LA RÉOUVERTURE DES ÉGLISES
Le culte public rétabli en ventôse an III. — Les évoques « réunis» . — Réunis par qui ? — Grégoire, chef d*Eglise. — L*encyciique
du 25 nivôse an III. — Le presbytère. — Les rétractations.
Réouverture de Saint-Médard. — Loi du ii prairial, — Les quinze églises de Paris rendues au culte.
La loi de ventôse avait été votée un samedi, elle lendemain la célébration publique de la messe commençait dans tout Paris. Les rapports de police, fort incomplets, ne nous parlent que de deux chapelles ouvertes ce jour-là, l'une à Saint-Magloire et l'autre à la « Maison François ». Saint-Magloire était la maison des Oratoriens où Gobel, en 1791, avait installé son séminaire. Affectée à l'établissement des sourds-muets, elle avait pour directeur, depuis la mort de l'abbé de TEpée, l'abbé Sicard, dont nous avons souvent eu l'occasion de parler ; ayant la jouissance de tous les locaux, l'abbé Sicard avait déjà rendu la chapelle au culte privé, et pour profiter de la loi, il n'avait eu qu'à ouvrir la porte qui donnait de la chapelle sur la rue Saint-Jacques. Une centaine de personnes se présentèrent le premier jour, et le policier chargé de la sur-
iSa RÉOUVERTURE DES ÉGLISES
veillance rapporte qu'il eut quelque peine h pénétrer dans la chapelle, car la porte lui en avait été refusée ; il y eut pendant la messe un petit discours sur le rétablissement du culte ; tout s'est d'ailleurs passé, dit-il, avec décence et tranquillité ^
La « Maison François » était le couvent des Capucins du Marais : les saints étaient légalement abolis, le vocabulaire officiel prohibait les mots de « palais, hôtel, couvent, église, chapelle » ; il n'y avait plus à Paris que des a maisons » : ainsi le voulait l'Ëgalité. C'est donc la chapelle de Saint-François (aujourd'hui paroisse Saint-Jean-Saint-François) qui la première sur la rive droite de la Seine fut rétablie comme oratoire public -.
La semaine suivante, nous voyons s'ouvrir plusieurs autres chapelles. A Saint-Germain-dcs-Prés, M. Roussineau, curé constitutionnel, s'installa provisoirement dans une pièce de l'ancien couvent attenant au logement dont il était resté locataire 3; puis, le i4 germinal (3 avril), il put réunir les fidèles dans la chapelle Saint-Symphorien, au sud de rx\bbaye, qui servait de paroisse avant la Révolution. Quant à l'église même elle était inhabitable : un atelier de salpêtre y avait été établi ; les parties inférieures des piliers et des murailles avaient été rongées et menaçaient ruine ; une explosion et un incendie avaient causé des ravages presque irréparables et les tombereaux qui avaient circulé dans la nef avaient émietté le dallage; enfin, la toiture dégarnie laissait tomber partout l'eau du ciel,