CHAPITRE V
LE 9 THEBMIDOR.
Le culte de l'Etre suprême. — La démocratie sous Robespierre. «~ Chûte de Robespierre. — Les vainqueurs de Robespierre. — La Convention et les allocations ecclésiastiques. — Séparation de l'Eglise et de TEtat. — Loi scolaire du 27 brumaire. — Les fêtes civiques. — Intervention de Grégoire. — Situation religieuse de Paris en 1796. — Loi du 3 ventôse. — Réclamations des Constitutionnels.
Robespierre était tombé : mais est-ce à dire que ses vainqueurs aient tous été pénétrés des sentiments d'humanité dont on parlait beaucoup sans s'y conformer, et que leur triomphe ait été celui des idées de tolérance si hautement prônées et si complètement méconnues depuis le début de la Révolution ? Il n'en était rien et à mesure que nous avancerons dans cette histoire, nous constaterons qu'en ce qui concerne la liberté religieuse, les actes et les paroles se trouveront toujours en opposition. Il nous faut nous demande? quel fut le rôle de Robespierre dans le conflit dont la Religion a été l'objet.
£In un temps où les hommes politiques manifestaient a regard de l'Eglise une haine furibonde ou une insul-
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tante indifîércnce, Robespierre se singularise par une modération toute relative. 11 n'a sans doute pas ménag"^ les prêtres, mais il poursuivait en eux moins les prédicateurs d'un dogme auquel il ne croyait pas que <les citoyens formant une classe qui refusait de plier sous son joug, et il n'a pas montré à leur égard une animosité plus violente que celle qu'il portait à ses autres adversaires politiques. Il ne fut pas l'ennemi particulier des prêtres ; mais d'autre part, on s'illusionne en parlant de ses sentiments religieux ; tout au plus pourrait-on parler de sa religiosité. Il gardait quelques restes de l'éducation chrétienne que lui avaient fait donner les chanoines d'Arras ; mais sur le^ vestiges de sa foi disparue s'était développé un déisme •dont il avait puisé les principes dans les écrits de J.-J. Rousseau. Ce déisme était sensiblement différent de celui d'une partie de ses contemporains : dans son esprit positif, Dieu ne se présentait pas ■comme un principe vague, perdu dans les nuages des conceptions purement philosophiques, principe abstrait envers lequel l'homme n'a aucune obligation à partir <lu moment où il a accepté d'en admettre l'existence. Non, le Dieu de Robespierre était en relations nécessaires avec l'humanité : il était en droit de réclamer de l'individu et de la société certains hommages et de leur imposer tout un ensemble de préceptes*. C'est le respect de ces lois supérieures que Robespierre s'essaya
I. Aulard, Iji culte de la Haison et le culte de l'Étre-Supréme. — Voir notamment le chapitre ixii : Robespierre et J.-J. Rousseau. — Du même auteur : Orateurs de la législative et de la Convention, t. U, p. 358 et suiv.
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à rendre obligatoire et de faire accepter par la servilité de son entourage. Mais, tout en cherchant à faire accepter ses manières de comprendre le problème religieux, il n'a jamais fait preuve d'un exclusivisme outrancier, et nous l'avons vu flétrir les excès de l'inlolérance au cours de la révoltante campagne de déchristianisation. « Non, » disait-il aux Jacobins, dans son discours du i" frimaire, « ce n'est pas le fana- « tisme qui doit être aujourd'hui l'objet de nos inquié- « tudes ; cinq ans d'une révolution qui a frappé les « prêtres déposent de son impuissance. La Vendée a même, son dernier asile, ne prouve point du tout son « pouvoir: c'est la politique, c'est l'ambition, ce sont ({ les trahisons de ceux qui gouvernaient jadis qui ont « créé la Vendée; c'étaient des hommes sans valeur, « comme sans religion qui traînaient des brigands... « au pillage et non au pied des autels ^.. »
Robespierre avait marqué le dégoût que lui inspiraient les manifestations anti-religieuses de brumaire an II, et il ne se gêna pas pçur dire à quel point ces mascarades impies lui faisaient honte. Dès qu'il le put, il les supprima et ceux qui les avaient organisées curent un jour à rendre compte de l'accusation d'athéisme qui les conduisit à la guillotine.
Quand son pouvoir fui assuré par l'écrasement des Dantonistes et des lïébertistcs, Robespierre se crut en mesure de faire de ses opinions philosophico-religieuses une espèce de dogme national ; — ainsi les gallicans, à la Constituante, avaient profité de leur