363, d. 789. — P.AtSi.

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Je rip puis passer sous silence les seize Camiéiites de Compi(!f^ne, bien qu'elles ne fussent pas du diocèse de Paris, encore que Irois d'entre elles appartinssent à Paris par leur naissance et leur baptême. En 1790, quand la liberté leur fut oflerte de sortir de leur cou* vent, elles avaient demandé à n'en pas profiter. Eh 1793. a*ltc liberté leur fut imposée, et. en vertu du décret du 17 août, elles eurent à quitter leur sainte demeure, mais, pour ne pas perdre tout de leur vie religieuse, elles se groupèrent dans trois maisons où elles vivaient ensemble, en essayant de garder l'esprit de leur ordre, et, autant que possible, les austères observances. Le 3 messidor an 2, le Comité révolutionnaire de Compicgne, saisi par une dénonciation, fit une perquisition chez les religieuses et dressa procès-verbal de ce qui avait été découvert. Tout d'abord, un portrait de Louis XVI, qui avait été gravé en 1791, ainsi que le prouvait le quatrain assez plat qui lui servait de légende :

De notre* liberté c'est le rc&lauratciir,

Do N'ostor, de Titus, auguste imitateur.

(^ue dis-je, 6 peuple heureux par son amour extrême.

Tu no peux comparer ce grand roi qu'à lui-même I

Les révolutionnaires de Gompiègne se virent aussitôt «ur la piste d'un complot royaliste. On chercha encore et on trouva... des chapelets, des scapulaires : c'est donc le fanatisme qui arme ces femmes contre la Révolution !... puis des lettres écrites par des prêtres qui ont été déportés... correspondance avec les émigrés... des couplets un peu malicieux contre les

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Jacobins... manœuvres contre-révolutionnaires... ; un Sacré-Cœur de drap rouge, tel que les Vendéens en portaient comme signe de ralliement... : affiliation aux brigands de la Vendée ! Il y avait dans tout cela de quoi bâtir un réquisitoire : elles furent donc envoyées à Paris pour comparaître devant le Tribunal Révolutionnaire.

Suivant la pratique courante, dite des amalgames, elles furent associées à 18 autres accusés, dont 17 leur étaient absolument inconnus *, mais dont elles étaient réputées les complices : on y voyait entre autres deux musiciens alsaciens qui avaient dit « que les Prussiens étaient de bon garçons », et ce chef d'accusation, comme tous les autres, fut reproché en bloc à tous les accusés qui formaient la fournée ; avec les Carmélites comparaissaient un garçon perruquier, un courrier de la poste, une femme de chambre, et tous furent déclarés coupables de conspiration contre la République.

En allant à la place du « Trône renversé » où se faisaient alors les exécutions, les saintes leligieuses priaient et chantaient des psaumes ; toute leur vie de sacrifices aboutissait à son terme ; le chœur des vierges allait à Tagneau immolé, qui les appelait à participer

1. L*undc leurs coaccusés était M. Mulot de la Ménardièrc, un cousin de Tune des religieuses, et auteur des vers satiriques qui avaient compromis la communauté. Bien que marié et père de famille, Tacte d*accusation le désigne comme « ci-prétre réfractaire », et c'est sous cette qualification qu'il fut tx>ndamné. C'est à chaque instant qu'on trouve dans les dossiers de semblables erreurs, qui montrent avec quelle légèreté l'instruction des causes capitales était conduite.

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k son immolation. Avant de monter à Tédiafaud, elle^ s'indinaient devant leur supérieure et, fidèles jusqu'au bout à la règle de lobéissanœ, elles lui demandaient la permission de mourir. Les premières parmi les victimes de la Résolution, elles ont été béatifiées par le Papo Pie X, et leur fête se célèbre le 17 juillet, en l'anniversaire de leur glorieux martyre ^

Rue de la Barillerie, n' 27, là même où est aujourd'hui l'Etat-Major des Pompiers, près du Palais de Justice, et par conséquent à deux pas de la Concieigerie et du Tribunal Révolutionnaire, on voyait une modeste boutique de quincaillerie, au dessus de laquelle était suspendue une enseigne représentant une escadre sous voiles, avec cette inscription : u A la flotte anglaise ». Le patron, M. Bergeron, était paralysé depuis dix ans, et c'était Madame Bergeron qui menait la barque. £lle en était d'ailleurs absolument capable : c'était une maltresse femme, entendue en affaires, et, en 179a, quand la guerre avait été déclarée, elle avait obtenu du gouvernement la commande d'importantes fournitures d'outils servant à la fabrication des armes. Pour exécuter ces commandes, elle avait dû embaucher deux ouvriers de plus, d'abord un forgeron, originaire de Cahors, puis un tourneur sur métaux, qui était de l'Aveyron, tous deux gens tranquilles, laborieux, robustes ; sans doute, ils n'étaient pas très habiles; on voyait bien qu'ils n'avaient jamais tra\aillé à Paris,

1. Arch. Nat., W. i^ao, d. 995. — Depuis U béatincalion des Carmûlitofl do Compiègne, leur vie a été écrite par plusieurs auteurs. Je ftil^riflle particulièrement celle de M. Ch. Geoffroy de Grandmaisoo (Paris, Collection des Saints).

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mais ils étaient pleins de bonne volonté, et de plus, si complaisants et si faciles à vivre que tout le inonde les aimait. Suivant un usage alors fort répandu. Madame Bergeron s'était chargé de nourrir ses deux ouvriers et même de les loger dans une petite pièce sous les combles. Or, un jour, vers la fin de la Terreur, exactement le 26 messidor, une descente de police amena la découverte, dans une chambre haute, d'une chapelle clandestine, avec un autel, vases sacrés, ornements, linges et reliquaires. On fut plus surpris encore en apprenant que les deux ouvriers étaient deux prêtres. Le forgeron était Bruno de Ramond-Lalande, futur curé de Saint Thomas d'Aquin et ensuite évêque de Rodez, le second était Antoine-Gaston de Sambucy- Saint-Estève, que nous avons vu à Saint Sulpice, en juillet 1793, achevant ses études sous la direction de M. Emery, et qui, à peine ordonné prêtre, était venu se joindre à M. de Ramond-Lalande et partager à la fois ses travaux et ses périls. Madame Bergeron et les deux prêtres furent arrêtés : ils avouèrent que M. de Ramond- Lalande disait la messe rue de la Barillerie depuis 18 mois. La journée finie, quand leurs compagnons étaient partis, les deux prêtres sortaient pour exercer leur ministère auprès des personnes qui le réclamaient. Par une extraordinaire audace, ils avaient solennellement célébré, en juin 1794» l'octave de la Fête-Dieu : le Saint-Sacrement avait été exposé quotidiennement, le soir on avait donné le salut, et les passants qui voyaient un bouquet de fleurs suspendu à la porte de la quincaillerie étaient loin de se douter de la raison qui motivait cette insolite décoration. « Mais, disait-on

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à Mme Bergeron vous saviez pourtant que c'étaient des prêtres réfractaires ?» — « Bien sûr ! S'ils ne l'avaient pas été, je ne les aurais pas reçus chez moi ! » Après cinq jours de détention au couvent des Bénédictins Anglais, M. de Ramond-Lalande fut transféré à la Conciergerie, mais la chute de Robespierre l'empêcha d'être jugé. Quant à Mme Bergeron et" à l'abbé de Sambucy, ils furent enfermés à l'abbaye de Port-Royal, qui, depuis qu'elle était transformée en prison, avait recule nom de Port-Libre; ils furent élargis le lo fructidor.

On avait saisi les ornements et vases sacrés de la chapelle et Angélique Bergeron en exigea la restitution disant que c'était à tort qu'on les lui avait confisqués. Au lieu de satisfaire à sa demande, on la remit en prison, car cette affaire de chapelle ne paraissait pas claire. Elle sut cependant si bien se défendre qu'au bout de vingt jours elle obtint sa mise en liberté définitive, et la restitution de tout ce qu'elle avait réclamé, sous cette seule réserve que les vases sacrés pouvant être regardés comme des « signes de fanatisme « seraient brisés et que le métal seul serait rendu à celle qui le revendiquait ^.

Il ne faut pas nous étonner si Mme Bergeron et ses deux prétendus ouvriers s'en étaient tirés à si bon compte ; c'est que la Terreur était finie depuis la mort

I. Arch. i\at,, F^./iogS, F7./i759, F'^.tt'j'jD. M. de Sambucy y est nomme tantôt Sambuque^ tantôt Sambiessy.

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